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À La Une - Le Point

L’alliance des contraires

Ces deux-là ne s’aiment pas, c’est évident. Mais jamais la tension entre Islamabad et les Occidentaux, essentiellement Américains, n’est montée aussi dangereusement qu’en ces dernières heures, à la suite de la bavure de samedi dernier, quand des hélicoptères et des avions de chasse de l’OTAN ont pilonné deux postes de l’armée pakistanaise situés entre la province afghane de Kunar et le district voisin de Mohmand. Bilan du raid, qui a duré près de deux heures : 24 tués, certaines sources avançant le chiffre de 28 victimes. Depuis, le ton ne cesse de monter d’un côté comme de l’autre, les héritiers de Benazir Bhutto se montrant soucieux de ne pas se laisser déborder par les extrémistes et menaçant de revoir leur coopération dans la lutte contre les talibans. Leur première riposte : la Central Intelligence Agency devra évacuer dans les quinze jours la base aérienne de Shamsi, dans l’ouest du pays, d’où s’envolent les « Predators » qui frappent les groupes d’insurgés prêts à gagner l’Afghanistan. De plus, les deux voies d’approvisionnement des troupes relevant du commandement atlantique, dont celle de Torkham, dans la passe de Khyber, viennent d’être fermées, une mesure qui bloque près de 48 pour cent des fournitures militaires. Et tandis que monte, au sein de la population, la colère – Hina Rabbani Khar, la ministre des Affaires étrangères, a évoqué un « profond sentiment de rage » et le Daily Times a parlé d’un « coup de poignard dans le dos » –, c’est une longue et délicate année d’efforts pour normaliser les rapports entre les deux camps qui vient d’être réduite à néant. Douze mois marqués par l’assassinat en janvier, à Lahore, de deux Pakistanais par Raymond Allen Davis, un entrepreneur travaillant pour l’agence de renseignements US, le raid des Seals de la Navy qui a coûté la vie en mai de cette année à Oussama Ben Laden et la mise en cause par Washington de l’armée pakistanaise, accusée d’être de connivence avec des éléments terroristes.
Après un inexplicable silence de trente-six heures, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, s’est contenté d’évoquer « un incident tragique et involontaire », quand le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Parvez Ashfaq Kayani, réclamait une réaction rapide face à « un acte délibéré, tragique et inacceptable ». Forcé de tenir compte d’une opinion publique violemment antiaméricaine, le gouvernement de Youssef Reza Guilani doit aussi faire face aux attaques d’el-Qaëda et de ses alliés qui n’admettent pas de voir Washington assurer ces dix dernières années une aide de plus de 20 milliards de dollars.
La bavure du week-end dernier survient à un moment particulièrement délicat. Lors d’une visite effectuée en octobre dernier, Hillary Clinton avait exigé de ses interlocuteurs des résultats tangibles dans la lutte contre les extrémistes. Faute de quoi, avait-elle souligné, il ne sera pas possible à l’administration Obama d’obtenir du Congrès de nouveaux crédits et d’empêcher le Pentagone de multiplier ses frappes contre les sanctuaires des rebelles.
Dans cette nouvelle crise, la victime collatérale est Kaboul, dont le sort devrait se jouer à l’occasion de la tenue à Bonn, le 5 décembre, d’une conférence dont les participants, représentant des dizaines de pays, devront décider de l’avenir de l’Afghanistan. Une réunion à laquelle Islamabad vient de décider de ne pas prendre part. Or une telle absence réduirait à néant les efforts entrepris par les États-Unis pour un désengagement des troupes étrangères et une participation des talibans à des négociations sur l’avenir de la région. Le régime de Hamid Karzaï est aussitôt monté au créneau et son porte-parole dans l’ancienne capitale allemande, Aïmal Faïzi, a fait valoir qu’il était injuste de sanctionner son pays pour une frappe aérienne entreprise par la force internationale de l’Alliance atlantique (ISAF). De cette rencontre dépend dans une large mesure le sort même d’une nation trop longtemps écartelée entre son désir de préserver ses particularismes et son besoin d’accéder à la modernité, soucieuse d’attirer d’éventuels investisseurs et dans le même temps de rassurer une population qui continue de souffrir d’une trop longue occupation. Comment réussir pareille gageure, dont les retombées dépasseraient le seul cadre local quand il demeure difficile, pour ne pas dire impossible, de voir clair dans le subtil jeu pratiqué par une armée pakistanaise disposant d’un imposant arsenal nucléaire, jalousement soucieuse de son indépendance et qui a su jusqu’à présent naviguer habilement entre les innombrables écueils qui jalonnent son parcours ?
Certainement pas en comptant sur le manichéisme américain qui n’a que faire des subtilités asiatiques. Surtout en période préélectorale.
Ces deux-là ne s’aiment pas, c’est évident. Mais jamais la tension entre Islamabad et les Occidentaux, essentiellement Américains, n’est montée aussi dangereusement qu’en ces dernières heures, à la suite de la bavure de samedi dernier, quand des hélicoptères et des avions de chasse de l’OTAN ont pilonné deux postes de l’armée pakistanaise situés entre la province afghane de Kunar et le district voisin de Mohmand. Bilan du raid, qui a duré près de deux heures : 24 tués, certaines sources avançant le chiffre de 28 victimes. Depuis, le ton ne cesse de monter d’un côté comme de l’autre, les héritiers de Benazir Bhutto se montrant soucieux de ne pas se laisser déborder par les extrémistes et menaçant de revoir leur coopération dans la lutte contre les talibans. Leur première riposte : la Central...
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