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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Faut bien rêver...

Retour d’Extrême-Orient où l’on voit les nations se livrer à une course effrénée au développement, à la croissance, à la prospérité, on ne peut qu’être consterné par le gaspillage de temps, d’opportunités de progrès, d’énergie – et pire encore, d’existences humaines – qui est le lot, hélas, de cet Orient-ci, que l’on dit proche ou moyen.

À l’avant-scène de la triste actualité régionale figurent côte à côte, en ce moment, deux des pays arabes les plus stratégiquement influents. En Égypte, le président égyptien Hosni Moubarak a été emporté par la volonté populaire, et il en est de même du gouvernement de transition qui lui a succédé. Mais seuls ont été amputés les membres gangrenés : perdure obstinément en effet un système policier mis en place en 1953 et qui n’est pas trop pressé de céder le pouvoir aux civils. C’est dire que le chemin est encore long et ardu pour une révolution frustrée de sa victoire et qui renouait hier avec les rassemblements monstres de la place Tahrir.

Isolé par nombre de puissances, le régime syrien, quant à lui, est traité en pestiféré désormais par son environnement naturel. Émergeant d’une longue torpeur, la Ligue arabe est sur le point d’édicter de sévères sanctions économiques contre celui-ci, et elle va même jusqu’à requérir l’aide de l’ONU pour l’aider à appliquer les mesures envisagées, ce qui paraît paver la voie à une internationalisation de la crise syrienne. Et si Damas persiste à faire la sourde oreille, si la répression n’a rien perdu de sa férocité, la violence n’est plus l’apanage d’un seul bord, les désertions de militaires laissant planer en effet le spectre d’une guerre civile.

Cela dit, c’est au microcosme libanais, à ce qu’aurait dû et pu ressembler le pays du Cèdre en proie à la discorde permanente que fait irrésistiblement penser certain morceau privilégié d’Asie. Les images d’Epinal ont beau avoir la vie dure, il y a longtemps que le Liban n’est plus la Suisse de l’Orient. Il n’empêche que Hong Kong continue, bon an mal an, de faire épisodiquement partie du jargon politique local. À l’image un peu simpliste du paradis du libre commerce et des services incarnant le point de rencontre entre Orient et Occident a été ainsi opposée celle, encore plus abusive, d’un Hanoi se plaçant à la pointe de la lutte contre l’impérialisme et, par-dessus le marché, le sionisme.

Par-delà certaines similitudes, notamment une vitalité légendaire, bien des traits distinguent certes les Libanais de ces sept millions d’habitants de Hong Kong qui ont fait de leur minuscule territoire un centre financier de premier plan doublé d’une plaque tournante du mouvement des marchandises, un saisissant modèle d’organisation, d’ordre, d’assiduité au travail, de sécurité publique, de souci du bien-être du citoyen. De ces différences, la plus frappante cependant réside dans la manière des uns et des autres de réagir au plus insidieux des venins menaçant les peuples : celui de l’incertitude. Ancienne colonie britannique restituée à la Chine en 1997, Hong Kong bénéficie néanmoins d’un statut spécial qui lui accorde une très large autonomie, à l’ombre du slogan un pays, deux systèmes ; c’est aussi le cas d’ailleurs de Macao, le Vegas asiatique qui s’est voué plutôt à l’industrie du jeu et de l’hôtellerie. La réintégration totale doit intervenir en l’an 2047 : une échéance qui ne laisse pas de hanter la population bien sûr, mais que rend bien moins redoutable le capitalisme à tout crin dans lequel s’est engagé le colosse chinois.

Un pays, deux systèmes : la formule n’est pas sans rappeler celle échafaudée de toutes pièces par un Baas syrien acharné à subjuguer le Liban, à savoir un seul peuple dans deux États. Pour assouvir son ambition, le régime de Damas n’a pas peu contribué à la déliquescence de ce deuxième État, et c’est par un juste retour des choses qu’il joue aujourd’hui sa propre existence. Patrie définitive, relations privilégiées dans le respect mutuel : sur les points sensibles, l’accord de Taëf c’était apparemment du chinois...

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Retour d’Extrême-Orient où l’on voit les nations se livrer à une course effrénée au développement, à la croissance, à la prospérité, on ne peut qu’être consterné par le gaspillage de temps, d’opportunités de progrès, d’énergie – et pire encore, d’existences humaines – qui est le lot, hélas, de cet Orient-ci, que l’on dit proche ou moyen.À l’avant-scène de la triste actualité régionale figurent côte à côte, en ce moment, deux des pays arabes les plus stratégiquement influents. En Égypte, le président égyptien Hosni Moubarak a été emporté par la volonté populaire, et il en est de même du gouvernement de transition qui lui a succédé. Mais seuls ont été amputés les membres gangrenés : perdure obstinément en effet un système policier mis en place en 1953 et qui n’est pas trop...
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