Des prisonniers tout juste libérés d'un centre de détention à Damas, sur cette photo diffusée par l'agence de presse officielle syrienne, SANA, le 30 novembre dernier. HO/AFP
Meurtres, viols, torture… Lundi dernier, la commission internationale d'enquête mandatée par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a rendu un rapport accablant pour la Syrie. Au terme de ce rapport de 39 pages, la commission d’enquête conclut que les autorités syriennes ont commis des « crimes contre l’humanité » dans leur répression des manifestations contre le régime du président Bachar el-Assad, lancées en mars dernier.
Pour rédiger leur rapport, les enquêteurs de la commission – le Brésilien Sergio Pinheiro, expert en droits de l'Homme, la Turque Yakin Ertürk, spécialiste de la violence faite aux femmes, et l’Américaine Karen Abou Zayd, spécialiste des questions humanitaires et des réfugiés - se sont basés sur les témoignages de 233 victimes de la répression, dont des soldats qui ont fait défection de l’armée syrienne. Les enquêteurs précisent qu’ils n’ont pas pu se rendre eux-mêmes sur le terrain, faute de permission des autorités syriennes.
« Tirer pour tuer »
Dans leur témoignage, des déserteurs de l’armée révèlent aux enquêteurs les méthodes utilisées par les forces de l’ordre pour réprimer les manifestants pro-démocratie. Selon eux, les opérations sur le terrain sont conjointement menées par l’armée, les forces sécuritaires ainsi que les milices, plus connues sous le nom de chabbiha. Les ordres étaient clairs : « tirer pour tuer »
« Notre commandant en chef nous avait dit qu’il y avait des bandes de terroristes armés qui attaquaient des civils et qui mettaient le feu aux institutions gouvernementales, raconte un déserteur. Ce jour-là, nous nous sommes rendus à Telbissé. Nous n’avons vu aucun groupe armé. Les manifestants lançaient des appels à la liberté, ils portaient des branches d'olivier et marchaient avec leurs enfants. Nous avions l'ordre de les disperser ou de les éliminer, y compris les enfants. Les ordres étaient de tirer, d’abord en l’air, et de viser la foule ensuite. Nous avons ouvert le feu, j’étais présent. Plusieurs personnes, tuées ou blessées, gisaient par terre ».
Toujours selon les témoignages, les soldats qui refusaient de tirer sur les manifestants, ou ceux suspectés de sympathiser avec ces derniers, étaient soit tués, soit détenus et torturés.
« Les francs-tireurs étaient partout »
Le rapport évoque également le rôle joué par des francs-tireurs « postés sur les toits des hôpitaux et des immeubles », notamment à Deraa, Lattaquié, Hama, Jisr al-Choughour et Homs. « Ils avaient l’ordre de tirer sur les meneurs des manifestations, ainsi que sur toute personne tenant une caméra ou un téléphone portable ». « Ceux qui essayaient de secourir les blessés ou de ramasser les corps des victimes étaient aussi visés par les tirs des francs-tireurs », indique le rapport.
« Les francs-tireurs étaient partout, toute personne qui bougeait était visée », assure, sous couvert d’anonymat, un avocat présent à Deraa en avril dernier. Deux de ses cousins sont morts de cette manière.
Barrages et listes noires
Selon les témoignages de déserteurs, des barrages étaient érigés tous les vendredis pour empêcher les gens de manifester. Un soldat contrôlant un barrage à Deraa affirme aux enquêteurs avoir reçu l’ordre « de fouiller tout le monde et de tirer sur tout manifestant qui tenterait de passer ». Il révèle par ailleurs l’existence de « listes noires » comportant les noms des personnes recherchées par les autorités.
Les enquêteurs rapportent également des rafles de grande ampleur, notamment à Banias, le 7 mai dernier, avec 500 arrestations en une journée, et à Jisr al-Choughour, une semaine plus tard, avec plus de 400 arrestations en une journée.
Emprisonnés dans des écoles, dans des stades, ou même dans des hôpitaux, les détenus sont souvent privés de nourriture et de toute assistance médicale.
« Ton fils, oublie-le »
Des cas de disparitions forcées sont également cités dans le rapport. Les enquêteurs reconnaissent ne pas être en mesure d’évaluer l’ampleur du phénomène, mais estiment que le nombre de personnes « disparues » s’élèverait à plusieurs milliers.
Un témoin, dont le beau-frère a disparu en septembre dernier à Deraa, affirme ne plus avoir eu de ses nouvelles depuis. « Mon oncle et ma tante sont partis à sa recherche à Damas et à Deraa, mais ils n’ont rien trouvé, affirme-t-il. Les autorités ont refusé de leur donner la moindre information. Au cours d’une conversation téléphonique avec un agent de la sécurité, mon oncle s’est vu dire: +ton fils, oublie-le+ ».
Enfants torturés à mort
En matière de répression, les forces de sécurité syriennes n’ont pas épargné les enfants, souligne le rapport. Des enfants qui auraient subi des tortures psychologiques, physiques, mais aussi sexuelles. « Des sources fiables indiquent que 256 enfants ont été tués par les forces de l’Etat jusqu'au 9 novembre », rapporte la commission, qui souligne avoir parlé à plusieurs enfants ayant été témoins de l’assassinat d’adultes ou d’autres enfants.
Un ancien soldat a déclaré aux enquêteurs avoir déserté après avoir vu une fillette de deux ans se faire abattre à Lattaquié le 13 août dernier par un officier ayant déclaré ne pas vouloir lui laisser la possibilité de grandir et de devenir une contestataire.
D’anciens détenus ont souligné la présence d’enfants, qui parfois n’avaient pas 10 ans, dans les centres de détention attachés à différents services de renseignements, à Damas, Tartous, Lattaquié et Edlib. « Les détenus avaient les pieds et les mains menottés. Ils étaient sauvagement battus, y compris des enfants de 10 ans. La peur étant trop forte, certains enfants urinaient pendant qu’ils étaient battus ». Le rapport cite deux cas « d’enfants torturés à mort », Thamir Al Sharee, 14 ans, et Hamza Al Khateeb, 13 ans de la ville de Deraa.
Des témoignages indiquent également, souligne le rapport, que des enfants ont été soumis à des tortures sexuelles dans des centres de détention devant des adultes.
Violences sexuelles
Selon plusieurs témoins, les détenus ont été soumis à des tortures sexuelles. D’anciens détenus ont rapporté que les prisonniers étaient battus ou brûlés au niveau des organes génitaux, contraints à pratiquer des fellations, sujets à des électrochocs dans des centres de détention. Plusieurs anciens détenus ont rapporté des cas de viols avec des bâtons. Les enfants n’y ont pas échappé.
Un homme dit avoir été témoin du viol d’un jeune de 15 ans devant son père. Un homme de 40 ans, poursuit le rapport, a déclaré avoir vu un enfant de 11 ans se faire violer par trois officiers des forces de sécurité. Cet homme a déclaré : « Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Ensuite, ils se sont tournés vers moi et ont dit : tu es le suivant ». L’homme, souligne le rapport, n’a pas pu poursuivre son témoignage.
Les soldats qui ont fait défection ont également rapporté que des femmes ont été victimes de viol, mais la commission d’enquête a précisé ne pas avoir reçu assez d’éléments de preuve en ce sens.
Le rapport accablant de la commission doit être examiné aujourd’hui lors d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à la demande l’Union européenne. Pour Catherine Ashton chef de la diplomatie de l’Union européenne, « la situation des droits de l'homme en Syrie est grave et demande une réponse urgente ».
Pour rédiger leur rapport, les enquêteurs de la commission – le Brésilien Sergio Pinheiro, expert en droits de l'Homme, la Turque Yakin Ertürk, spécialiste de la violence faite aux femmes, et l’Américaine Karen Abou Zayd, spécialiste des questions humanitaires et des réfugiés - se sont basés sur les témoignages de 233 victimes de la répression, dont des soldats qui ont fait...


Inoui ! Incroyable ! Monstrueux! Révoltant ! Ecoeurant ! Supposons que 60 ou 50% seulement de ces révélations soient conformes à la vérité. C'est déjà énorme et très compromettant de ce régime, dont on a vu d'ailleurs certaines atrocités semblables au Liban. Mais aussi c'est là où l'on peut douter que Bachar el-Assad soit au courant de toutes ces sauvageries. Il ne contrôle pas du tout la situation. Toujours la même chose : Dans les dictatures, il y a des éléments plus dictateurs que leur dictateur. Ce sont des sauvages. Ils perdent complètement toute notion d'humain et commettent des crimes contre l'humanité avec la même facilité qu'ils ont de boire un verre d'eau. De grâce que quelqu'un montre ce rapport de la Commission du Conseil des droits de l'homme à Hassan Nasrallah et au général Aoun.
06 h 45, le 02 décembre 2011