Andy, un drôle de gus !
André, Andy pour les nombreux intimes, a démarré ses études par une année d’architecture, puis deux ans de gestion et quatre ans de langues étrangères appliquées. Le jeune homme se cherchait, visiblement. Il aime communiquer dans plusieurs langues : le français, l’anglais, l’italien et l’arménien (sa mère est arménienne). Il aime surtout chanter. « J’avais cinq ans quand j’ai écouté de l’opéra pour la première fois. J’ai dit à ma sœur bien aimée – c’est ce qu’on me raconte. » Je veux chanter comme lui ! « Puis le temps a passé. Des années plus tard, en écoutant La Callas, j’ai confirmé à ma sœur (toujours la même ! ) ma passion pour le chant lyrique. »
À 18 ans, l’âge de la déraison, le jeune homme s’embarque pour Paris. Arrivé tard, il réussit quand même à auditionner auprès de Robert Dumé, qui fut lui-même lauréat du Conservatoire de Paris et du Concours international de chant de Paris. Pas assez préparé, sans réelle technique vocale, il est quand même retenu. « J’ai été au culot ! » avouera-t-il. Suivent des années où il apprend à maîtriser et développer sa voix, et surtout à s’épanouir personnellement. « C’est comme une psychanalyse. Les morceaux musicaux, avant même d’en comprendre les paroles, parlent à chacun suivant sa sensibilité. Les compositions sont souvent tellement fortes que de nombreux messages se laissent saisir. » Durant ces années difficiles qui ont exigé une grande dose de discipline et de travail, André Abdelmassih passe de nombreuses auditions. Il participe à des concours de chant et en remporte quelques-uns. Il met en scène un spectacle au sein même du Conservatoire et fait de la scène. Il cuisine à tous ses amis exilés à Paris, improvise des recettes, copie celle des autres et s’améliore. Pour le plaisir. Mais surtout, il s’épuise. « J’en avais marre d’attendre que les gens puissent voir et aimer ce que je fais, confie-t-il. Marre de gagner si mal ma vie... » Alors, 10 années « lyriques » plus tard, il décide de rentrer au Liban.
Drôles de vilains
« Je ne voulais plus payer de l’argent pour manger et mal manger ! » poursuit-il avec humour. L’idée d’un restaurant de quartier s’impose.
De même que la collaboration avec son amie Nada Hennaoui, elle-même « dans le domaine » depuis quelques années : un diplôme en Business Hospitality Management de la LAU, une collaboration à l’hôtel Le Crillon, le Safina en Sardaigne, De Prague et Da Giovanni à Beyrouth, et la voilà enchantée, même si légèrement intimidée, de s’embarquer dans ce premier projet personnel. Un restaurant qui a « de la gueule », avec une cuisine traditionnelle du monde, qui figure déjà dans le Petit futé. Ils l’appelleront « Les Vilains », parce que c’est pluriel, c’est drôle et que ça leur ressemble. Voleur de recettes et fier de l’être, André Abdelmassih s’inspire des chefs et des restaurants qu’il admire pour revisiter ou imiter un plat. « Cette expérience, le plus grand défi de ma vie, m’a confirmé que c’est aux fourneaux que je me sens le plus à l’aise et le plus heureux. Je rêve toujours de me produire à l’Opéra Garnier, avoue-t-il dans un grand éclat de rire. Mais pour le moment, je me contenterais de chanter dans ma cuisine ! »

