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À La Une - Le Point

Ignorantus, ignoranta, ignorantum

Le bonnet d’âne continue d’être porté par l’imbattable Rick Perry – un comble pour le parti de l’éléphant, le baudet étant l’emblème du camp adverse. Mais les autres candidats républicains à la désignation par le parti ne sont pas loin derrière lui, engrangeant les plus incroyables énormités, rarement relevées dans les médias tant l’ignorance demeure, dans les rangs de l’électorat, la chose du monde la mieux partagée. Et puis, n’est-ce pas qu’il a été décidé, ainsi que l’avait édicté il y a quelque temps le candidat Bill Clinton, que la priorité est à l’économie ? Alors, le reste...
Retour à l’impayable gouverneur du Texas. Le 9 novembre dernier, en plein débat télévisé, le candidat évoque la mesure phare de son programme, la suppression de trois agences gouvernementales, consacrées au commerce, à l’éducation et à... C’est le trou de mémoire, quarante interminables secondes durant, pendant lesquelles le pauvre homme semble triturer ses méninges, à la recherche de la réponse, sans résultat. Il finira par admettre que « ça ne vient pas ». La réponse viendra longtemps après : il s’agit de l’énergie. Trop tard, Rick Perry ne remontera jamais ce terrible handicap, et avant-hier dans le New Hampshire, on cherchait en vain son nom dans les résultats définitifs qui ont vu Mitt Romney caracoler en tête (39 pour cent des voix), devant Ron Paul (22,8 pour cent), John Huntsman (16,8 pour cent) et le pauvre Newt Gingrich (9,4 pour cent). Rencontrant un groupe d’étudiants dans ce même État, il a aggravé son cas en lançant à l’auditoire : « À ceux d’entre vous qui auront 21 ans d’ici au 12 novembre, je demande votre soutien et votre vote. » Deux erreurs en une phrase, c’est deux de trop si l’on considère que l’âge de vote est de 18 ans et que l’élection présidentielle est fixée au 6 novembre.
Jadis, le 36e président américain, Lyndon B. Johnson, avait eu un mot cruel sur un adversaire : « Il serait incapable de marcher en même temps que de mâcher son chewing gum. » (« He can’t walk and chew gum at the same time »). Combien sont-ils aujourd’hui ceux à qui s’appliquerait un tel jugement? Innombrables. Et si vous pensez qu’il y a là une bonne part d’exagération et/ou de mauvaise foi, sachez que, dans le camp républicain, quatre personnes sur cinq sont convaincues que l’Afrique est un pays. Très forts, les Américains, dans une improbable anticipation.
On le savait depuis longtemps : la présidence du pays le plus puissant de la planète ne se joue pas sur la politique étrangère mais sur les thèmes autrement plus importants en ces heures d’incertitude qui relèvent de la conjoncture interne. Mais tout de même, réduire les Palestiniens à « une création de l’esprit » au prétexte qu’il n’existait pas de Palestine, tout juste une terre relevant de « l’Empire ottoman », c’est, pour Newt Gingrich, faire un curieux pied de nez, et à l’histoire et à la géographie. Curieux en effet, venant d’un ancien professeur d’histoire, titulaire d’un doctorat (sur le système éducatif belge au Congo), ce qui ferait de lui, s’il venait à être élu, le second président après Woodrow Wilson à être détenteur d’un PhD.
Difficile, mais Rick Santorum a fait mieux. Lors d’une conversation, en novembre dernier, avec un électeur, l’ancien sénateur de Pennsylvanie a décrété que « tous les gens qui vivent en Cisjordanie sont israéliens ; il n’y a aucun Palestinien ». Avigdor Lieberman lui-même n’a jamais été aussi loin. Ce même ultraconservateur, exposant le grand principe qui le guide dans la détermination de sa ligne politique, a répondu un jour : « Il faut rétablir la grandeur de l’Amérique par la promotion de la religion, de la famille et de la liberté. » Il aurait pu ajouter l’éducation à la liste.
« Ah ! La Libye... » L’exclamation de Herman Cain continue de faire la joie des journalistes américains. Interrogé par le Milwaukee Journal sur la politique de Washington à l’égard de ce pays, le père de la chaîne « Godfather’s Pizza » patauge : « Le président a soutenu le soulèvement. C’est bien ça ? Il a demandé le départ de Kadhafi ? » Il tente de se justifier : « Je veux m’assurer que nous parlons du même sujet avant de dire si je suis d’accord ou non. » C’est que, voyez-vous, la question aurait pu porter sur l’ère des Senoussi alors qu’il aurait été en train de répondre sur l’époque du roi des rois d’Afrique. Ou le contraire, allez savoir.
Devant un tableau aussi affligeant, il serait loisible de faire valoir qu’ailleurs, le tableau n’est guère plus reluisant, et ressortir pour l’occasion le florilège des perles des candidats Sarkozy et Royal ici, David Cameron et Ed Miliband, là. Malheureusement, quand il s’agit de culture générale, les hommes politiques qui prétendent nous gouverner sont logés à la même enseigne.
Piètre consolation, dites-vous? Comme vous avez raison !
Le bonnet d’âne continue d’être porté par l’imbattable Rick Perry – un comble pour le parti de l’éléphant, le baudet étant l’emblème du camp adverse. Mais les autres candidats républicains à la désignation par le parti ne sont pas loin derrière lui, engrangeant les plus incroyables énormités, rarement relevées dans les médias tant l’ignorance demeure, dans les rangs de l’électorat, la chose du monde la mieux partagée. Et puis, n’est-ce pas qu’il a été décidé, ainsi que l’avait édicté il y a quelque temps le candidat Bill Clinton, que la priorité est à l’économie ? Alors, le reste...Retour à l’impayable gouverneur du Texas. Le 9 novembre dernier, en plein débat télévisé, le candidat évoque la mesure phare de son programme, la suppression de trois agences gouvernementales,...
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