Le docteur Pierre Dukan, apôtre de la diète protéinée. photo AFP
L’une des stars des régimes s’invite au bac. En ce début d’année, le nutritionniste Pierre Dukan propose, dans un livre intitulé "Lettre ouverte au futur président" (Cherche Midi), d'instaurer une option "poids d'équilibre" au bac en France. Une option qui permettrait aux élèves de gagner des points s'ils n'ont pas grossi au cours de leurs deux dernières années de lycée.
Dans le détail, il s'agirait pour les candidats au bac dont le poids d'équilibre était compris entre l'Indice de masse corporelle (IMC) 18 à 25, la très grande majorité, explique-t-il, de gagner des points optionnels en restant à l'intérieur de ces limites de poids d'équilibre. En clair, écrit Pierre Dukan, "simplement ne pas grossir au cours des deux années" de fin de lycée. La vérification du poids des élèves se ferait à travers six pesées : deux par année. Et pour ceux qui choisiraient cette option, six modules d'une heure pour les former à la nutrition opérationnelle, la cuisine et l'activité physique, seraient fournis sur deux ans, ajoute le nutritionniste.
"Pour éviter toute discrimination, et même avantager ceux qui se trouvent en dehors de ces limites, une simple progression constante vers le poids d'équilibre (100 grammes par trimestre)" suffirait à faire gagner des points...
La proposition du nutritionniste, dont la méthode de régime, une diète protéinée, est décriée par certains, a suscité un véritable tollé en France.
"Il a besoin d’aide. Après son idée de mettre les femmes enceintes au régime, voilà qu’il s’attaque aux jeunes. C’est une bombe qu’il balance. On imagine déjà entendre dans la cour du lycée : 'Toi la grosse, t’auras jamais ton bac'", s'est insurgé le Collectif national des associations d’obèses (Cnao), associé au plan national anti-obésité.
"Cette idée revient à nier la grande hétérogénéité des corps, des poids, des tailles, des couleurs d’yeux, de cheveux… C’est aussi négliger tout ce que la science et la clinique constatent sur l’obésité depuis qu’on travaille dessus", déclarait également, cité par Libération, un médecin nutritionniste préférant garder l’anonymat face à un Dukan procédurier.
Le ministère français de l'Education nationale s'est, pour sa part, "étonné de la proposition étrange du Dr Dukan qui fait de la discrimination physique sans le savoir". "Les problèmes de santé des adolescents sont suffisamment graves et préoccupants pour ne pas être pris à la légère. Le bac non plus. C'est un examen des savoirs et des connaissances, pas un examen de santé!", souligne le ministère.
Une accusation de discrimination rejetée par l’intéressé. "Il n'y a dans cette proposition aucune parcelle de discrimination mais pour ceux qui ont un poids d'équilibre une incitation à le protéger. Trois pesées par an dans le respect de l'intimité de l'élève (infirmière scolaire) n'ont rien d'obsessionnel", a déclaré Pierre Dukan. "Il est inconcevable, au même titre qu'il existe une option éducation physique, équitation, langue régionale, arts, qu'il n'y ait pas une option diététique et culinaire préparant l'adolescent à la gestion de son poids et de sa santé mentale et physique", a-t-il ajouté.
L’intrusion de Dukan dans le bac a également fait réagir sur le bien-fondé de sa méthode de régime.
Dans une tribune publiée hier dans Le Monde, le Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (GROS) dénonce l’"imposture" du régime Dukan. "Le docteur Pierre Dukan, fort de ses best-sellers, considère que le niveau de ses ventes tient lieu de preuve scientifique de l'efficacité et de l'innocuité de ses méthodes amaigrissantes. Aussi enjoint-il, dans une vaste campagne en direction des médecins, de prescrire à tout-va le 'régime Dukan'. Les études scientifiques démontrant l'inefficacité sur le moyen et le long terme des diètes protéinées ? Les études montrant les effets délétères des régimes amaigrissants, qui engendrent ou aggravent les troubles du comportement alimentaire, qui entraînent dépression et perte de l'estime de soi ? (...) Ce ne sont là que les avis d'esprits chagrins, qui n'auraient rien compris au 'régime Dukan'", affirme le Gros. Qui poursuit : "En tant que médecins et professionnels de santé, nous demandons que le corps médical, par l'intermédiaire des instances qui le représentent, prenne une position claire face aux bonimenteurs".
En mai dernier, une enquête élaborée par deux sites internet (Santé-médecine et Journal des femmes) et conduite auprès de quelque 5.000 personnes ayant suivi un régime Dukan faisait apparaître qu’environ 80% de ces personnes avaient repris leur poids initial quatre ans après le régime et que la plupart n’avaient pas réussi à le mener jusqu’au bout.
En novembre 2010, une vaste étude publiée par l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) avait fait apparaître que seules 20% des personnes suivant un régime perdaient du poids à long terme et que la plupart retrouvaient leur poids initial, voire davantage. Sur le régime Dukan en particulier, l’Anses soulignait que l’apport en protéines était au moins 3 fois supérieur à l’apport nutritionnel conseillé (ANC), l’apport en fibres dix fois inférieur à l’ANC (phases 1 et 2) et l’apport en calcium 2 fois supérieur à l’ANC (phase 1 et 3). D’où les risques d’élévation de la pression artérielle et de maladies cardiovasculaires, d’effets sur le rein, de cancer colorectal et d’athéro-thrombose.
Dans le détail, il s'agirait pour les candidats au bac dont le poids d'équilibre était compris entre l'Indice de masse corporelle (IMC) 18 à 25, la très grande majorité, explique-t-il, de gagner des points optionnels en restant à l'intérieur de ces limites de poids d'équilibre. En clair, écrit Pierre Dukan, "simplement ne pas grossir au cours des deux années" de fin de lycée. La vérification du poids des élèves se ferait à travers six...


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