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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Tenues de printemps

Deux mises en terre quasiment concomitantes, mais que tout séparait.

Dans la nuit de lundi à mardi, était inhumé à la sauvette, dans un coin de désert libyen, celui qui s’était décerné le titre de roi des rois d’Afrique. Offerte, des journées durant, à la morbide curiosité de milliers de badauds, la dépouille de Mouammar Kadhafi a fini par trouver un clément refuge dans la profondeur des sables, dans un site soigneusement tenu secret : comme pour Adolf Hitler, les nostalgiques du Guide, s’il en reste, devront se passer de lieu de pèlerinage.

Hier à Riyad, par contre, c’est une foule de responsables venus du monde entier qui a pris part aux funérailles du prince héritier d’Arabie, l’émir Sultan ben Abdel-Aziz, décédé dans un hôpital de New York où il était soigné depuis plusieurs mois. Étaient même présents les Iraniens, tout récemment accusés pourtant d’avoir projeté d’assassiner l’ambassadeur saoudien à Washington.

Ce sont des perspectives fort différentes qu’ouvrent par ailleurs ces deux disparitions. Ici en effet une naissance, une révolution, avec les bavures, dérapages et autres dérives que sont vouées à connaître toutes les révolutions ; et là une lente, prudente et laborieuse volonté d’évolution, exposée elle aussi cependant à toutes sortes de risques.

Pour les Libyens, c’est un colossal chantier qu’est censée préfigurer la fosse anonyme creusée pour Kadhafi. C’est la tyrannie, l’arbitraire, le népotisme, la corruption et le tribalisme qu’il leur faut enterrer à jamais, en effet, en même temps que le sanguinaire colonel. Prévisible, inévitable, était le choix de la loi coranique comme source de toute législation ; mais il y avait franchement plus pressant que de donner le feu vert à la polygamie en Libye, et c’est le respect des droits de l’homme (et de la femme, puisqu’on y est ! ), c’est l’instauration et la garantie de la liberté de croyance, de pensée et d’expression.

Au contraire de la plupart des pays arabo-musulmans, c’est dans toute sa rigueur, et à l’abri de toute interprétation, qu’est appliquée la charia en Arabie saoudite. Et c’est avec la plus grande circonspection, en se gardant de provoquer le puissant clergé wahhabite, que le roi Abdallah a introduit quelques réformes. L’une de celles-ci accordait, pour la première fois, le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes dans les scrutins municipaux. Et c’est en injectant des milliards de dollars dans le circuit social que le souverain a imaginé de vacciner son peuple contre la fièvre du printemps arabe.

Pour timide qu’il soit, cet effort de modernisation contraste avec le vieillissement accentué du sommet du pouvoir. C’est en se traînant que le vieux Abdallah a assisté aux funérailles de son cadet octogénaire, qui détenait également le portefeuille de la Défense ; quant au favori à la succession, il n’est pas non plus de prime jeunesse. Reste à savoir, dès lors, si la gérontocratie saoudite pourra longtemps encore faire du neuf avec du vieux, même si un sang neuf ne suffit pas toujours, hélas, pour conjurer l’effusion de sang.

Preuve en est la Syrie, où un président jeune, coiffant un système préhistorique, croit pouvoir mater un soulèvement populaire de vaste ampleur en usant de méthodes aussi anachroniques, aussi contre-productives que brutales.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Deux mises en terre quasiment concomitantes, mais que tout séparait.Dans la nuit de lundi à mardi, était inhumé à la sauvette, dans un coin de désert libyen, celui qui s’était décerné le titre de roi des rois d’Afrique. Offerte, des journées durant, à la morbide curiosité de milliers de badauds, la dépouille de Mouammar Kadhafi a fini par trouver un clément refuge dans la profondeur des sables, dans un site soigneusement tenu secret : comme pour Adolf Hitler, les nostalgiques du Guide, s’il en reste, devront se passer de lieu de pèlerinage.Hier à Riyad, par contre, c’est une foule de responsables venus du monde entier qui a pris part aux funérailles du prince héritier d’Arabie, l’émir Sultan ben Abdel-Aziz, décédé dans un hôpital de New York où il était soigné depuis plusieurs mois. Étaient même...
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