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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Les vœux les plus doux

La priorité absolue va au rétablissement de l’ordre, mais aucun ordre n’a été donné pour tirer sur les citoyens (il faut croire alors que ce sont des Martiens qui font feu sur les foules de manifestants). Ne croyez surtout pas ce que vous m’avez vu et entendu dire sur la CNN, à savoir qu’il faudrait être fou pour canarder son propre peuple, mes propos ont été falsifiés au moyen d’un malveillant montage. Un referendum sur la nouvelle Constitution aura lieu cependant en mars prochain, suivi d’élections générales (chimérique programme, alors que la Syrie s’enfonce chaque jour un peu plus dans une situation de guerre civile).

 

Par delà toutes les outrances qui ont émaillé son discours d’hier, on donnera absolument raison au président Bachar el-Assad sur un point, un seul : la faillite de la Ligue arabe, a-t-il affirmé, n’est finalement que le reflet de la déchéance qui atteint la région arabe tout entière. On ne saurait mieux dire, à cette nuance près que l’opposition syrienne est la première à le dire : la seule, en réalité, en droit de le dire.


C’est elle en effet qui n’a cessé de dénoncer la coupable lenteur de l’organisation panarabe à mettre en place un poussif plan de sortie de crise, puis à dépêcher sur place une maigre poignée d’observateurs rarement qualifiés pour ce genre de tâche. C’est l’opposition qui accuse ouvertement la Ligue de n’avoir fait, en somme, qu’offrir au régime l’occasion de poursuivre son impitoyable répression, à l’ombre d’une mission dont les moindres mouvements sont programmés et contrôlés par les autorités, ce qu’elle omet d’observer. C’est encore l’opposition qui appelle la Ligue à déclarer forfait, à se décider à passer le relais aux Nations unies. Ce n’est pas elle qui fait preuve de violence contre les observateurs, mais un régime passé maître dans l’art de l’intimidation et de la manipulation, et dont l’incontestable responsabilité dans ces incidents vient d’être retenue par la Ligue, dans un rare accès de franchise.


Voilà pour la faillite. Quant à la déchéance du monde arabe, elle ne date pas d’hier. Et elle est due surtout à des systèmes de gouvernement qui s’emploient à asservir leurs peuples, à les exploiter, à les maintenir dans l’ignorance et le sous-développement, à leur imposer toutes sortes de sacrifices sur l’autel de grandes causes qu’ils n’hésitent pas à brader dès lors que leurs intérêts propres sont en jeu : des systèmes fondés sur le mensonge, la coercition, le pillage et la corruption effrénée à laquelle se livrent les familles et dynasties régnantes, qu’elles soient royalistes et républicaines. Si un certain printemps arabe a pu voir le jour, c’est en tardive réaction à la longévité de ces mêmes systèmes. Et si la révolte gronde en Syrie, c’est bien parce qu’elle abrite, l’infortunée, un des spécimens les plus représentatifs de ces haïssables systèmes.

 

En guise de vœux du Nouvel An, c’est à une déclaration de guerre – civile – noyée dans un flot de fausses promesses, qu’auront eu droit les Syriens.

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

La priorité absolue va au rétablissement de l’ordre, mais aucun ordre n’a été donné pour tirer sur les citoyens (il faut croire alors que ce sont des Martiens qui font feu sur les foules de manifestants). Ne croyez surtout pas ce que vous m’avez vu et entendu dire sur la CNN, à savoir qu’il faudrait être fou pour canarder son propre peuple, mes propos ont été falsifiés au moyen d’un malveillant montage. Un referendum sur la nouvelle Constitution aura lieu cependant en mars prochain, suivi d’élections générales (chimérique programme, alors que la Syrie s’enfonce chaque jour un peu plus dans une situation de guerre civile).
 
Par delà toutes les outrances qui ont émaillé son discours d’hier, on donnera absolument raison au président Bachar el-Assad sur un point, un seul : la faillite de la Ligue arabe,...
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