À Bkerké, le spectacle était sous les lambris. Jouant les équilibristes face à ses ouailles politiques qui barbotent en dessous du niveau de la mer, Monseigneur avait choisi de les convier pour phosphorer sur le projet de loi électorale mitonné par leurs rivaux byzantins. Une causette plutôt recueillie, qui n’avait plus rien à voir avec l’époque où son prédécesseur leur sonnait les clochetons sous la pourpre cardinalice.
Rien que du beau linge, ce jour-là : un général grognon, un don quichotte féodal, un ancien chef d’État bien coiffé, un ex-patron milicien qui n’a plus les moyens de se coiffer, et un Batrounien replet et bavard. Sans oublier la camarilla des porte-flingues et autres seconds couteaux venus faire tapisserie. Deux camps dont les tenants refusent encore de se frotter l’un à l’autre, tant les prochaines législatives leur affolent la libido. Comme déco de Noël, on ne pouvait mieux inventer.
Ils avaient bien fière allure, les Maroun-marrons du landernau ! Entre ceux qui se font sponsoriser par les sunnites et ceux qui mangent dans la main des chiites, c’est Antioche et tout l’Orient qui balancent entre Riyad et Téhéran. Leur saint patron doit tressauter avec force 9.0 sur l’échelle de Richter et donner de furieux coups de pied dans sa pierre tombale. Les deux muftis d’en face devaient bien ricaner aussi sous leur turban.
Le projet de loi mis en musique par le Rassemblement grec-orthodoxe est d’une simplicité enfantine, sinon infantile : chacune des communautés picore dans son cheptel et amène au Parlement son quota d’immunisés de frais ; comme les futurs députés seront issus de leurs tribus respectives, ils seront ainsi à portée de baffe de leurs électeurs s’il leur venait à l’idée de les cocufier.
Bien entendu, le système prêche en même temps l’amour de « l’autre », sans appréhender que dans ce pays cocasse il y a toujours une tripotée « d’autres », chaque « autre » pensant qu’il est plus « autre » que tous les autres. Dans un bled où les communautés se massacrent allègrement depuis des siècles, la proposition est pas mal culottée. Les yeux de l’amour ont souvent besoin de lunettes !
Dix-huit communautés, 18 couleurs délavées, un Benetton ingouvernable et qu’il est de surcroît inutile de gouverner. Ce n’était pas d’une heure qu’il fallait retarder en octobre nos montres pour retrouver l’heure d’hiver. Mais de 150 ans...
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