La chancelière allemande Angela Merkel a couvert de louanges hier le chef du gouvernement italien Mario Monti. Thomas Peter/Reuters
La dirigeante de la première économie européenne, qui a fait un pas vers la récession en annonçant une baisse de son produit intérieur brut au dernier trimestre, a souligné son « grand respect pour la vitesse à laquelle (les) réformes ont été menées » en Italie. « Je crois que tant la substance de ces réformes que leur rapidité vont renforcer l’Italie et améliorer ses perspectives économiques », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse commune. Rappelons que Rome a notamment durci en décembre le régime des retraites et mis sur les rails de nombreuses hausses d’impôts, à l’instar des réformes qui ont permis à l’Allemagne de renforcer sa compétitivité ces dernières années. La chancelière a tenté de trouver les mots pour conforter les Italiens sur leur trajectoire de rigueur, tout en s’affichant modeste et en refusant d’endosser le rôle de modèle : tous les pays d’Europe ont à apprendre les uns des autres, a-t-elle notamment expliqué.
« Si les Italiens ne voient pas dans un avenir proche de résultats tangibles de leur disposition à économiser et à réformer, un mouvement de protestation contre l’Europe va voir le jour en Italie, dirigé aussi contre l’Allemagne, considérée comme meneur de l’intolérance au sein de l’UE, et contre la Banque centrale européenne », avait prévenu M. Monti hier matin dans une interview à la presse allemande. Notons que l’agence de notation financière Fitch vient de qualifier la situation de l’Italie d’« explosive » et a pressé les Européens d’ériger un « pare-feu » crédible autour du pays, qui croule sous les dettes. M. Monti espère en outre que son plan d’économie permettra de rassurer les marchés qui continuent à exiger des taux d’intérêt proches de 7 % sur la dette à dix ans jugés insoutenables à terme pour le pays surendetté. « J’espère que la bonne conduite politique va se muer en taux d’intérêt raisonnables », a ainsi lancé le chef du gouvernement italien. « L’Italie ne présente pas de danger de contagion », a ajouté M. Monti qui pouvait s’appuyer sur des chiffres encourageants publiés le matin même : le déficit public de l’Italie a reculé à 2,7 % du PIB au troisième trimestre 2011, son plus bas niveau depuis la fin 2008.
La croissance de la zone euro révisée à la baisse
L’Allemagne affiche de son côté un résultat encore plus spectaculaire, avec un déficit de 1 % l’an dernier. Mais la première puissance économique de la zone euro émet aussi des signaux inquiétants : si elle a enregistré une croissance vigoureuse de 3 % en 2011, le moteur européen a calé en fin d’année, le PIB allemand reculant de 0,25 % au dernier trimestre. Cela devrait marquer le retour de la zone euro dans la récession, après une croissance atone de 0,1 % au troisième trimestre, selon des chiffres révisés en baisse hier.
En Grèce notamment, toujours l’épicentre de la crise, la situation économique s’est encore dégradée ces derniers mois. « Cela peut avoir des répercussions sur la viabilité de la dette grecque », selon une source proche des négociations en cours entre Athènes et ses créanciers, qui laisse entendre que la décote demandée aux créanciers privés pourrait s’avérer supérieure aux 50 % fixés à l’automne. Bruxelles avait fait savoir mardi que les négociations entre Athènes et les banques pour qu’elles effacent au moins la moitié de la dette grecque qu’elles détiennent étaient en passe d’aboutir. De l’issue de ces tractations et de la mise en œuvre par le gouvernement grec des programmes d’austérité exigés par ses bailleurs de fonds internationaux, les Européens et le FMI, dépendra le versement des prochaines aides financières dont la Grèce a besoin pour éviter la faillite.
Signalons par ailleurs que la situation dans le pays a certainement été au cœur des discussions menées hier à Paris entre la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et le président français Nicolas Sarkozy, sur lesquelles rien n’a filtré.
Pour tenter d’endiguer la crise, les Européens s’attellent à concrétiser leur projet de renforcement de la discipline budgétaire. Mais le dernier projet de pacte fait plusieurs concessions aux adversaires d’une ligne « dure » à l’allemande. Les prérogatives punitives de la Cour de justice et de la Commission européennes ont été limitées. Et surtout, conformément à une exigence italienne, il n’est plus question que les nouvelles sanctions financières quasi automatiques contre les pays s’appliquent aussi lorsque la dette publique dérape par rapport au seuil maximal de 60 % du PIB. La dette de l’Italie représente environ 120 % de son PIB.
(Source : AFP)

