Nul besoin que ce dictateur soit un quelconque spécialiste, encore moins un politique. L’oiseau rare attendu de tous sera pragmatique et la tâche pour cette personne remplie de bon sens, dévouée davantage aux citoyens ordinaires qu’à la République, sera facilitée s’il était élu démocratiquement. Ça paraît contradictoire, mais tant pis, il n’est pas interdit de rêver.
Des solutions, notre dictateur n’en trouvera pas des masses. Une seule est sérieuse. Elle s’appelle décongestionnement, ou plus simplement réduction du nombre de voitures circulant en ville. C’est la solution unique, la solution finale.
Pour la réaliser, il est bon de se rappeler les mesures radicales que beaucoup de villes appliquent déjà concernant les voitures particulières. À savoir, contraventions sur le stationnement prolongé, sur les grosses cylindrées, sur le gabarit (on parle d’interdire les 4 x 4 à Paris et à Moscou) et surtout taxes élevées sur leur utilisation en ville sans justification valable. Le problème de fond demeurant la réduction de la dépendance à la voiture personnelle qui se fera évidemment par le développement des transports en commun. Lesquels ? C’est là que l’on vantera comme d’habitude les mérites de l’autobus, du tramway, du métro, du monorail et autres merveilles. Efficaces dans l’absolu, mais ne résolvant pas notre problème dans l’immédiat.
Les solutions grandioses de l’urbanisme que l’on prônait dans le passé, avec tout ce que cela supposait comme terrains réservés pour l’habitat, les activités, la production, le repos, les loisirs, etc., entourés de zones vertes, le tout desservi par un réseau coordonné de routes, n’ont pas réussi et ne réussiront jamais pour la simple raison que dans nos villes l’espace et la voirie sont morcelés, fractionnés, décousus et exigus. De plus, l’automobile qui les a totalement occupés complique le problème à l’extrême. Il ne nous reste que la solution de la gestion de l’existant.
Dans l’immédiat, pour le transport collectif, il s’agira d’utiliser des véhicules de gabarit réduit, des taxis-service pour ne pas les nommer. On commencera par en reconnaître officiellement l’utilité. Traiter ceux qui décident de rester ou de s’engager dans le métier de chauffeur de taxi-service comme partenaires privilégiés et non comme parias méprisables. On les aidera par tous les moyens, tels que conseils, indemnisations, aides financières, traites allégées, etc. Les véhicules et l’équipement qu’ils utiliseront seront bien sûr ultra-modernes.
À quoi pourrait-on s’attendre alors ? Eh bien, à voir, un jour par exemple, Farouk, Sami et Youmna, à leur sortie de l’université, héler, pour rentrer chacun chez soi, l’un des nombreux taxis-service qui sillonnent la ville. Ce seront des voitures neuves, propres, de modèles standardisés, de couleur correspondant au quartier desservi, avec indication sur le pare-brise de l’itinéraire qu’il va parcourir ce jour. Itinéraire qui se modifiera selon les indications que donnera par radio la centrale de gestion de la circulation.
Le conducteur sera courtois. Il n’aura pas de compagnon à ses côtés pour discuter avec lui du printemps arabe et gêner tout le monde. Derrière la vitre le séparant des passagers, il écoutera sa radio préférée. Il accueillera les passagers poliment, acquiesçant d’un hochement de la tête à l’énoncé des destinations. Puis il démarrera et se mêlera au trafic sans zigzaguer comme un taré entre les voitures, lesquelles, mystérieusement, sont devenues beaucoup moins nombreuses depuis un certain temps.


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