Des pions qui tombent, d’autres qui se disputent la place évacuée et l’effet domino qui n’en finit pas de hanter les esprits les plus retors : le printemps arabe, comme toute révolution qui se recherche, se devait de côtoyer l’automne, de vivre les affres de la transition, de flirter avec la guerre civile.
Tunisie et Égypte, Libye et Bahreïn, Yémen et Syrie : les scénarios de conflit diffèrent, les sorties de crise aussi. Là, le processus démocratique se met laborieusement en place, se fait toujours tirer l’oreille, ailleurs, les dérapages se confirment, pavent la voie à des règlements de comptes sanglants, à des déchirures internes que seul le temps permettra de soigner.
Entre un islamisme conquérant qui aspire au pouvoir et des dissensions communautaires qui menacent de faire tache d’huile attisées par des dictateurs en fin de parcours, le printemps arabe connaît ainsi ses premiers revers de médaille, est confronté à ses premiers véritables défis.
Et voilà que des voix s’élèvent pour semer le doute, pour distiller le poison de la peur face à l’inconnu, pour justifier l’injustifiable : le maintien au pouvoir des derniers tyrans « seuls garants d’une sécurité mise à mal par les révolutionnaires, menacée par la montée de l’islamisme ».
Une imposture qui dénie au peuple arabe le droit de s’exprimer librement, qui refuse d’admettre que tout changement radical est forcément suivi de turbulences et de graves crises avec, en finalité, l’avènement de la démocratie.
Une imposture que Bachar el-Assad a longtemps fait sienne en agitant l’épouvantail du danger islamiste, une manœuvre grotesque qui a dupé des années durant autant l’Occident qu’Israël, l’allié objectif, et qui continue d’être cautionnée au Liban par les anciens alliés et nouveaux ralliés, ceux qui ne voient l’avenir qu’à travers des calculs régulièrement battus en brèche.
Le monde arabe est en ébullition, les risques de conflits régionaux se précisent, englobant l’Iran et la Turquie, une nouvelle carte politique se dessine au Moyen-Orient, et il se trouve encore des « têtes pensantes » libanaises qui s’obstinent à parier sur le passé, à miser sur le cheval perdant.
Le Liban officiel, lui, comme l’autruche, enfonce sa tête dix pieds sous terre espérant que le bon Dieu, dans sa grande magnanimité, éloignera la tempête du Liban. Mais le Dieu du Hezbollah l’entend-il de cette oreille ?


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