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À La Une - Egypte

Retour dans les prisons de Moubarak

Du fond de sa cellule, Alaa Abdelfattah, blogueur et militant, envoie une lettre.

Alaa Abdelfattah, blogueur et militant égyptien des droits de l'Homme.

Alaa Abdelfattah, blogueur et militant égyptien des droits de l'Homme, a été placé dimanche dernier en détention provisoire pour 15 jours par le Parquet militaire. Alaa est accusé de vandalisme et d'avoir incité à la violence le 9 octobre, lorsqu'une manifestation de Coptes (chrétiens d'Egypte) protestant contre l'incendie d'une église a dégénéré en confrontation avec l'armée et les forces de l'ordre, a indiqué Gamal Eid, du Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'Homme (ANHRI).

 

Vingt-cinq personnes, en grande majorité des manifestants chrétiens, ont été tuées lors des violences du 9 octobre, les pires depuis la chute du président Hosni Moubarak. Plusieurs manifestants ont affirmé avoir été visés par les tirs de soldats et que plusieurs personnes étaient mortes écrasées par des véhicules blindés. L'armée a de son côté nié avoir ouvert le feu sur des civils et avoir fait un usage excessif de la force.

 

Après son arrestation, Alaa Abdelfattah "a refusé d'être interrogé par le Parquet militaire parce que l'armée elle-même, dont dépend ce Parquet, est accusée d'être impliquée dans les événements. Le Parquet a donc décidé de le placer en détention pour 15 jours", a précisé M. Eid, alors que les militaires sont très critiqués pour avoir jugé des milliers de civils devant des tribunaux militaires. Lundi, le blogueur a fait savoir que l'armée n'avait aucune légitimité à l'interroger et affirmé qu'il ne parlerait qu'à un procureur civil.

 

Alaa Abdelfattah avait déjà eu maille à partir avec le pouvoir sous le règne d'Hosni Moubarak. Son arrestation avait provoqué une grande campagne pour obtenir sa libération.

 

Lundi, dix-sept organisations de défense des droits de l'Homme ont déclaré dans un communiqué commun que l'arrestation d’Abdelfattah rappelait les arrestations du temps de Moubarak. Selon les organisations des droits de l'Homme, plus de 12.000 civils ont comparus devant des tribunaux militaires depuis le soulèvement qui a abouti à la chute du "raïs".

 

Mardi, le quotidien égyptien Shourouk a publié une lettre, intitulée "Retour dans les prisons de Moubarak" écrite en prison par Alaa Abdelfattah. Nous la reproduisons ci-dessous :

 

"Je ne m’attendais pas à ce que la même expérience se répète cinq ans plus tard. Mais après une révolution qui a jeté dehors un tyran, je retourne en prison !

Les souvenirs de mon incarcération reviennent, tous les détails, de la capacité à dormir par terre avec huit 'collègues' dans la même petite cellule (2m sur 4), aux chansons et discussions avec les autres détenus. Il y a une chose que j’ai oubliée : comment protéger mes lunettes pendant mon sommeil. Elles se sont fait marcher dessus à trois reprises en une seule journée.

 

Je réalise soudainement que c’est la même paire que je portais lors de mon incarcération en 2006. Je réalise aussi qu’aujourd’hui je suis emprisonné, en attendant l’enquête, pour les mêmes inconsistantes accusations et raisons. La seule différence est que nous avons troqué le Parquet de la sécurité d’Etat pour un Parquet militaire. Un changement qui reflète l’ambiance militaire dans laquelle nous vivons.

 

La dernière fois, j’étais en détention avec 50 collègues du mouvement Kefaya. Aujourd’hui, je suis seul, avec huit autres dont même ceux qui sont coupables subissent autant une injustice que les innocents.

 

Dès qu’ils ont compris que je faisais partie de 'la jeunesse de la révolution', ils ont commencé à insulter la révolution et à expliquer comment elle a échoué à 's’accaparer' le ministère de l’Intérieur. J’ai passé les deux premiers jours à écouter des histoires de torture perpétrées par la police qui non seulement résiste avec force aux réformes, mais cherche à se venger d’avoir été défaite par les opprimés, qu’ils soient coupables ou innocents.

 

A partir de ces histoires, je découvre la vérité derrière les 'grandes réussites' de la restauration de la sécurité.

 

Deux de mes collègues découvrent la prison pour la première fois. Des jeunes gens, simples, sans la moindre once de violence en eux. De quoi sont-ils accusés ? D’avoir formé un gang.

Effectivement, Abou Malik est un gang armé à lui tout seul !

 

Maintenant, je comprends ce que le ministère de l’Intérieur veut dire quand il annonce chaque jour qu’il a attrapé des gangs armés. Et je nous félicite pour la restauration de la sécurité !

 

Durant les quelques heures pendant lesquelles le soleil entre dans notre cellule presque toujours obscure, nous lisons les mots gravés en arabe sur les murs par un ancien collègue, Badia. Quatre murs couverts, du sol au plafond, de versets du Coran, de prières, de pensées et de ce qui semble être le souhait qu’un tyran se repente.

Le lendemain, nous découvrons, dans un coin, la date à laquelle ce détenu a été exécuté. Nous sommes pris d’une envie de pleurer. Les coupables planifient leur repentir, les innocents ne savent pas ce qu’ils doivent faire pour éviter le même sort.

 

Je m’évade en écoutant à la radio le discours de son excellence le Général qui inaugure le drapeau le plus grand du monde, un drapeau qui entrera certainement dans le livre des records.

Et je me demande :

Le fait mettre le nom du martyr Mina Daniel comme étant l’un des incitateurs dans mon procès n’est-il pas un record d’audace ?

Parce qu’ils sont les premiers à avoir tué quelqu’un, à l’accuser du crime et à cracher sur son cadavre ?

Cette cellule va-t-elle décrocher le record du nombre de cafards ?

 

Abou Malik interrompt mes pensées : "Je jure devant Dieu tout puissant : si elle n’est pas juste avec les opprimés, cette révolution ne réussira pas".

 

Le troisième jour, 01/11/2011

Cellule 19, prison de Bab al Khalq,

Alaa Abdelfattah

 

 

 

Alaa Abdelfattah, blogueur et militant égyptien des droits de l'Homme, a été placé dimanche dernier en détention provisoire pour 15 jours par le Parquet militaire. Alaa est accusé de vandalisme et d'avoir incité à la violence le 9 octobre, lorsqu'une manifestation de Coptes (chrétiens d'Egypte) protestant contre l'incendie d'une église a dégénéré en confrontation avec l'armée et les forces de l'ordre, a indiqué Gamal Eid, du Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'Homme (ANHRI).
 
Vingt-cinq personnes, en grande majorité des manifestants chrétiens, ont été tuées lors des violences du 9 octobre, les pires depuis la chute du président Hosni Moubarak. Plusieurs manifestants ont affirmé avoir été visés par les tirs de soldats et que plusieurs personnes étaient mortes écrasées par des véhicules...
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