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Un automne arabe

Égypte et Syrie, deux poids lourds du monde arabe, deux pays en ébullition où les tensions confessionnelles ou sectaires apparues dans la foulée des soulèvements populaires, bien qu’illustrées de manières fort différentes, commandent une même et lancinante question. Que vaut-il mieux pour les minorités religieuses d’Orient ? Jouer la pérennité d’implacables dictatures dont elles sont vaguement les protégées et très certainement les otages? Parier au contraire sur les promesses de changement, de progrès démocratique que promet toute contestation, quand bien même elle n’échapperait pas aux dérives et maladies de jeunesse que connaît, comme toute révolution, le printemps arabe ?

 

Le débat est vieux comme cette partie du monde où il fait fureur et il vient d’être spectaculairement relancé, dans notre pays, par les déclarations publiques du patriarche maronite s’alarmant des retombées catastrophiques que peuvent avoir, pour les chrétiens d’Orient, des convulsions menaçant de dégénérer en guerres civiles. À première vue, mais à première vue seulement, les sanglants événements d’Égypte (tout comme d’ailleurs les derniers débordements islamistes en Tunisie) paraissent conforter cette dernière thèse.


Or c’est oublier que le régime déchu de Hosni Moubarak, pourtant courtisé par l’Occident qui y voyait en effet un solide rempart face aux intégrismes, n’a jamais fait figure de protecteur assidu : s’il sévissait d’une main contre les Frères musulmans, il faisait preuve, de l’autre, d’une coupable indulgence envers les auteurs d’attaques répétées contre les coptes, systématiquement traités au demeurant en citoyens de deuxième catégorie. C’est bien la raison pour laquelle d’ailleurs cette communauté, historiquement la plus ancienne d’Égypte, a pris une part des plus actives dans la révolution.


Provoqués par l’incendie d’une église aussitôt suivi de manifestations de protestation, les incidents du Caire ont ceci de grave que les nombreuses victimes coptes ne sont pas tombées cette fois sous les coups de fanatiques bénéficiant du laxisme des forces de l’ordre. Ce sont celles-ci qui se sont livrées à un véritable massacre, allant jusqu’à écraser des citoyens sous les chenilles de leurs blindés. C’est dire que près de trois décennies après l’assassinat du président Anouar Sadate par des militaires islamistes, le ver est à nouveau dans le fruit, dans cette armée gavée de privilèges de toutes sortes, choyée qu’elle est par un Occident soucieux avant tout de préserver la paix égypto-israélienne, une armée qui ne s’est résolue à sacrifier Moubarak que pour perpétuer son propre pouvoir. Une armée qui répugne visiblement à se laisser contrôler par les forces révolutionnaires et qu’il faut bien tenir pour première responsable des relents de guerre civile qui flottent soudain dans le pays des pharaons, malgré les appels à l’apaisement lancés çà et là.

 

C’est une supercherie encore plus colossale et sanglante que l’on peut observer en Syrie où la barbarie de la répression atteint de nouveaux sommets avec l’entrée en scène des assassinats ciblés : tout se passant comme si le régime, qui se dit victime de menées terroristes, s’évertuait lui-même à pousser dans ses derniers retranchements une opposition longtemps attachée naguère à son caractère pacifique mais qui paraît de plus en plus encline à céder à la tentation des armes. N’est-ce pas là paver la voie à la guerre civile, celle-là même que d’aucuns croient conjurer en pactisant avec la tyrannie ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb


P.S. : Ersal, Brital : pour sauve que soit la rime, elle ne saurait justifier de confusion entre ces deux localités libanaises de l’est du pays. C’est bien ce qui s’est produit pourtant dans l’éditorial du samedi 8 octobre, consacré aux empiètements de l’armée syrienne en territoire libanais : Ersal s’y voyait fort injustement reprocher de servir de sanctuaire pour les voitures de luxe volées, particularité qui, ces dernières années, revenait en fait à Brital. Mes excuses vont donc très volontiers aux honnêtes citoyens de Ersal ; et aux populations des deux villages, longtemps laissées à l’abandon, l’une comme l’autre, par le pouvoir central, mes vœux pour un salutaire retour dans le giron de l’État.

Égypte et Syrie, deux poids lourds du monde arabe, deux pays en ébullition où les tensions confessionnelles ou sectaires apparues dans la foulée des soulèvements populaires, bien qu’illustrées de manières fort différentes, commandent une même et lancinante question. Que vaut-il mieux pour les minorités religieuses d’Orient ? Jouer la pérennité d’implacables dictatures dont elles sont vaguement les protégées et très certainement les otages? Parier au contraire sur les promesses de changement, de progrès démocratique que promet toute contestation, quand bien même elle n’échapperait pas aux dérives et maladies de jeunesse que connaît, comme toute révolution, le printemps arabe ?
 
Le débat est vieux comme cette partie du monde où il fait fureur et il vient d’être spectaculairement relancé, dans notre...