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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Pas dupes

En même pas 48h, nous apprenons coup sur coup qu’une boîte de nuit a été plastiquée à Tyr, que l’archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth a été vandalisé et que cinq frères originaires de Syrie ont tranquillement assassiné 11 personnes de confession chrétienne, dont une majorité de chauffeurs de taxi sans défense. Contractée après tant d’années de guerre où nous avons pris le pli d’interroger jusqu’au mouvement des nuages en quête d’un signe pour vivre ou nous terrer, notre incurable complotite ne se réveille pas pour autant. Étrangement, l’enchaînement grossier des événements est plutôt rassurant. À l’évidence, un vieux marionnettiste à court d’idées nous joue là son dernier scénario, tentant de remuer chez les chrétiens la psychose du minoritaire. Il y a 30 ans, ce genre de farce tragique aurait suffi à brûler Beyrouth. Aujourd’hui, on est certes consterné, mais pas dupe. Un conflit interreligieux ne s’improvise pas. Ici, entre communautés, on a de bons souvenirs de coexistence. On coexistera.
La preuve, le foot. Lundi soir, le ministère de l’Éducation est allé jusqu’à demander aux écoles de faire partir les élèves plus tôt pour leur permettre de soutenir l’équipe nationale. Et devinez quoi...On a gagné. Contre le Koweït deux jours plus tôt, contre la Corée du Sud mardi. Avant ça, on ne savait même pas qu’une équipe nationale jouait des jambes pour gagner son ticket au Mondial. Le foot, dans le tout politique qui régit nos vies, est un jeu dangereux. Dans les années 90, puisqu’il fallait bien jouer à quelque chose, on avait préféré le basket, curieusement moins passionnel, peut-être plus confidentiel. Mais le foot, dans mes souvenirs, avait des enjeux partisans. Les matches se jouaient parfois à balles réelles et se terminaient dans un bain de sang. Mardi soir, j’ai vu des bus par dizaines parader dans les rues de Beyrouth. J’ai vu, aux fenêtres, des drapeaux libanais trempés par la première pluie et de jeunes supporters aux anges brandir des deux mains le V de la victoire et scander de la joie. Sans doute est-il moins délicat de jouer contre la Corée que contre le quartier d’en face, mais tout de même, c’était beau, c’était bon, c’était fair-play, c’était élégant, c’était du sport.
La vérité c’est qu’un semblant de paix interne s’est installé bon gré mal gré. Il y a dans la paix une sorte de décadence. On y prend goût, on se relâche, on devient artiste, second degré. Il y a bien des leaders qui croient encore soulever les foules avec des discours virulents, d’autres qui se distinguent dans les talk shows par un langage fleuri ou une étonnante promptitude à jeter à la tête de l’autre le premier solide à portée de main. La vérité c’est que désormais tout cela nous amuse. Sans plus. La vérité c’est que tout le marketing de l’antisionisme et du refus, de « mort à l’Amérique » et de « l’isolationnisme impérialiste » est devenu obsolète par inefficacité avérée. En attendant les nouvelles bannières, nous traverserons une phase en panne de slogans, et ce sera délicieux.
En même pas 48h, nous apprenons coup sur coup qu’une boîte de nuit a été plastiquée à Tyr, que l’archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth a été vandalisé et que cinq frères originaires de Syrie ont tranquillement assassiné 11 personnes de confession chrétienne, dont une majorité de chauffeurs de taxi sans défense. Contractée après tant d’années de guerre où nous avons pris le pli d’interroger jusqu’au mouvement des nuages en quête d’un signe pour vivre ou nous terrer, notre incurable complotite ne se réveille pas pour autant. Étrangement, l’enchaînement grossier des événements est plutôt rassurant. À l’évidence, un vieux marionnettiste à court d’idées nous joue là son dernier scénario, tentant de remuer chez les chrétiens la psychose du minoritaire. Il y a 30 ans, ce genre de farce...
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