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Nos lecteurs ont la parole

Pour que le printemps soit celui de tous les Arabes

Raymond NAMMOUR
Les dictatures arabes sombrent sous la pression de la rue. Le peuple s’exprime à travers les urnes. Les partis islamistes l’emportent. Les minorités non musulmanes semblent inquiètes pour leur avenir.
Faut-il avoir peur du changement ? Quelle est la réalité des tsunamis intégristes dans les sociétés civiles et dans celles multiconfessionnelles ?
Fixons tout d’abord le cap.
Dans toutesles sociétés quelles qu’elles soient, la meilleure garantie pour l’épanouissement de tous réside dans l’édification d’un État de droit. Dans ce cadre, le passage aux urnes, rendu possible grâce au « printemps », ne représente-t-il pas une avancée décisive sur le chemin
du droit ?
Le fondement des inquiétudes ne reposerait donc pas sur les mécanismes politiques mais plutôt sur la nature du droit proposé. Avec les partis islamiques, le droit serait celui fondé sur le Coran et sur les hadiths du Prophète.
Mais est-ce vraiment la réalité ?
Jusqu’à ce jour, mis à part quelques effets d’annonce sans réelle consistance, aucun programme politique n’a encore proposé la charia comme modèle de gouvernement. Une telle proposition impliquerait notamment une remise en cause radicale des Constitutions et des institutions politiques avec, à terme, une résurgence du califat aboli en 1924 par Mustapha Kemal.
Or le phénomène auquel on assiste est d’une toute autre nature.
Au Maroc, le nouveau Premier ministre issu des rangs des islamistes s’est fixé entre autres objectifs le renforcement des structures étatiques et l’éradication de la corruption et du népotisme. Aucune des principales lois civiles du royaume ne sera remise en cause.
À Tunis, le nouveau régime est d’avantage préoccupé par le chômage et la relance économique que par une quelconque application des thèses d’Ibn Taymia ou de Mohammad ben Abdel Wahhab.
De nombreux contre-pouvoirs se sont d’ailleurs mis en stand-by pour juguler toute éventuelle dérive.
En Libye, même topo. Les préoccupations majeures sont le désarmement des milices, le redémarrage de la production pétrolière, le nettoyage de l’administration du khadafisme,..
On est à des années-lumière d’une quelconque action politique revendiquant le califat et l’application stricte des préceptes coraniques.
Au Yémen, la révolution est loin d’être achevée et la préoccupation de tous est plutôt dans l’achèvement du processus et la reconstruction du pays que dans une quelconque hallucination religieuse.
À Bahreïn et au Koweït, ce qui est en cause, c’est encore et toujours la corruption et le népotisme et nullement un besoin de plus de religieux. La revendication majeure est le droit tout court et non pas la charia.
En Égypte, poids lourd du monde arabe, société multiconfessionnelle, les coptes sont inquiets devant l’écrasante victoire électorale des Frères musulmans et des mouvements salafistes, surtout après les derniers heurts confessionnels qui ont émaillé de nombreuses journées de la révolution. Peut-on pour autant en déduire que la situation des coptes était meilleure sous Moubarak ? Aucunement.
Le règne du raïs a également connu de très nombreux affrontements entre les intégristes et les coptes. D’ailleurs, l’origine du conflit laissait souvent planer un sérieux doute sur le double jeu des moukhabarat dans la persistance des tensions intercommunautaires. La devise « diviser pour mieux régner » était en Égypte érigée en un art de gouverner.
Malgré tout, les coptes s’étaient engagés massivement dans le renversement de Moubarak.
Leur scepticisme d’aujourd’hui cédera rapidement la place à une attitude encore plus engagée dans le processus de changement. La culture des urnes est leur seule issue. L’Égypte est certes la terre natale des Frères, mais elle est aussi la terre des contre-pouvoirs : armée, société civile, jeunesse, culture, patriotisme... Et ces contre-pouvoirs sauront faire face, si besoin, à toutes les dérives, qu’elles soient politiques ou religieuses. L’Égypte n’est ni l’Iran ni l’Arabie saoudite.
Et nous arrivons enfin au cas qui nous touche directement au Liban : la Syrie.
Le régime des Assad semble enfin vaciller. Une grande majorité du peuple syrien est déterminée à mettre un terme à l’épopée du Baas en Syrie. Des voix s’élèvent en Orient comme on Occident pour mettre en garde contre le risque islamiste qui guette les minorités. Quelle attitude devons-nous tenir au Liban, pays des minorités par excellence ?
Nous devons, sans la moindre hésitation, soutenir la démocratisation de la vie publique en Syrie. Nous avons éprouvé pendant des dizaines d’années les fourberies de la dictature baassiste. Il suffit de comparer la situation du Liban avant et après l’avènement du Baas au pouvoir, pour comprendre tout le mal que ce parti a fait endurer au pays du Cèdre. Avant 1970, le plus grand conflit interlibanais ne durait que quelques mois. Avec leur arrivée au pouvoir, les Assad ont fait du Liban une arène permanente pour tous les conflits de la région.
Imaginons le Liban vivant avec une Syrie démocratique à ses côtés. Un bon nombre de nos conflits, qui semblaient insolubles, trouveraient vite une solution, y compris les plus épineux : le désarmement des Palestiniens et la dissolution de la milice du Hezbollah.
Quant aux risques d’une ascension des islamistes au pouvoir en Syrie, et ses conséquences sur le fragile équilibre communautaire au Liban, nous faisons confiance au patriotisme des musulmans du Liban, sunnites, chiites et druzes, pour veiller à nos côtés à notre souveraineté et à notre indépendance.
Accompagnons le changement pour que le printemps soit celui de tous les Arabes, quelle que soit leur religion.

Raymond NAMMOUR
Les dictatures arabes sombrent sous la pression de la rue. Le peuple s’exprime à travers les urnes. Les partis islamistes l’emportent. Les minorités non musulmanes semblent inquiètes pour leur avenir. Faut-il avoir peur du changement ? Quelle est la réalité des tsunamis intégristes dans les sociétés civiles et dans celles multiconfessionnelles ? Fixons tout d’abord le cap.Dans toutesles sociétés quelles qu’elles soient, la meilleure garantie pour l’épanouissement de tous réside dans l’édification d’un État de droit. Dans ce cadre, le passage aux urnes, rendu possible grâce au « printemps », ne représente-t-il pas une avancée décisive sur le chemin du droit ? Le fondement des inquiétudes ne reposerait donc pas sur les mécanismes politiques mais plutôt sur la nature du droit proposé. Avec les partis...
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