Le comique birman à sa sortie de prison.
"C'est l'histoire d'un Birman chanceux, qui a réussi à avoir un passeport et qui va en Inde. Il va voir un dentiste et le dentiste indien lui demande: 'pourquoi vous n'attendez pas de rentrer chez vous, vous avez bien des dentistes en Birmanie'? Et le Birman de répondre: 'Oui, bien sûr. Mais on n'a pas le droit d'ouvrir la bouche'."
Une blague de Zarnagar que le syndicat britannique du spectacle vivant Equity a posté sur son site. Une blague ? Pas vraiment, et Zarnagar le sais bien. Le comique birman a plusieurs fois constaté les limites de l’humour des autorités birmanes, une susceptibilité qui l’a envoyé à plusieurs reprises derrières les barreaux. Zarnagar vient d’être libéré à la faveur d’une amnistie accordée par le pouvoir birman à 6.300 détenus. La captivité n’a pas entamé la liberté de ton de celui que Reporter sans frontière à surnommé le "Charlie Chaplin birman". A sa sortie, interrogé sur un message qu'il voudrait délivrer au président Thein Sein, il a répondu: "je voudrais lui demander pourquoi il est si pingre. Il reste encore beaucoup de gens en prison qui doivent être libérés".
Né en 1961 de parents écrivains, Maung Thura fait des études de dentiste, et dans le même temps, participe à des spectacles de danse ou de théâtre. Diplôme en poche, il se lance pourtant dans la voie artistique et crée sa propre troupe. Il devient alors "Zarganar", ce qui signifie "pince à épiler".
En 1988, il rejoint le soulèvement populaire contre le dictateur Ne Win, mouvement réprimé qui fera plusieurs milliers de morts. Arrêté, il passe plusieurs mois en prison où il racontera avoir été torturé. Il est à nouveau arrêté en 1990 pour avoir critiqué le régime lors de la campagne électorale, un scrutin dont sortira vainqueur la Ligue nationale pour la Démocratie de l'opposante Aung San Suu Kyi, que la junte n'autorisera jamais à prendre le pouvoir. Selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), basée en Thaïlande, il est alors condamné à quatre ans de prison et de travail forcé. Après sa sortie, il reprend ses activités artistiques, mais en 2006, la junte lui interdit d'écrire, de publier et de jouer. Il est à nouveau arrêté brièvement l'année suivante pour s'être engagé aux côtés des moines de la "révolte Safran".
Enfin en 2008, après avoir organisé la distribution de vivres aux victimes du cyclone Nargis (138.000 morts et disparus), il est condamné 59 ans de prison, réduits ensuite à 35 ans. Zarganar avait critiqué la gestion de la catastrophe par les autorités qui refusaient alors de laisser entrer l'aide internationale.
Privé de papier et de stylo dans sa prison de Myitkyina, loin de sa famille dans l'extrême nord du pays, il continuait à régaler ses geôliers. "Beaucoup de gardiens de prison sont des fans de Zarganar. Ils l'adorent. Ils adorent son travail. En fait, ils racontent ses blagues à leurs amis après leur travail", assure son ami Htein Lin, cité sur le site internet de la campagne "Free Zarganar", parrainée par Equity, le syndicat britannique du spectacle vivant.
"Les Birmans adorent rire. Si je ne peux pas parler, les blagues continueront à se répandre. Les gens les inventeront eux-mêmes", raconte sur "Free Zarganar" celui qui est passé maître dans l'art de jouer avec les mots pour contourner la censure.
Une blague de Zarnagar que le syndicat britannique du spectacle vivant Equity a posté sur son site. Une blague ? Pas vraiment, et Zarnagar le sais bien. Le comique birman a plusieurs fois constaté les limites de l’humour des autorités birmanes, une susceptibilité qui l’a envoyé à plusieurs reprises derrières les barreaux. Zarnagar vient d’être libéré à la faveur d’une amnistie accordée par le pouvoir birman à 6.300 détenus. La captivité n’a pas entamé la liberté de ton de...


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