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Lifestyle - Rencontre

Les petites guerres de Souraya Baghdadi

La danse orientale lui a permis d’être dans l’expression de soi, d’être « dans son geste ». Souraya Baghdadi a vécu sa vie comme de nombreuses petites vies qui peuvent parfois ressembler à de petites guerres, avant la paix retrouvée.

Souraya Baghdadi dans un café parisien.

D’abord le regard. Lointain. Qui échappe quelquefois à la discussion. Et bleu, qui claque, brusquement, comme un rappel. Une présence. Et puis la gestuelle lente qui suggère, avant même qu’elle n’en parle, la conscience du corps et la maîtrise des gestes. En parfaite danseuse orientale.
Souraya Baghdadi, dans ce café parisien, s’abandonne un instant aux souvenirs, de pudiques confessions murmurées. Puis se livre en parlant de sa passion pour la danse orientale. Lorsqu’elle débarque au Baroudeur, elle porte encore, quelque part, l’expression des Petites Guerres de Maroun Baghdadi. Et une sérénité qui ressemble parfois à un voile de tristesse. Les traces du temps qui a passé. Quelques passants la croisent, la saluent, en bons voisins. Souraya est chez elle dans ce quartier parisien.
Souraya avant Maroun, c’est la fille du général Victor Khoury, ancien commandant en chef de l’armée et ministre de la Défense. Une enfance bien réglée au Liban, entre Tyr et Sidon, puis quelques années en France, dans un univers bien cadré, dit-elle. À trois ans, sa mère, d’origine viennoise, l’inscrit au cours de danse classique d’Annie Dabat. Très vite, elle en apprécie « le besoin d’absolu ». À partir de 1974, inspirée par sa tante l’actrice Reda Khoury, elle est « enrôlée » dans la troupe de Caracalla. Elle dansera avec la troupe pendant 10 belles années et participera à de nombreux spectacles et tournées internationales. « J’y ai appris le cheminement de l’intérieur vers l’extérieur. » En 1980, Souraya se présente au casting de ce réalisateur talentueux qui fut un temps, hélas trop court, le porte-parole d’une génération empêtrée dans les guerres des autres. Il s’appelle Maroun Baghdadi. La jeune fille devient son actrice, puis son épouse. « J’ai été actrice par hasard. J’ai voulu l’être, mais pas assez fort. Je n’étais pas motivée par le succès ni par le paraître », précise-t-elle.
Souraya avec Maroun, c’est une histoire intense, brusquement interrompue par un drame qui ressemble à un mauvais scénario de film. En 1984, le couple fuit le Liban et ses violences, côtoyées de trop près. « Je m’étais dit, avoue-t-elle : si je m’en sors, je m’en vais. » Elle s’en va donc, exil volontaire qui dure encore aujourd’hui. Elle poursuit la danse en France avec Peter Gross et créé le Centre de danses orientales cinq ans plus tard. « Je voulais me réapproprier la danse orientale en m’entourant d’artistes qui sont dans cette même quête. » Son objectif : transmettre un patrimoine vivant à travers des cours de danse et de musique, des ateliers chorégraphiques et des stages de formation, interroger les formes traditionnelles et créer des spectacles en innovant le style dans un langage qui soit universel.

Film noir
Un funeste jour de décembre 1993, de passage au Liban pour préparer un nouveau film, Maroun Baghdadi meurt, tombé accidentellement dans une cage d’ascenseur. Mère de deux enfants, Sherif et Nayla, et enceinte de Kamal – elle accouchera une semaine plus tard –, elle ne pardonnera pas à Beyrouth. « C’est un peu elle qui me l’avait pris. La danse m’a aidée à diluer la peine, poursuit-elle. Je buvais la coupe à petites gorgées. C’est ce que j’ai fait et que je continue à faire. J’ai passé 2 ans à essayer de comprendre. Poser des questions. J’ai eu plusieurs réponses... Le temps fait qu’on prend de la hauteur. Les interrogations aussi. Je me suis retrouvée seule d’une manière nouvelle. Les enfants et la famille m’ont aidée à me repositionner. » Et la danse.
Souraya sans Maroun c’est, deux ans après la disparition de ce dernier, une rencontre déterminante avec Danis Bois, enseignant-chercheur agrégé en sciences sociales à l’université Fernando Pessoa de Porto et directeur du Centre d’études et de recherches appliquées en psychopédagogie perceptive. « J’étais essentiellement dans le mouvement et la gestuelle orientale. Je voulais comprendre l’émergence et le sens d’un mouvement. Et j’ai compris. La danse traditionnelle, l’équilibre, le balancement. Ma vie alors est devenue un cheminement de l’extérieur vers l’intérieur. »
Avec la méthode de Bois, une « conception humaniste de l’accompagnement, de la formation et de la recherche, tournée vers le développement des potentialités de l’être, de la conscience et de la vie », elle trouve des réponses et des bonheurs. « J’ai appris à prendre soin du rapport aux choses. À m’écouter et me ressentir. Bouger en accord avec soi, dans une unité du corps et de l’esprit. J’en ai fait un outil de travail. À présent j’enseigne le mouvement oriental dans ce concept d’orientalité. »
Presque réconciliée avec Beyrouth, Souraya Baghdadi avoue être intéressée à introduire cette méthode au Liban et, pour les aficionados, donner, lors de ces passages, des cours de danse orientale. « Le boulot me fait carburer, dit-elle encore. J’aime être à l’origine des choses. Être précurseur. Je n’ai pas l’âme d’une star ! »
Alors, discrètement, Souraya Baghdadi tire sa révérence et repart se fondre dans son Paris.
D’abord le regard. Lointain. Qui échappe quelquefois à la discussion. Et bleu, qui claque, brusquement, comme un rappel. Une présence. Et puis la gestuelle lente qui suggère, avant même qu’elle n’en parle, la conscience du corps et la maîtrise des gestes. En parfaite danseuse orientale. Souraya Baghdadi, dans ce café parisien, s’abandonne un instant aux souvenirs, de pudiques confessions murmurées. Puis se livre en parlant de sa passion pour la danse orientale. Lorsqu’elle débarque au Baroudeur, elle porte encore, quelque part, l’expression des Petites Guerres de Maroun Baghdadi. Et une sérénité qui ressemble parfois à un voile de tristesse. Les traces du temps qui a passé. Quelques passants la croisent, la saluent, en bons voisins. Souraya est chez elle dans ce quartier parisien.Souraya avant Maroun, c’est la...
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