Un groupe espagnol fusionnant divinement deux genres de musique, jazz et flamenco. (Hassan Assal)
À premier abord, on peut se demander comment mélanger ces deux musiques. Le flamenco, c’est un peu battre du pied frénétiquement et claquer des doigts (cliché certes, mais vrai) et le jazz, c’est plutôt dodeliner de la tête calmement (tout aussi vrai). Très vite, Javi Ruibal, le batteur, va offrir au public une leçon magistrale de rythme qu’il n’a justement pas que dans la peau, mais dans l’âme, dans le cœur et dans toutes les finitions de son corps. Il contrôle le groupe, le tempo et le sourire en coin des spectateurs ébahis. Une batterie avec plus de caisses et de cymbales que lors d’un défilé du 14 Juillet et des baguettes différentes dépendamment des partitions. Il caresse l’instrument ou le claque. Lui fait l’amour ou la guerre. Et nous scotche à ses mains.
Daniel Escortell à la basse et José Recacha à la guitare (et en cape) nous offrent des riffs du tonnerre qui grondent d’ailleurs sous l’élévation du plafond. Il y a en effet du jazz dans la basse, un peu de rock dans la guitare et un « melting pot » divin dans la batterie. La danseuse Lucia Ruibal, tout en sensualité, tape des talons et des pointes dans une de ces robes qui tourne et tourne encore. Les deux micros posés sur scène ne sont pas là pour les chants, mais pour des intermèdes hauts en accents des musiciens qui nous présentent les morceaux (le latin dans leurs phrases ne fait que contraster avec l’internationalisme de leurs doigtés). Tout sourire et se munissant même d’un nez rouge le temps d’une chanson, le trio parle en notes de musiques et non en lettres.
Et c’est d’ailleurs là que l’on se sent nirvanesque! Il faut être très bon dans ses silences pour couvrir un silence de cathédrale. Et samedi soir, leurs silences étaient criants.

