La Banque centrale européenne (BCE), la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque du Canada, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la Banque nationale suisse ont annoncé à la mi-journée une action concertée pour soulager le système financier. Rappelons qu’elles avaient déjà effectué un geste semblable pendant la crise financière de 2008 et plus récemment mi-septembre, mais entre-temps, la crise de la dette n’a cessé d’empirer et menace désormais tous les pays de la zone euro ainsi que l’économie mondiale.
Pour le secteur bancaire, cette aggravation de la crise se traduit par une perte de confiance généralisée, conduisant les établissements à ne plus se prêter entre eux et in fine à geler les prêts aux entreprises et aux ménages. Ce qui du coup déprime l’activité économique et accroît le risque de récession. Un cercle vicieux. Afin d’atténuer ces tensions, les six grandes banques centrales ont notamment convenu de faciliter et étendre jusqu’en février 2013 les échanges de devises entre elles, ainsi que, pour certaines, de poursuivre leurs opérations de refinancement sur trois mois jusqu’à nouvel ordre. La BCE va ainsi pouvoir fournir des yens, des francs suisses ou des dollars canadiens aux établissements financiers de la zone euro, en plus des dollars. Ils en manquent cruellement. L’objectif est que les banques européennes puissent s’approvisionner en devises et notamment en dollars pour continuer à prêter aux ménages et aux entreprises.
Mais la zone euro peine toujours à trouver un pare-feu solide face à la crise de la dette. Le temps presse avant un sommet une nouvelle fois très important des dirigeants européens dans dix jours, les 8 et 9 décembre, où il sera également question de revoir complètement les règles du jeu budgétaire dans l’Union monétaire. « Nous entrons dans une période critique de dix jours pour parvenir à une réponse à la crise que connaît l’Union européenne », a averti hier Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques, en marge d’une réunion des ministres des Finances de l’UE à Bruxelles. Le chef du gouvernement italien Mario Monti a mis en garde, lui, contre le risque d’une « sanction » des marchés si les dirigeants européens ne parviennent pas à trouver une réponse d’envergure lors du sommet.
Le monde entier, inquiet du risque d’une déflagration économique planétaire, attend à cette occasion des résultats suite à plusieurs rendez-vous manqués ces derniers mois. La zone euro lorgne à présent du côté du Fonds monétaire international, sachant que son Fonds de stabilité financière européen, le FESF, n’est pas en mesure de jouer pleinement le rôle escompté au départ de rempart pour enrayer la contagion et protéger singulièrement l’Italie et l’Espagne notamment. Doté initialement d’une capacité de prêts de 440 milliards d’euros, ce fonds ne parviendra pas dans l’immédiat à accroître sa puissance de feu au niveau de 1 000 milliards d’euros, comme promis, a reconnu Jean-Claude Juncker, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe).
Face à ce constat d’échec, la zone euro compte désormais sur un soutien plus appuyé du FMI et aussi indirectement sur la BCE pour jouer les pompiers. L’institut monétaire est considéré par de nombreux économistes comme le seul rempart crédible, mais il se refuse encore à faire plus pour la zone euro que de racheter en quantité limitée de la dette publique d’États en difficulté sur les marchés pour freiner la hausse de leurs taux d’emprunt. Pourtant, la BCE a « une marge de manœuvre » car la stabilité des prix, qui constitue sa priorité, est assurée en Europe, a estimé hier le ministre suédois des Finances, Anders Borg.
Notons que parmi les options évoquées en marge de l’Eurogroupe mardi soir : la possibilité pour la BCE de prêter des fonds au FMI afin qu’il puisse ensuite aider les pays fragiles de la zone euro. Ce montage permettrait de contourner l’interdiction faite à la BCE de prêter directement aux États de l’Union monétaire, mais sur le plan juridique, la tâche promet d’être compliquée sachant que l’institut monétaire n’est pas membre du FMI.
Le FMI est prêt à soutenir l’Italie, à condition que la BCE contribue d’une manière ou d’une autre, a indiqué une source proche du dossier. « Il n’y a pas de discussions aujourd’hui et il est prématuré de dire que le FMI prépare un plan », a-t-elle ajouté, « mais s’il fallait aider l’Italie, le FMI serait prêt à le faire, c’est une possibilité pas du tout exclue » pour peu que la BCE apporte son écot.
(Source : AFP)

