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Les anciennes odeurs

Dans l’épistémologie politique, les larmes sont à part. Comme les armes, elles interviennent quand plus rien n’est momentanément possible. Celles de Ségolène Royal au soir du premier tour des primaires socialistes du 9 octobre dernier étaient une feuille de route à elles seules. L’ultime programme politique de cette fille, hybride et misfit, de Jeanne d’Arc et de Violette Nozières. Des larmes salées, sûrement. Salies aussi. Mais des larmes probablement rédemptrices pour une Pimprenelle qui n’avait, à cet exact moment où elles ont coulé, seules, terriblement seules, plus rien à perdre et plus rien à gagner : elle ne dynamitera jamais la forteresse Nicolas.
Ce ne sera pas ou vaincre ou mourir. Elle n’est pas (encore) Phèdre. Alors il faut (ré)agir. Vite. Qui a dit qu’il était impossible, de la Roche tarpéienne, d’envahir de nouveau un Capitole, fût-il mini : un Matignon? Élevée, logée, nourrie et blanchie aux François, Mitterrand pour le dehors, Hollande pour le dedans (un Hollande, d’ailleurs, furieusement pré-mitterrandien à Toulouse, juste avant le premier round...), Ségolène Royal s’en est retournée à la source. Au François. Son François. Elle le jettera, Iphigénie ou toison d’or, aux Français. Ce sera lui : du haut de ces horribles, de ces insupportables, de ces monstrueux 7 % que même dans ses pires cauchemars elle n’aurait pas imaginés, elle demande aux royalistes de virer hollandais.
Il y a là, effectivement, une retentissante leçon de politique assénée à l’ensemble du PS. C’est scientifique : elle veut amplifier l’avance prise par son baron de Tulle au premier tour, après avoir décidé de prendre ses responsabilités pour aider le plus efficacement possible à la victoire de la gauche en 2012. La gifle est glacée, surtout sur la joue d’Arnaud Montebourg, celui-là même qui, en 2007, jugeait que le principal problème de Ségolène était... son compagnon; celui-là même, tout fier de s’en aller dangereusement flirter sur des lopins de terre de Marine Le Pen, qui se veut/voit en faiseur de roi. Ou de reine. En une juvénile statue du Commandeur. Parfois, l’exaltée du chabichou se souvient qu’elle a une tête plutôt bien faite. Parfois, la scientificité doit prévaloir, même là où on l’attend le moins : qui aurait dit que la présidente de Poitou-Charentes, délaissée par tous jusque dans ses Deux-Sèvres chéries, voudrait encore que l’Élysée voit la vie en rose...
Avec tout cela, on n’en reste pourtant pas moins femme. Et quand on est femme, il est des choses dont on ne parle pas : sa peau qui gratte, son petit cœur tout mou qui bat un peu encore, sa mémoire olfactive qui s’affole, et puis tout le reste : Martine en maîtresse d’école, Martine qui s’y voit déjà, Martine péremptoire, Martine la chapardeuse, Martine qui lui promet ses restes, Martine, Martine encore, Martine toujours, it’s enough.
Ce ne sont là que des scories, c’est vrai. L’essentiel, pour elle, est ailleurs. Dans cet ailleurs de plus en plus utopique, certes, mais qu’elle a vu, entre dimanche soir et mercredi après-midi, si proche, si possible ; cet ailleurs s’appelle la reconquête. C’est l’histoire de sa vie, à Ségolène Royal, vouloir reconquérir, et 2012 lui offre, elle en est déjà convaincue, religieusement, le plus beau des challenges : le pouvoir, fût-ce sur la troisième marche, mais aussi l’homme de cette vie, devenu si maigre et que tous affament. Ce sera Carla Bruni et Édith Cresson à la fois.
Un peu Merteuil aussi : quand une femme frappe dans le cœur d’une autre, elle manque rarement de trouver l’endroit sensible, et la blessure est incurable. Ségolène dit : si Martine perd dimanche, et elle perdra, ce sera uniquement à cause, non, plutôt grâce à moi.
Claude Chabrol est parti trop vite. Il reste ces petits génies, adulés des masses : les réalisateurs des telenovelas. Ou des soaps turco-égyptiens.
Dans l’épistémologie politique, les larmes sont à part. Comme les armes, elles interviennent quand plus rien n’est momentanément possible. Celles de Ségolène Royal au soir du premier tour des primaires socialistes du 9 octobre dernier étaient une feuille de route à elles seules. L’ultime programme politique de cette fille, hybride et misfit, de Jeanne d’Arc et de Violette Nozières. Des larmes salées, sûrement. Salies aussi. Mais des larmes probablement rédemptrices pour une Pimprenelle qui n’avait, à cet exact moment où elles ont coulé, seules, terriblement seules, plus rien à perdre et plus rien à gagner : elle ne dynamitera jamais la forteresse Nicolas. Ce ne sera pas ou vaincre ou mourir. Elle n’est pas (encore) Phèdre. Alors il faut (ré)agir. Vite. Qui a dit qu’il était impossible, de la Roche...
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