Rechercher
Rechercher

À La Une - L'orient Littéraire- Portrait

Robert Ghanem ou la poésie de l’élévation

Né en 1939 à Baskinta, Robert Ghanem est un poète authentique. Son style irréprochable, l’esprit de révolte et le souffle philosophique qui animent ses poèmes font de lui une valeur sûre de la littérature libanaise. Portrait d’un écrivain passionné.

Photo L'Orient Littéraire. D.R.

Rares sont les hommes qui, comme Robert Ghanem, vivent pour écrire, respirent grâce aux mots, ne peuvent exister sans une plume à la main. Ce poète est habité par la littérature comme un ermite est habité par Dieu, de manière passionnée, absolue, prêt à tout sacrifier pourvu qu’il se consacre totalement à sa Muse. L’écriture est son moteur, sa raison de vivre, sa folie. Robert Ghanem n’est pas venu à la littérature par hasard. Son père, Abdallah Ghanem, est une figure emblématique des lettres libanaises : à la fois journaliste, nouvelliste et poète (Feyrouz a chanté un de ses textes), il a inculqué à ses enfants l’amour des mots, tant et si bien que quatre d’entre eux – Robert ; Georges, le grand poète, parti trop tôt ; Ghaleb, l’éminent magistrat, auteur d’ouvrages juridiques et littéraires ; Rafic, avocat et poète – sont devenus écrivains ! Très tôt, il s’inscrit à l’école Saints-Paul-et-Pierre tenue par son géniteur, se plonge dans les livres de la bibliothèque paternelle, se met à composer des vers et envoie ses textes à la revue al-Majaless de Karam Melhem Karam et au Télégraphe de Nassib Metni. À la mort de son père, son frère Georges le prend en charge : il devient même son professeur d’arabe à l’école. « Il me disait : “Je suis ton frère à la maison ; tu es mon élève au collège !” » se souvient Robert avec émotion. Président de l’Union des élèves du secondaire au Liban, il milite pour les causes qu’il croit justes et se heurte souvent aux forces de l’ordre à l’occasion de manifestations estudiantines. Il fait ses premiers pas dans le journalisme, écrit dans une revue trilingue, al-Rassed (L’Observateur), appartenant à Georges Rajji, puis entre à al-Safa, dirigée par Rouchdi Maalouf, le père d’Amin, où il dirige, de 1961 à 1966, la rubrique culturelle. Par excès de zèle, à l’occasion d’un reportage, il réunit une cinquantaine de députés pour discuter du régime politique futur du Liban ! À la fermeture d’al-Safa, suite au décès de Maalouf, il intègre Dar es-Sayad où il prend en charge le supplément culturel du journal al-Anwar. Là, de 1966 à 1971, il côtoie des journalistes de renom comme Khalil Takieddine, Élias Rababi, Bassem el-Jisr ou Talal Salaman, et fréquente ou encourage les grandes figures artistiques et culturelles de son temps : Mahmoud Darwich, Samih el-Kassem, Maurice Awad... « C’était l’âge d’or de la presse libanaise ! » affirme Robert Ghanem avec nostalgie. Il passe ensuite au journal satirique al-Dabbour, puis à Nidaa el-watan, al- Ousbouh al-arabi et al-Ahrar, avant de créer sa propre revue culturelle, baptisée al-Maraya, qu’il dirigera de 1982 à 1987. Parallèlement, il enseigne la philosophie au collège Sainte-Anne, puis la langue arabe à La Sagesse, au collège du Sacré-Cœur et au Lycée libanais de Aïn el-Remmaneh, avant d’enseigner, pendant dix ans, à la faculté d’information de l’Université libanaise. En 2000, il revient à al-Dabbour, ressuscitée par Joe Moukarzel, où il tient toujours une chronique au ton très libre.

 

Sur le plan littéraire, Robert Ghanem publie dès 1961 une pièce de théâtre intitulée Le Vide, qui fait le tour du Liban, puis un recueil de poèmes intitulé Les années de tristesse (1968), traduit en partie en français par May Murr et Fouad Gabriel Naffah, Mon amie la révolution (1980), Ô guerre, l’amour est arrivé (1987) et La Rébellion (1996). Dans un texte intitulé « La poésie peut-elle sauver le monde ? », il affirme : « Seule la poésie est digne d’intérêt et toute chose tend à l’état poétique pour justifier son existence ! » La modernité de son écriture, la hardiesse de ses idées et la profondeur de sa pensée lui valent alors les éloges de la critique et les félicitations de Saïd Akl et de Mikhaïl Naïmeh. Il traduit aussi du français vers l’arabe, aux éditions Oueidate, en 1982, Un amour de Swann de Marcel Proust (une gageure quand on sait la difficulté du texte original !), sans compter plusieurs poèmes de Senghor. En 2007, ce fin connaisseur de Platon, Aristote, Heidegger et Kant se lance dans l’essai philosophique et publie Plus loin que la philosophie, en trois volumes, où il essaie de sonder les arcanes de l’existence, bientôt suivi par L’Universalité et par La Métaphysique, qui réunit huit recueils de poésie « métaphysique », qui offrent une réflexion profonde, en vers, sur les questions existentielles qui préoccupent l’être humain : D’où venons-nous ? Pourquoi sommes-nous là ? Où allons-nous ?… Pour l’auteur, il existe entre la poésie et la philosophie une complémentarité certaine : « La poésie est notre guide sur le chemin de la vérité absolue », proclame-t-il avec force. En cette année 2011, il publie un volumineux recueil comportant des poèmes d’amour d’excellente facture, réunis sous le titre : Béni soit celui qui vient au nom de l’amour. On peut y lire des vers d’une grande beauté, à la fois lyriques et tendres : « Quand j’ai habité tes doigts/Les fleurs du désir se sont ouvertes dans mes yeux/ (…) Tu es plantée dans mon corps/Comme une forêt de symboles… » Dans les semaines à venir, deux titres sont annoncés : Les racines et les écorces et Les portes du temps, recueil de poèmes rédigés en « libanais » à l’instar de son père, considéré comme l’un des précurseurs de la poésie libanaise populaire… La boucle est bouclée !

 

À la fois poète et philosophe, écrivain et journaliste, Robert Ghanem sait ce qu’il vaut : chez lui, point de fausse modestie. Habité par l’écriture, il vit dans un autre monde, au-dessus de tout le monde. Lui qui écrivait avec amertume « Mon pays est le cercueil des poètes/Mille talents se suicident/Et on chante sa légende » peut se consoler : les vrais poètes ne meurent pas !

 

 

Lire l'intégralité du numéro d’octobre de L’Orient Littéraire.

Rares sont les hommes qui, comme Robert Ghanem, vivent pour écrire, respirent grâce aux mots, ne peuvent exister sans une plume à la main. Ce poète est habité par la littérature comme un ermite est habité par Dieu, de manière passionnée, absolue, prêt à tout sacrifier pourvu qu’il se consacre totalement à sa Muse. L’écriture est son moteur, sa raison de vivre, sa folie. Robert Ghanem n’est pas venu à la littérature par hasard. Son père, Abdallah Ghanem, est une figure emblématique des lettres libanaises : à la fois journaliste, nouvelliste et poète (Feyrouz a chanté un de ses textes), il a inculqué à ses enfants l’amour des mots, tant et si bien que quatre d’entre eux – Robert ; Georges, le grand poète, parti trop tôt ; Ghaleb, l’éminent magistrat, auteur d’ouvrages juridiques et...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut