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De tsunami en séisme

De son père et prédécesseur, l’implacable Hafez el-Assad, l’actuel président de Syrie n’a pas hérité que d’un système dictatorial desservi et protégé par une bonne demi-douzaine de services secrets rivalisant de zèle pour mieux se faire valoir auprès du patron. Il a été à bonne école pour ce qui est de garder plus d’un fer au feu, se posant en champion de la fermeté face à Israël et recherchant, dans le même temps, une paix négociée avec celui-ci. Il a fait sienne aussi, la subtilité en moins, la triple devise de l’atermoiement, du chantage et de la menace, laquelle fit la fortune du défunt président.

 

Usé qu’il est jusqu’à la corde, le procédé de l’atermoiement ne fait plus grande illusion. Preuve en est cette déclaration extraordinairement abrupte du Premier ministre du Qatar, réclamant aux Syriens des mesures concrètes, loin de toute tromperie. Assez étrangement, Damas n’a pas relevé l’affront, obtenant en revanche quelques modifications du plan de règlement de la crise de Syrie préparé par la Ligue arabe et qui sera publié aujourd’hui. Reste évidemment à savoir si les tromperies, c’est vraiment fini.


Chantage et menaces se portent toujours bien, cependant. Recevant Rafic Hariri en 2004, Bachar el-Assad parlait de casser le Liban – et la tête de son interlocuteur par-dessus le marché – si celui-ci s’obstinait à s’opposer à la reconduction du mandat du président Émile Lahoud, comme à solliciter le soutien des puissances occidentales. Hariri disparu, c’est l’occupation syrienne, et non le Liban, qui a volé en éclats, sous le double effet de la révolution du Cèdre et des pressions internationales. Peu après, c’est un tsunami en règle que promettait à notre pays le maître de Damas, s’il ne se décidait pas à regagner le giron syrien. Et c’est sur ses propres terres qu’a fini par déferler, poussée par les vents du printemps arabe, cette énorme vague de fond qu’est la révolte populaire de Syrie.


Étrennant un nouveau chapitre de géologie-catastrophe, c’est le spectre d’un gigantesque séisme que vient de brandir Assad, au cas où son gouvernement serait la cible d’une intervention occidentale : séisme qui aurait pour effet, a-t-il prévenu, de fragmenter la région tout entière. Il n’est pas question d’une Libye bis, ne cesse d’assurer l’OTAN. En revanche, on ne saurait exclure l’éventualité d’un repli du pouvoir sur son assise territoriale du Nord-Ouest, s’il venait à perdre le contrôle total du pays mais sans pour autant se résigner au départ ; c’est précisément un tel cas de figure qui donnerait consistance à ce sombre avertissement.


Ce n’est certes pas la première fois qu’un régime arabe menacé se répand en menaces. Saddam Hussein assiégé parlait d’écraser Israël sous un déluge de missiles ; Mouammar Kadhafi, lui, menaçait l’Europe d’une guerre bactériologique ou encore d’une invasion d’immigrants illégaux africains. Considérable par contre demeure, pour son entourage direct du moins, la capacité de déstabilisation et de nuisance du régime baassiste. Le Liban n’est que trop bien placé pour le savoir, où se sont multipliés ces derniers temps en effet incursions, souvent violentes, de l’armée syrienne et rapts de réfugiés politiques, sans que les autorités de Beyrouth y trouvent hélas trop à redire. Ce sont ces mêmes pratiques, pourtant, qui devraient dessiller les yeux et faire taire ceux qui, ici même, s’acharnent à défendre l’indéfendable. C’est au nom d’une trompeuse stabilité (en réalité une tranquille impunité pour les assassins) que ceux-là mêmes se sont insurgés naguère contre le Tribunal spécial pour le Liban. Et c’est trahir la légitime quête d’un État de droit – pour soi-même, autant que pour les peuples voisins – que se faire les chantres de la tyrannie.


Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

De son père et prédécesseur, l’implacable Hafez el-Assad, l’actuel président de Syrie n’a pas hérité que d’un système dictatorial desservi et protégé par une bonne demi-douzaine de services secrets rivalisant de zèle pour mieux se faire valoir auprès du patron. Il a été à bonne école pour ce qui est de garder plus d’un fer au feu, se posant en champion de la fermeté face à Israël et recherchant, dans le même temps, une paix négociée avec celui-ci. Il a fait sienne aussi, la subtilité en moins, la triple devise de l’atermoiement, du chantage et de la menace, laquelle fit la fortune du défunt président.
 
Usé qu’il est jusqu’à la corde, le procédé de l’atermoiement ne fait plus grande illusion. Preuve en est cette déclaration extraordinairement abrupte du Premier ministre du Qatar, réclamant...