Il va neiger ce soir en montagne. Il va neiger tout seul, et c’est comme un miracle cette occurrence de la neige au seuil de l’hiver dans un pays du Moyen-Orient. De neige, dans nos environs, il faudrait aller jusqu’en Turquie pour en voir. Dubaï, ça ne compte pas. Voilà donc qui nous permet de ricaner quand, ce n’est pas rare, des Européens nous imaginent dans un environnement de sable, de tentes et de chameaux. Non Monsieur, chez nous il neige, même si c’est parfois ; même si c’est galère d’arriver là-bas quand on ne peut le faire que le week-end et que tout le pays a eu la même idée. Ce parfum de neige, même éphémère, qui nous colle à l’aura, nous barbarise, nous occidentalise et pour tout dire nous bâtardise. Quand la oumma nous renifle, elle a du mal à nous compter parmi les siens. La neige et l’Arabie sont antinomiques, c’est tout. Notre enfance, par contre, n’a eu aucun mal à intégrer les contes des Grimm ou de Perrault. Les loups, il nous est arrivé de les entendre hurler certaines nuits, et oui, les petits Chaperons rouges et les Mères-grand, les Filles aux allumettes et les Soldats de plomb sont des héros des Cèdres, de Faraya et des caniveaux de Beyrouth. Le Père Noël aussi. Que de fois avons-nous aperçu son traîneau zigzaguer parmi les flocons, en quête d’un panache échappé d’une chaumière. Même si les cheminées, au départ, ne font pas partie de notre décor, l’instinct grégaire nous portant plutôt à placer le feu au centre de nos réunions, privilégiant ainsi les poêles et les brasero. C’est tout cela la neige. Une culture douce et chaude, propice au rêve et qui se plaît à faire briller les yeux des enfants. Sous la neige, il y a bien des loups et même des ogres, mais le giron des mères n’en est que plus douillet, et le parfum des châtaignes dans la braise, et le fumet de la soupe tellement plus réconfortants. Arabes, la neige en plus. Entre deux mondes avant tout le monde.
Il va neiger ce soir en montagne. Il va neiger tout seul, et c’est comme un miracle cette occurrence de la neige au seuil de l’hiver dans un pays du Moyen-Orient. De neige, dans nos environs, il faudrait aller jusqu’en Turquie pour en voir. Dubaï, ça ne compte pas. Voilà donc qui nous permet de ricaner quand, ce n’est pas rare, des Européens nous imaginent dans un environnement de sable, de tentes et de chameaux. Non Monsieur, chez nous il neige, même si c’est parfois ; même si c’est galère d’arriver là-bas quand on ne peut le faire que le week-end et que tout le pays a eu la même idée. Ce parfum de neige, même éphémère, qui nous colle à l’aura, nous barbarise, nous occidentalise et pour tout dire nous bâtardise. Quand la oumma nous renifle, elle a du mal à nous compter parmi les siens. La neige et...
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