Neuf mois après le déclenchement d’une contestation populaire sans précédent dont la répression a fait plus de 3 500 morts, selon l’ONU, le régime reste inflexible en dépit de son isolement international croissant. Dans un entretien publié hier par l’hebdomadaire britannique The Sunday Times, le président Assad, au pouvoir depuis 2000, affirme que son régime, qui ne reconnaît pas l’ampleur de la contestation et impute les violences à des groupes armés, doit faire respecter la loi. « Mon rôle de président est dans l’action (...) La seule solution est (...) de chasser les bandes armées, d’empêcher l’entrée d’armes et de munitions depuis des pays voisins (...) et de faire respecter la loi et l’ordre », a-t-il dit. Le président syrien a également accusé la Ligue arabe de créer un « prétexte » à une intervention militaire occidentale, qui provoquerait un « séisme » dans la région. Il a souligné que « la Syrie ne s’inclinera pas », se disant aussi « tout à fait » prêt à combattre et à mourir s’il devait affronter des forces étrangères.
« Si le combat nous est imposé, nous combattrons », a affirmé de son côté son ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, au cours d’une conférence de presse à Damas, rejetant en outre les craintes de « guerre civile » exprimées par ses homologues américain Hillary Clinton et turc Ahmet Davutoglu. « Quand Mme Clinton dit que l’opposition est bien armée, (...) c’est comme on dit en anglais “wishful thinking” (prendre ses désirs pour des réalités) », a-t-il ainsi affirmé. D’autre part, il a minimisé l’importance de l’ultimatum de la Ligue arabe, affirmant qu’un accord était encore possible sur la proposition arabe de sortie de crise. Le ministre syrien a accusé certains membres de la Ligue d’utiliser l’organisation « comme un outil pour parvenir au Conseil de sécurité » de l’ONU.
Rappelons que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne comptent présenter une résolution à l’Assemblée générale de l’ONU condamnant la répression en Syrie, assurant avoir le soutien-clé des pays arabes. Le succès d’une telle démarche pourrait augmenter la pression sur le Conseil de sécurité, où la Russie et la Chine avaient le mois dernier opposé leur veto à une résolution condamnant Damas.
Hier, la Ligue arabe, qui a suspendu mercredi la Syrie de ses travaux, a par ailleurs rejeté une demande de Damas d’amender une proposition d’envoyer une délégation de 500 observateurs, estimant que les modifications « changeraient radicalement le nature de la mission » qui consiste notamment à « protéger les civils ». M. Moallem a dénoncé cette attitude, soulignant que le « protocole accorde aux émissaires de la Ligue arabe des prérogatives très amples, voire impossibles, pouvant aller jusqu’à la violation de la souveraineté nationale ». Une nouvelle réunion de la Ligue arabe sur la Syrie a été annoncée pour jeudi.
Deux roquettes tirées contre un siège du Baas à Damas
Pour sa part, le président turc Abdullah Gül, dans un entretien au Sunday Telegraph, a assuré qu’il n’y avait « plus place pour des régimes autoritaires » tels que le régime syrien. Après avoir tenté de raisonner la Syrie, la Turquie a durci le ton et soutient désormais l’opposition. Celle-ci, par la voix du Conseil national syrien (CNS), a annoncé hier un projet de programme politique ayant pour objectifs la chute du régime et la tenue d’élections d’une assemblée constituante à l’issue d’une période transitoire d’un an. Selon ce projet diffusé sur son site Internet, une fois la chute du régime réalisée, le conseil « dirigera le pays avec l’institution militaire ». « Un gouvernement temporaire sera formé et il sera chargé d’organiser des élections libres au bout d’un an sous une supervision arabe et internationale pour désigner une assemblée constituante avec pour mission d’élaborer une nouvelle Constitution », ajoute le texte. La nouvelle Constitution sera soumise à un référendum et, une fois adoptée, des législatives seront convoquées dans un délai de six mois. Le CNS, lancé officiellement le 2 octobre à Istanbul, n’a été reconnu jusqu’à présent que par les nouvelles autorités libyennes.
Sur le terrain, 13 civils ont été tués hier par des tirs des forces de sécurité dans différentes localités du pays, selon les comités de coordination de l’opposition syrienne. Samedi, le bilan des violences s’était élevé à 17 morts. En outre, au moins deux roquettes ont été tirées hier à Damas sur l’un des sièges du parti Baas, ont rapporté des habitants. Il s’agit de la première attaque des opposants au président Assad dans la capitale depuis le début du soulèvement populaire à la mi-mars. Par ailleurs, les forces de sécurité poursuivaient hier leurs opérations de ratissage, de bombardements et d’arrestations à Homs et sa région, Maaret al-Noman – particulièrement dans Wadi el-Daïf –, ainsi que dans le rif de Damas à Harasta. À Homs, des manifestations avaient lieu malgré tout et les tirs des forces de sécurité ont fait trois blessés. Dans le rif de Homs, à Talbisseh, les forces de l’ordre ont rendu les corps de deux manifestants à leurs familles. Les deux victimes avaient été arrêtées à la fin du mois d’octobre.
(Source : agences et rédaction)


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