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À La Une - Crise

Le régime des ayatollahs joue avec le feu

L’ambassade britannique saccagée à Téhéran, Londres promet de « graves conséquences », l’Iran regrette et nie toute responsabilité, la communauté internationale, du Conseil de sécurité à la Russie, condamne très vivement.

Les manifestants vandalisant l’ambassade britannique. Atta Kenare / AFP

Ziyad MAKHOUL, avec Reuters

Contre l’Occident, contre les Arabes et sans doute contre son propre peuple, le régime des ayatollahs joue de plus en plus à l’apprenti sorcier – un screaming game qu’il semble maîtriser pourtant de moins en moins.
La liste est longue : il y a la menace d’Armageddon nucléaire et les missiles (qui explosent) ; il y a la lancinante obsession du jihad pérenne contre Israël à sa frontière nord et l’exportation tous azimuts de la wilayet el-faqih, toutes deux par le truchement du Hezbollah ; il y a les monarchies du Golfe ; il y a le Stratego irakien ; il y a le lien fusionnel certes, mais d’une ambiguïté féroce, avec la Syrie ; il y a les droits de l’homme, entre cent et un défis crachés au monde. Il faut désormais ajouter à tout cela la guerre diplomatique. La bunkerisation n’est plus très loin...
Deux bâtiments de l’ambassade du Royaume-Uni à Téhéran ont été envahis et saccagés hier sous l’œil d’abord débonnaire des pourtant terribles forces de l’ordre iraniennes. Sans l’autorisation desquelles rien ou presque ne peut se faire. Et puis, naturellement, tout a débordé, jusqu’aux excuses puis aux promesses inédites et toute fierté ravalée d’un Iran pourtant maître dans l’art de s’embourber jusqu’au cou dans ses dérapages. Mais trop tard : la communauté internationale, du Conseil de sécurité à la Russie en passant par l’Union européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie et le président américain Barack Obama en personne, s’est emparée très vite de cet incident, qu’elle a condamné dans « les termes les plus vifs » et jugé carrément « inacceptable ». Trop vite ? Sûrement, mais jamais corde pour se faire pendre n’aura été offerte aussi généreusement.
En attendant, le calme est revenu à Téhéran. Sauf que Londres, naturellement, ne veut rien entendre. « L’attaque de l’ambassade britannique de Téhéran aujourd’hui est scandaleuse et inexcusable. Le gouvernement iranien doit savoir que l’incapacité à protéger notre personnel aura de graves conséquences », a asséné hier David Cameron dans un communiqué, après avoir convoqué un Conseil des ministres extraordinaire. Le PM britannique a confirmé les menaces lancées plus tôt par son ministre des Affaires étrangères, William Hague, qui a assuré en outre qu’aucun membre du personnel diplomatique ne manquait à l’appel.
Il n’empêche, une éventuelle réédition du sinistre épisode de l’ambassade américaine était dans tous les esprits : en novembre 1980, l’attaque contre la chancellerie US s’était soldée par une prise d’otages de 52 diplomates pendant 444 jours, qui avait entraîné la rupture des relations entre Téhéran et Washington. Mais même si 6 Britanniques ont été brièvement retenus en otages pendant l’intrusion, et même si le Foreign Office n’a pas jugé le terme « otages » approprié, les autorités iraniennes ont très vite réagi. « Nous respectons les règles internationales sur la sécurité et l’immunité du personnel et des sites diplomatiques et sommes déterminés à les faire respecter », s’est empressé de faire savoir, visiblement très gêné, le ministère iranien des AE dans un communiqué, pendant que de hauts fonctionnaires juraient leurs grands dieux que les autorités n’avaient rien à voir avec tout cela, que le chef de la police assurait que la « justice » allait suivre son cours et que les médias officiels présentaient les manifestants comme des « étudiants bassidjis ». Lesquels pourtant n’étaient concentrés que sur un credo : l’ambassade britannique est un « nid d’espions » et « nous ne nous arrêterons que » si le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, « nous le demande ».
Reste à connaître désormais la réaction de Londres. Qui, sans aucun doute, ne prendra aucune décision sans concertations préalables avec ses alliés. Les sanctions post-rapport de l’AIEA peuvent-elles encore être concrètement renforcées ou serait-il temps de passer à un autre niveau ? Les paris sont ouverts.

Le fil de la journée
Les manifestants ont escaladé les grilles du bâtiment principal de la mission, brûlé l’Union Jack et hissé à la place le drapeau iranien, selon l’agence de presse Mehr. Une fois à l’intérieur, ils ont jeté des dossiers par les fenêtres et lancé des cocktails Molotov. L’un d’eux s’est emparé d’un portrait de la reine Élisabeth et un autre a emporté les armoiries royales sous les yeux des forces de l’ordre. Certains brandissaient des portraits de l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la révolution, et des drapeaux symbolisant le martyr.
Des affrontements ont ensuite éclaté entre la centaine de manifestants encore massés devant la mission diplomatique et la police qui tentait de les disperser à coups de grenades lacrymogènes, mais ils sont parvenus à pénétrer une deuxième fois dans les locaux, indique l’agence Fars. Un autre groupe de manifestants est parvenu à pénétrer dans une annexe de l’ambassade située dans le nord de la ville et s’est emparé de documents confidentiels, selon l’agence de presse IRNA. Le personnel de l’ambassade a réussi à fuir quelques minutes avant l’intrusion des manifestants.
« Les forces de sécurité ont pu fermer les portes et ils ne laissent personne entrer », rapporte IRNA. « Après un ultimatum des forces de l’ordre aux étudiants, la manifestation a cessé devant le bâtiment principal de l’ambassade », relate une dépêche de Fars, tandis qu’Isna annonce le départ de la foule sur le deuxième site.
Ziyad MAKHOUL, avec ReutersContre l’Occident, contre les Arabes et sans doute contre son propre peuple, le régime des ayatollahs joue de plus en plus à l’apprenti sorcier – un screaming game qu’il semble maîtriser pourtant de moins en moins.La liste est longue : il y a la menace d’Armageddon nucléaire et les missiles (qui explosent) ; il y a la lancinante obsession du jihad pérenne contre Israël à sa frontière nord et l’exportation tous azimuts de la wilayet el-faqih, toutes deux par le truchement du Hezbollah ; il y a les monarchies du Golfe ; il y a le Stratego irakien ; il y a le lien fusionnel certes, mais d’une ambiguïté féroce, avec la Syrie ; il y a les droits de l’homme, entre cent et un défis crachés au monde. Il faut désormais ajouter à tout cela la guerre diplomatique. La bunkerisation n’est...
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