Moyen Orient et Monde

Ankara maintient la ligne dure contre les nationalistes kurdes

Turquie
OLJ
09/11/2011
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan maintient la ligne dure contre les nationalistes kurdes, avec la poursuite d’une offensive judiciaire qui s’est soldée par l’arrestation de centaines de personnes accusées de collusion avec la rébellion. « Concernant les dernières opérations (d’arrestations) visant le KCK. Personne ne doit s’attendre à ce qu’elles se terminent », a-t-il prévenu lundi, moins d’un mois après avoir ordonné une importante opération militaire dans l’est du pays et en Irak du Nord, pour tenter d’écraser la guérilla.
Le KCK (Union des communautés kurdes) est une organisation clandestine, soupçonnée d’être la branche urbaine du mouvement armé PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), en lutte depuis 1984 contre le pouvoir central, pour l’indépendance, puis l’autonomie des régions kurdes de Turquie. Les autorités accusent le KCK, qui chapeaute le mouvement politique kurde, de vouloir remplacer les institutions officielles dans l’Est et le Sud-Est anatoliens, peuplés majoritairement de Kurdes, et de favoriser une insurrection dans ces régions. « La Turquie n’autorisera jamais un État parallèle (du KCK). Et il n’est pas question de baisser les armes » face au PKK, avait déclaré dimanche M. Erdogan, qui avait lancé, sans succès, en 2009, une tentative « d’ouverture démocratique » en direction des Kurdes. Lundi, il a menacé de poursuites la presse et ceux qui dénoncent les rafles successives dans les milieux prokurdes. « Que ce soit dans la presse ou autre part, il convient de faire attention à ce que l’on dit sur le KCK, car cela revient à soutenir le terrorisme », a-t-il prévenu.
Depuis 2009, 700 personnes, selon le gouvernement, et 3 500 selon les milieux kurdes, ont été incarcérées pour collusion avec le KCK. Et chaque semaine, des dizaines de noms s’ajoutent à la liste. Deux intellectuels de renom ont ainsi été incarcérés au début du mois. On leur reproche notamment d’avoir participé à un forum politique prokurde. L’arrestation de Ragip Zarakolu, écrivain et éditeur, et de la constitutionnaliste Büsra Ersanli ont provoqué des protestations, en Turquie et à l’étranger.
Ces arrestations sont contre-productives, estiment des commentateurs, qui prônent une solution politique pour l’avenir des quelque 15 millions de Kurdes (sur une population de 73 millions). « Je pense que ces opérations (anti-KCK) retardent l’instauration de la paix et de la démocratie », écrit l’éditorialiste Hasan Cemal dans le journal libéral Milliyet. « La liberté d’expression est l’une des conditions indispensables à l’instauration d’une véritable démocratie. Si la Turquie est encore aujourd’hui une démocratie de seconde zone, c’est principalement parce que cette liberté y est entravée », ajoute-t-il. Cengiz Candar, spécialiste du dossier kurde, compare le KCK au Sinn Fein, le parti nationaliste irlandais dont plusieurs dirigeants ont appartenu à l’Armée républicaine irlandaise (IRA). « Londres a réussi à désarmer l’IRA en négociant avec le Sinn Fein », souligne-t-il.
Alors que le dialogue politique est au point mort, sur le plan militaire, le pessimisme est également de mise. Les attaques du PKK ont redoublé ces derniers mois, poussant l’armée turque à engager fin octobre une vaste offensive dans l’Est et en Irak du Nord, où se replient les rebelles. Mais le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a dit à voix haute ce que beaucoup pensent tout bas en Turquie : il n’y a pas de solution militaire au conflit kurde. « Je ne pense pas que l’on puisse obtenir de résultat avec l’option militaire », a-t-il déclaré à Istanbul la semaine dernière. « Le combat doit se faire au Parlement », a-t-il insisté, tout en dénonçant les attaques et attentats du PKK, qui est considéré comme un mouvement terroriste par de nombreux pays.
© AFP

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