J’estime que le projet de budget de 2012 tel que décrit dans L’Orient-Le Jour du 5 octobre vient appuyer cette constatation.
Nos dirigeants sont à court d’argent, alors quoi de plus facile ? Augmentons la TVA de 2 %. Cela nous rapportera 638 milliards de livres libanaises supplémentaires qui seront toujours utiles. Mais pour ne pas avoir l’air de taper uniquement sur les classes démunies et moyennes, augmentons la taxe sur les intérêts bancaires des riches de 3 % (ils peuvent certainement se le permettre, n’est-ce pas ? ). C’est toujours 255 milliards de livres libanaises de gagnées. Seulement vous oubliez, messieurs, que, si la TVA ne peut être circonvenue facilement, la taxe sur les intérêts bancaires, par contre, pourrait être plus difficilement récupérable.
Naturellement nos dirigeants ne se sont pas donné la peine d’examiner le budget dans ses détails, en particulier certains articles qui seraient susceptibles de procurer le plus gros des revenus dont ils ont besoin, sans alourdir le fardeau fiscal qui pèse déjà lourd sur le contribuable moyen. J’entends la taxe de 6 % sur l’enregistrement des biens fonciers (Real Estate Registration Tax) qui a produit 853 milliards de livres libanaises en 2010, mais qui serait susceptible d’en produire au moins deux fois plus si elle était perçue correctement. Cela rapporterait à l’État au moins autant que l’augmentation de la TVA et mettrait à contribution ceux qui ont le plus profité du boom immobilier actuel. En fait, si on décidait, par la même occasion, de porter le taux de cette taxe de six à sept et demi pour cent, j’estime que l’État pourrait espérer recevoir en 2012 plus de deux mille milliards de livres libanaises au lieu des huit cent cinquante trois milliards de livres qu’il a perçues en 2010.
Et quid des permis de travail des employés étrangers ? Vu le nombre croissant durant ces dernières années d’employées de maison ainsi que celui des travailleurs étrangers dans le secteur de la construction, il est incompréhensible que le montant des permis de travail récupéré durant les quatre dernières années n’ait pratiquement pas changé. La commission parlementaire des Finances s’est-elle sérieusement penché sur cette question ? Cette commission, qui soulève à présent, et à juste titre, le problème de la gestion du Casino du Liban, a-t-elle pensé à s’enquérir, par la même occasion, du manque de contrôle financier à l’EDL, dont les comptes n’ont pas été soumis à un audit comptable depuis l’année 2001 ? Et pourtant l’électricité a coûté à l’État plus de deux milliards de livres libanaises en 2009. Nous aurions aimé que la commission parlementaire des Finances se penche sur le manque inexpliqué d’audit financier de cette institution, surtout que l’on envisage à présent d’investir de grandes sommes dans ce secteur.
Dans mon exposé, j’ai sciemment laissé la question du financement de la dette pour la fin. Est-il nécessaire de relever que ce dernier représente la moitié des revenus et trente cinq pour cent de toutes les dépenses de l’État, financement compris ? La question que tout contribuable devrait se poser trois cent soixante-cinq fois par an est : « Pourquoi suis-je forcé de porter ce fardeau terrible et y a-t-il un moyen de l’alléger ? » Je n’en dirai pas plus et je laisse aux experts financiers et bancaires de ce pays le soin de concevoir une stratégie innovante pour nous sortir du cercle vicieux à l’intérieur duquel nous tournons depuis vingt ans.
Dans notre article précédent, nous nous sommes plaints de l’inertie de la classe politique dans et de son refus d’aborder le problème dans son ensemble, plutôt qu’au coup par coup.
L’on veut tout entreprendre sans avoir établi au préalable l’ébauche d’un plan de travail qui engloberait tous les aspects opérationnels, environnementaux et sociaux, mais surtout financiers de ces projets. Comme je l’ai mentionné à maintes reprises, nous allons avoir besoin de vingt milliards de dollars pour remettre en état de fonctionnement notre infrastructure, dixit le ministre des Finances Mohammad Safadi. L’électricité et l’eau vont accaparer 60 % de ce montant, le reste inclut les transports en commun, les routes, l’environnement, l’éducation, la santé, l’agriculture, l’industrie, le tourisme et j’en passe. Tous ces secteurs ont besoin d’argent pour être renfloués. D’où comptons-nous nous le procurer ? Telle est la question que l’on se refuse obstinément de se poser, en adoptant la politique de l’autruche et en refusant de voir les choses telles qu’elles sont.
Le plan global et intégral que nous préconisons depuis six ans est le seul qui permettrait à nos dirigeants d’avoir une vue d’ensemble de la situation, de déterminer et d’évaluer impartialement quelles sont les priorités les plus urgentes, et surtout d’examiner avec sérieux et en profondeur les sources de financement auxquelles on pourrait avoir recours pour exécuter ce plan. D’ailleurs, j’estime qu’aucun financier sérieux, local ou international, à moins qu’il n’ait un agenda politique déterminé, n’accepterait d’engager des sommes aussi importantes sans obtenir au préalable ce plan. Est-il nécessaire de rappeler ce qui est arrivé aux sept milliards de dollars qui nous avaient été promis lors de Paris III ? Plus personne n’y fait allusion à présent. Je me demande pourquoi ? Ou plutôt, je ne le sais que trop.
George SABAT

