Charb, directeur de Charlie hebdo, devant les bureaux parisiens détruits par un cocktail Molotov de l'hebdomadaire satirique français. Alexander Klein/AFP
Soutien unanime, ce matin, des éditorialistes français à l'équipe de Charlie hebdo. Le siège parisien de la rédaction de cet hebdomadaire satirique, qui vend environ 60.000 exemplaires, a été détruit dans la nuit de mardi à mercredi par un incendie criminel, alors que le journal publiait ce mercredi un numéro spécial rebaptisé "Charia hebdo". Charlie hebdo avait décidé de faire de Mohammad le "rédacteur en chef" de ce numéro, pour "fêter la victoire" électorale du parti islamiste Ennahda en Tunisie et l'annonce que "la charia serait la principale source de législation de la Libye".
"L'islam interdit la représentation du Prophète Mohammad. Comme le journal danois et les autres publications qui l'avaient suivi par solidarité, Charlie hebdo a choisi d'ignorer cette règle. Il ne s'agit pas d'une règle de droit ni d'une règle d'un autre ordre opposable dans des pays laïcs comme la France. Il existe, en revanche, une règle de droit, en vigueur en France et en Europe, qui consacre la liberté d'expression", rappelle l'éditorial du Monde.
Dans La Dépêche du Midi, Jean-Claude Souléry fait chorus : "L'islam interdit la représentation du Prophète Mohammad. C'est son choix, mais ce n'est pas notre loi".
Patrick Apel-Muller de L'Humanité, juge que ceux qui s'en prennent à l'hebdomadaire satirique "prétendent respecter le sacré sans respecter ce qu'il y a de plus sacré, l'infinie diversité de la pensée humaine et ce qu'elle a de plus émancipé, la création artistique. Et le droit de chacun de ne pas manifester déférence ou dévotion à l'égard du culte d'un autre."
"Que ses choix éditoriaux et son ton politiquement incorrect exaspèrent, c'est une chose. Autre chose est d'édicter des interdits au nom d'une religion. Dans un état de droit, seule la justice fixe des limites à la presse", souligne pour sa part, Didier Louis dans Le Courrier Picard.
Ils sont également nombreux, tel Gérard Noël de Vosges Matin, à renvoyer dos-à-dos les intégristes de tous poils : "Les uns sont catholiques et viennent perturber des pièces de théâtre jugées par eux blasphématoires, les autres sont musulmans et, ne souffrant pas qu'on passe leur prophète au tamis de l'humour, mettent le feu au siège d'un journal. Ils appartiennent à la même mouvance, celle des intégristes."
La semaine dernière, des fondamentalistes chrétiens ont perturbé, plusieurs soirs d’affilé, le spectacle de l'Italien Romeo Castellucci intitulé "Sur le concept du visage du fils de Dieu" et présenté au Théâtre de la Ville, à Paris. Un spectacle que ces fondamentalistes chrétiens estiment blasphématoire et qu’ils ont interrompu à de multiples reprises aux cris de "Christianophobie, ça suffit !". Déjà présentée au festival de théâtre d'Avignon (sud) cet été, la pièce de Romeo Castelluci met en scène un fils s’occupant tendrement de son père qui affronte la déchéance de l’âge, l’incontinence notamment. Le tout sous le regard d'un portrait géant du Christ peint par Antonello de Messine. Un portrait qui finit, lui aussi, par être souillé.
Observant que les responsables musulmans français ont "condamné l'attentat contre Charlie hebdo", Bruno Dive dans Sud-Ouest regrette que leurs condamnations soient "trop souvent assorties de réserves. On condamne... mais on comprend quand même". "On aurait aimé les entendre dire qu'un journal qui brûle, c'est toujours une défaite de la pensée", conclut-il.
Nicolas Demorand, directeur de la Rédaction de Libération qui a recueilli l'équipe de Charlie hebdo, rappelle, quant à lui, que "personne ne sait qui a lancé le cocktail Molotov, et l’équipe de Charlie elle-même appelle à la retenue, à la plus grande prudence." L’éditorialiste stigmatise la récupération de politiques qui, "sentant venir la bonne affaire", ont ciblé "les musulmans de France, appelant à déchoir de leur nationalité les auteurs de l’incendie". "Une récupération nauséabonde qui se fait, toute honte bue, au nom de la liberté de la presse. On aurait aimé que celle-ci soit défendue avec la même ardeur quand l’espionnage d’un journaliste du Monde et la traque de ses sources présumées ne suscitaient, au sommet de l’Etat, qu’un haussement d’épaule", s'indigne-t-il.
Deux juges français cherchent actuellement à établir les responsabilités dans une enquête à l'été 2010 de la Direction centrale du renseignement intérieur, comprenant l'analyse de factures téléphoniques détaillées ("fadettes") du journaliste du Monde Gérard Davet, dans le but d'identifier les sources du quotidien dans l'affaire Woerth (du nom d’un ancien ministre du gouvernement Fillon)-Bettencourt (du nom de l’héritière L’Oréal).
"L'islam interdit la représentation du Prophète Mohammad. Comme le journal danois et les autres publications qui l'avaient suivi par solidarité, Charlie hebdo a choisi d'ignorer cette règle. Il ne s'agit pas d'une règle de droit ni...

