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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Absents aux Oscars

Bon an mal an, le singulier verdict désigne l’homme, la femme, le groupe ou même le concept qui, le plus, a marqué, pour le meilleur ou pour le pire, les douze mois écoulés. Inauguré en 1927 par le magazine Time, ce choix est universellement attendu, même s’il prête assez souvent à controverse. Dans la galerie de portraits de la revue américaine ont figuré des personnages aussi divers que Charles Lindbergh, Hitler, Staline et Martin Luther King.

En 1956, Time innovait en couronnant non point un individu, mais une collectivité, en l’occurrence les révoltés de Hongrie, premiers à avoir tenté de percer une brèche dans le rideau de fer soviétique. C’est cette fois l’anonyme contestataire, le manifestant sans visage et sans patrie, qui vient de remporter la palme, pour avoir courageusement secoué le cocotier sous toutes les latitudes, de Tunis à Mexico en passant par Wall Street, pour avoir bravé toutes sortes de tyrannies, politiques, économiques ou mafieuses dans l’espérance d’un monde meilleur, ou pour le moins différent. Comme de juste, une mention spéciale est décernée par le magazine aux auteurs et acteurs du printemps arabe, même si celui-ci est encore loin d’avoir tenu toutes ses promesses. Fortement souligné est l’héroïsme de ceux-ci, qui savent parfaitement bien qu’en descendant dans la rue, c’est leur vie qu’ils jouent à tous les coups, comme ils continuent opiniâtrement de le faire en Syrie.

Cela étant, quelle place occupent les Libanais, eux, dans cette effervescence humaine qui s’est répandue comme traînée de poudre, dans ce planétaire remue-ménage bousculant avec fureur maint ordre établi ? Ils eurent leur heure de gloire il y a des années, ils firent même figure de précurseurs dans le monde arabe avec ce million de citoyens rassemblés un certain jour de mars place de la Liberté pour réclamer – et obtenir – le départ de l’occupant syrien. D’autres foules, d’autres sit-in obéissant à d’autres et bien étranges conceptions de l’action démocratique sont venues bloquer toutefois ces mêmes institutions dont ils se réclamaient fort abusivement. Cette petite guerre des manifs a surtout rappelé à quel point les Libanais, par la grâce des ingérences étrangères s’ajoutant aux clivages structurels, sont en désaccord sur tout, ou presque : sur la Syrie, sur l’armement du Hezbollah, sur la justice internationale et jusque sur la recette de l’authentique kibbé nayyé.

Par delà les grands thèmes politiques (et même géopolitiques), bien des infortunes sont pourtant susceptibles de rassembler les masses sans distinction d’appartenance, communautaire ou autre. C’est en effet dans leur vie quotidienne comme dans leurs projections d’avenir que les citoyens, tous les Libanais, souffrent des mêmes plaies, connaissent les mêmes avanies, tenus qu’ils sont par leurs dirigeants pour quantité négligeable. Corruption insolente, incurie endémique des services publics, fraude généralisée, insécurité : c’est dans ce scandaleux environnement que les Libanais, otages de leur individualisme foncier, victimes de leur propre et légendaire débrouillardise, ne font que se résigner aux palliatifs, au fameux système D, acquérant ailleurs – au prix fort – le courant électrique, l’eau courante et autres prestations que leur dénie un État indigne. Tout cela n’appelle-t-il pas une révolution ?

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Bon an mal an, le singulier verdict désigne l’homme, la femme, le groupe ou même le concept qui, le plus, a marqué, pour le meilleur ou pour le pire, les douze mois écoulés. Inauguré en 1927 par le magazine Time, ce choix est universellement attendu, même s’il prête assez souvent à controverse. Dans la galerie de portraits de la revue américaine ont figuré des personnages aussi divers que Charles Lindbergh, Hitler, Staline et Martin Luther King.En 1956, Time innovait en couronnant non point un individu, mais une collectivité, en l’occurrence les révoltés de Hongrie, premiers à avoir tenté de percer une brèche dans le rideau de fer soviétique. C’est cette fois l’anonyme contestataire, le manifestant sans visage et sans patrie, qui vient de remporter la palme, pour avoir courageusement secoué le cocotier sous...
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