Selon une figure de la majorité, quel que soit le sort réservé au régime syrien, l’opposition libanaise actuelle sortira en tout cas perdante. Si le régime de Bachar el-Assad saute, ce sera le chaos avec l’émergence des Frères musulmans dont les pires ennemis sont les bourgeois sunnites en Syrie et donc au Liban, et s’il se maintient, l’opposition a peu de chances de revenir au pouvoir au Liban.
Si ce schéma est un peu simpliste et lapidaire, il donne toutefois une idée du poids de la crise syrienne au Liban. La situation en Syrie est ainsi devenue la ligne de fracture entre les deux camps rivaux au Liban, et quoi qu’ils en disent, tous deux attendent avec impatience l’issue du bras de fer qui se joue dans ce pays pour définir leur nouveau plan de campagne. La majorité multiplie les déclarations qui se veulent rassurantes sur une victoire éventuelle du régime syrien, et l’opposition répète à qui veut l’entendre que ce régime va forcément sauter. Entre les deux, le président de la République et le Premier ministre tentent de ne pas trop prendre position dans un sens ou dans l’autre pour ne pas incommoder ni le régime syrien ni la communauté internationale. Position inconfortable s’il en est et qui leur vaut des tirs nourris des deux camps, l’opposition et « l’aile dure » de la majorité.
Mais pour l’instant, le gouvernement tient le coup et en dépit des déclarations alarmistes du courant du Futur, rien n’indique qu’il est sur le point de s’en aller. D’autant qu’il évite soigneusement d’adopter des décisions importantes qui risqueraient de remettre en cause le fragile équilibre actuel. En faire juste le minimum pour se sentir encore en vie et attendre, tel semble être son mot d’ordre, alors que son président consacre la plus grande partie de son énergie à éviter les polémiques et autres sujets épineux.
Ce serait donc dans cet esprit que le chef du gouvernement reporte sans cesse l’examen de la question du financement du TSL en Conseil des ministres. Puisque la communauté internationale lui a laissé tacitement un délai supplémentaire, pourquoi précipiter les choses au lieu d’attendre l’évolution de la situation en Syrie ? Si le régime saute, l’aile dure de la majorité sera affaiblie, sinon il sera toujours temps d’adopter des positions en flèche contre le financement du TSL...
Selon des sources de la majorité, la nouvelle échéance pour la Syrie est le début de l’année 2012. Si le régime Assad tient jusque-là, il aura passé le cap le plus dur et les pressions internationales devraient alors baisser en intensité pour de multiples raisons. La plus importante consiste dans l’achèvement du retrait américain d’Irak, un départ qui ressemble de plus en plus à une défaite stratégique et qui permettra à l’Iran de se retrouver quasiment à la frontière de la Syrie via l’Irak où la République islamique ne cesse d’augmenter son influence. D’autres raisons sont liées à l’entrée des États-Unis dans une période préélectorale qui les empêche de prendre des décisions très importantes à l’étranger. Cette dernière théorie est contestée par les spécialistes américains qui estiment que si le président et la classe politique entrent dans une période préélectorale, les institutions qui décident de la politique étrangère du pays, elles, continuent de fonctionner. Mais cela n’empêche pas ces mêmes spécialistes d’affirmer qu’à partir du premier trimestre 2012, le monde devrait avoir d’autres priorités que la Syrie, notamment avec la crise économique grandissante dans la zone euro et dans le reste du monde.
Au cours des prochaines semaines, le régime syrien va donc subir le maximum de pressions soit pour le faire tomber, soit, en tout cas, pour pousser l’Iran à négocier avec les États-Unis des arrangements en Irak et peut-être ailleurs. Mais, selon les sources de la majorité, il y a très peu de risques que ce régime saute pour les raisons suivantes : le double veto russe et chinois le protège d’une résolution au Conseil de sécurité adoptant de nouvelles sanctions contre lui ou autorisant une action militaire, et l’équation établie par le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours, qui annonce une guerre régionale en cas d’attaque contre la Syrie, le protège d’une action militaire de la Turquie. D’ailleurs, les dirigeants turcs ont fait savoir qu’ils ne peuvent mener une action militaire en Syrie et y créer « la fameuse zone tampon » qui servirait de base à l’opposition, dans une réédition du scénario de Benghazi, que dans trois cas : si le Conseil de sécurité le leur demande, si l’OTAN le leur demande, ou s’il y a une menace directe contre la sécurité turque. Or, pour l’instant, aucun des trois scénarios n’est en vue, alors que le régime syrien tient encore les rouages du pouvoir, et avec les actes de violence qu’il attribue aux « déserteurs de l’armée syrienne », les cartes sont à découvert et sa position est moins inconfortable. Ayant réussi à déjouer le plan de créer un premier bastion de l’opposition à Deraa puis à Banias, à Jisr el-Choughour, à Hama et maintenant à Homs, le régime continue plus ou moins à contrôler la situation. Mais il doit faire face à des pressions grandissantes de la part de la Ligue arabe, surtout après le coup de force qui a eu lieu lors de la dernière réunion du Caire, lorsque la commission chargée du dossier syrien a adopté en présence du ministre saoudien des AE, qui n’est pas membre de cette commission, des décisions d’une rare sévérité à l’égard du régime syrien.
La partie n’est donc pas terminée et la violence au quotidien continue de faire son lot de victimes. Et, à ce stade, il reste encore difficile de prédire l’avenir.
Si ce schéma est un peu simpliste et lapidaire, il donne toutefois une idée du poids de la crise syrienne au Liban. La situation en Syrie est ainsi devenue la ligne de fracture entre les deux camps rivaux au Liban, et quoi qu’ils en disent, tous deux attendent avec impatience l’issue du bras de fer qui se joue dans ce pays pour définir leur nouveau plan de campagne. La majorité multiplie les déclarations qui se veulent...


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