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À La Une - Billet

Pourquoi Saleh se marre

Après 33 ans au pouvoir, trois tentatives d’accord avortées, des tergiversations à n’en plus finir, des morts, des blessés, un come-back post-attentat hollywoodien, Ali Abdallah Saleh a signé, mercredi soir au palais Yamamah à Riyad, l’accord sur un transfert de pouvoir.
En signant, le président yéménite était tout sourire.

Question : Pourquoi Saleh, au moment où il perd le pouvoir, se marre-t-il ?

Éléments de réponse :

Parce que autour de lui, les ministres du Conseil de coopération du Golfe, médiateur de l’accord, représentent des régimes non démocratiques et de plus en plus contestés chez eux.

Parce que après dix mois de crise, il peut se permettre le luxe de dire publiquement qu’il « est engagé dans un véritable partenariat avec l’opposition pour gérer les affaires du pays ». Et parce que personne n’a le droit de rire quand il dit ça.

Parce qu’à Sanaa, les manifestants ne sont pas contents.

Parce que Ban Ki-moon lui a promis un séjour en clinique à Manhattan.

Parce que en plus, Ban Ki-moon lui dit « merci » et affirme que si lui, Saleh, vient à New York, il sera « ravi » de le rencontrer.

Parce qu’il est le seul « président » d’une péninsule Arabique gavée d’émirs, de princes et de rois, et que c’est lui qui dégage.

Parce que le roi Abdallah, 88 ans dont 16 au pouvoir, héritier d’une dynastie politico-religieuse en porte-à-faux avec les droits de l’homme – surtout quand il s’agit d’une femme –, invoque, le plus sérieusement du monde, le concept de la « nouvelle page » qui s’ouvre.

Parce que après lui, au Yémen, ce n’est pas comme si de grands démocrates se bousculaient au portillon.

Parce qu’il a encore 90 jours pour mettre un joli foutoir « à titre honorifique ».

Parce qu’il a décroché l’immunité, avec extension à la famille et aux proches pour pas un rial de plus.

Parce que dans 200 ans, les mous de la matière grise associeront ses présidences avec le premier Nobel décroché par le Yémen. Et par une femme de surcroît. Ah, il va être bien dans les annales des neuneus.

Parce que si depuis 33 ans, il se prépare une retraite 5 étoiles, il avait toujours craint de ne pas y arriver vivant. Là, non seulement il y arrive dans une forme pas si mauvaise étant donné les circonstances, mais en plus, question confort, il ne pouvait pas rêver mieux.

Parce qu’il pense à tous les avantages en nature qu’il a négociés auprès des grands de ce monde en contrepartie de son autographe.

Parce que son aîné fait la tronche sur le mode « moi aussi je voulais être autocrate, c’est pas juste ! » et qu’il était temps que ce grand dadais comprenne que tout ne peut pas toujours lui tomber tout cuit dans le bec.

Parce qu’il pense à toutes ces séries TV qui vont divertir ses vieux jours : « Moubarak derrière les barreaux », « Ben Ali et Leila à Djeddah », « Seif al-Islam et les feux de la Cour ».

Parce que Bachar va bien finir par l’appeler et lui demander, après avoir pris des nouvelles de ses 14 enfants, des conseils pour se sortir du gros pétrin dans lequel il s’est fourré.
Après 33 ans au pouvoir, trois tentatives d’accord avortées, des tergiversations à n’en plus finir, des morts, des blessés, un come-back post-attentat hollywoodien, Ali Abdallah Saleh a signé, mercredi soir au palais Yamamah à Riyad, l’accord sur un transfert de pouvoir.En signant, le président yéménite était tout sourire.Question : Pourquoi Saleh, au moment où il perd le pouvoir, se marre-t-il ?Éléments de réponse :Parce que autour de lui, les ministres du Conseil de coopération du Golfe, médiateur de l’accord, représentent des régimes non démocratiques et de plus en plus contestés chez eux.Parce que après dix mois de crise, il peut se permettre le luxe de dire publiquement qu’il « est engagé dans un véritable partenariat avec l’opposition pour gérer les affaires du pays ». Et parce que personne...
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