Le grand art se perd dans notre pays, et voici venu le temps des apprentis magiciens, prestidigitateurs et autres illusionnistes.
Tenu d’honorer ses engagements financiers envers le Tribunal spécial pour le Liban mais anxieux d’éviter tout vote sur la question en Conseil des ministres, agitant à cette fin une menace de démission, c’est dans la caisse noire de la présidence du Conseil que Nagib Mikati a fini par piocher les 32 millions de dollars et des poussières dus par Beyrouth. En termes de transparence, de conviction et d’autorité, la laborieuse manœuvre n’était pas des plus dignes, c’est un fait. Il reste que l’essentiel est sauf, à savoir l’attachement réitéré de l’État à la justice internationale, même si d’aucuns s’obstinent encore à nier cette réconfortante évidence.
D’une ahurissante platitude étaient, quant à eux, les tours de passe-passe auxquels s’est livré jeudi soir le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour faire accroire, entre autres, qu’il n’a fermé les yeux sur cette infamie qu’était le financement d’un tribunal odieusement israélien que par seul souci de l’intérêt national. Ce vertueux souci, on peut toutefois se demander où diable il était allé se nicher lorsque la milice embarquait le pays tout entier dans la coûteuse guerre de 2006. Ou encore quand, un an plus tard, elle retournait ses armes contre ses adversaires politiques de l’intérieur.
Encore moins convaincante était la prétendue révélation, bien maigrement étayée par un anonyme document, d’un sordide marché aux termes duquel Saad Hariri se serait déclaré tout disposé à renier le tribunal spécial, pourvu seulement que lui soit gardé bien au chaud son fauteuil au Sérail. Ce qui choque le plus au fond dans cette incroyable assertion, c’est la seule idée que l’ancien chef de gouvernement, tout héritier de Rafic Hariri qu’il fût, pouvait avoir latitude de transiger sur le sang non point de son seul père, mais aussi des nombreux autres martyrs de l’indépendance. Quant aux accusations de sectarisme sunnite lancées contre le même Hariri, et qui n’ont pas épargné Mikati, elles font plutôt sourire, venant en effet d’un parti religieux par définition, chiite par vocation et de par l’intégralité de ses effectifs, qui s’est approprié le nom d’Allah et qui se réclame ouvertement enfin d’une théocratie étrangère.
Reste les non-dits, c’est-à-dire le plus important. Il est clair en effet que si le Hezbollah a fait preuve d’une inhabituelle résignation, ce n’était certes pas par civisme. Ce n’était probablement pas non plus en échange de compensations politico-administratives pour ses alliés du Courant patriotique libre. C’est parce qu’il s’agissait là d’un moindre mal pour une Syrie chaque jour plus isolée, et qui ne peut se permettre de laisser partir en fumée le seul gouvernement ami qu’il lui reste dans le vaste monde arabe. Le régime baassiste demeure hostile certes à un tribunal spécial qui n’en est encore qu’à son premier train d’accusations, et qui est loin de l’avoir mis hors de cause dans l’affaire des attentats criminels perpétrés contre le Liban. Mais Damas a bien davantage à redouter, désormais : ce sont cette fois des crimes contre l’humanité que lui attribue le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, faisant état de 4 000 morts dont plus de 300 enfants en neuf mois de contestation populaire férocement réprimée. On a les promotions que l’on peut.
Tenu d’honorer ses engagements financiers envers le Tribunal spécial pour le Liban mais anxieux d’éviter tout vote sur la question en Conseil des ministres, agitant à cette fin une menace de démission, c’est dans la caisse noire de la présidence du Conseil que Nagib Mikati a fini par piocher les 32 millions de dollars et des poussières dus par Beyrouth. En termes de transparence, de conviction et d’autorité, la laborieuse manœuvre n’était pas des plus dignes, c’est un fait. Il reste que l’essentiel est sauf, à savoir l’attachement réitéré de l’État à la justice internationale, même si d’aucuns s’obstinent encore à nier cette réconfortante évidence.
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