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À La Une - En Dents De Scie

Chiites avant le printemps

Quarantième semaine de 2011.
C’est une réalité terrifiante, dont les ravages, incalculables, nécessiteront sans doute plusieurs générations avant d’être seulement résorbés : l’exemple que donne le Hezbollah à ses partisans, le (dé)lavage quotidien de leur mental, est infiniment criminel.
Ce qui s’est passé cette semaine à Hadeth est le dernier mais surement pas l’ultime triomphe du non-droit – Hadeth, zone cobaye par excellence dans le processus de grignotage (ou d’anschluss) du Hezb, où des caïds de troisième zone, des go-between corrompus jusqu’à la moelle, ont investi armes au poing le service de la mécanique, blessant neuf personnes, terrorisant la majorité des fonctionnaires de ce service public et giflant au passage, pour la énième fois, l’État, ses prérogatives, son prestige, sa nature et sa culture.
Qu’on ne s’y trompe pas : des voyous, il y en a partout, dans toutes les régions, au sein de toutes les communautés. Mais en ce jeudi, ces hommes de la jungle, ces chabbiha made in Lebanon, étaient surtout de la famille Mokdad, très proche du Hezbollah ; les témoignages télévisés ou relayés dans la presse écrite des victimes, des fonctionnaires et des clients, toutes communautés confondues, étaient indiscutables, et le lieu du crime parle de lui-même : les coupables sont tous des partisans du Hezbollah.
Qu’on ne s’y trompe pas : le directoire du parti de Dieu n’a probablement pas donné de pareilles directives à ses mercenaires. Le député Ali Ammar s’est même fendu d’un couplet sur la nécessité pour les autorités (ce terme, lorsqu’il est utilisé par les caciques du Hezb, se vide automatiquement de sa substance, devient particulièrement risible...) de sévir. Il n’empêche : le parti de Dieu est directement responsable de ce qui s’est passé cette semaine à Hadeth. Et de tout le reste.
En affichant sa détermination à pérenniser son statut de milice omnipotente; en exhibant à chaque occasion sa maîtrise dans la vampirisation de l’État; en se faisant un honneur de violer allègrement la légalité, de trôner au-dessus d’elle, qu’elle soit locale ou internationale, et en cultivant sciemment et méthodiquement la peur au cœur de l’autre, c’est-à-dire le non-Hezb quel qu’il soit (aventurisme capricieux, illégal et meurtrier contre Israël, dissémination hystérique des rampes de missiles et autres armes de destruction massive près des habitations et des écoles au Sud, annexion style camping géant du centre-ville, mai 2008, pneus et rues brûlés pour n’importe quelle raison, colonisation sauvage, à Lassa comme ailleurs...), la formation de Hassan Nasrallah qui a fini d’entièrement souiller le macro (la et le politique), est sur le point de parachever une cancéreuse et quasi irréversible contamination du micro (les mentalités).
À la limite, ces guérilleros sont uniquement coupables d’être de bons élèves. De très bons élèves, de parfaits petits soldats. Comment peuvent-ils concevoir l’égalité entre tous les Libanais lorsque leurs chefs leur prouvent chaque jour que ces Libanais sont divisés en deux : des citoyens de première classe (les partisans du Hezb et leurs alliés) et des citoyens de troisième catégorie (les autres, tous les autres, auxquels il faudrait idéalement épingler une étoile jaune) ? Comment peuvent-ils respecter la loi lorsque leurs chefs l’utilisent comme serpillière? Comment peuvent-ils concevoir le principe d’impunité, à leur tout petit niveau, lorsque leurs chefs s’amusent à béatifier et canoniser des hommes accusés par une instance juridique onusienne d’avoir assassiné un ancien Premier ministre ?
On se demande même ce qui est pire, plus criminel, de la part du Hezbollah : de ne jamais vouloir renoncer à sa nature, sa culture et ses pratiques hypermiliciennes, ou bien d’avoir infecté ses partisans, de leur avoir offert la certitude d’être les seuls sous-maîtres à bord, d’être chacun, et même, malheureusement, chacune, un surhomme, une surfemme?
Premières victimes : les Libanais chiites qui ne se retrouvent pas, ou alors uniquement forcés, dans le Hezb. Maintenant qu’il est acquis que le parti de Dieu ne changera jamais, ne désarmera jamais, même si les choses changeaient à Téhéran et qu’ils en recevaient l’ordre, ce sont eux et seulement eux, ces valeureux chiites Libanais, qui devraient s’inspirer de leurs frères arabes, seulement eux qui pourraient essayer de modifier une donne métastatique, essayer de faire chuter une dictature, celle d’un parti qui est voué, qu’il le veuille ou non, à précipiter un jour ou l’autre tout un pays, le Liban, dans d’insondables abîmes de nouvelle(s) guerre(s), civiles ou pas.
Même les Syriens y arriveront un jour.

 

P-S : la contamination est affolante : le Conseil des ministres, Michel Sleiman et Nagib Mikati en tête, a totalement occulté la double incursion par les soldats syriens, décidément aussi délicats et humains que leurs homologues israéliens, en territoire libanais. Cette soumission, ce renoncement global à la dignité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale, ce silence après les propos de l’ambassadeur syrien, cette complicité et cette veulerie sont inouïs. Et les excuses encore pire : c’est comme imaginer la France sourire et se taire si des chars ou des soldats belges se retrouvaient aux portes de Lille.

Quarantième semaine de 2011.C’est une réalité terrifiante, dont les ravages, incalculables, nécessiteront sans doute plusieurs générations avant d’être seulement résorbés : l’exemple que donne le Hezbollah à ses partisans, le (dé)lavage quotidien de leur mental, est infiniment criminel. Ce qui s’est passé cette semaine à Hadeth est le dernier mais surement pas l’ultime triomphe du non-droit – Hadeth, zone cobaye par excellence dans le processus de grignotage (ou d’anschluss) du Hezb, où des caïds de troisième zone, des go-between corrompus jusqu’à la moelle, ont investi armes au poing le service de la mécanique, blessant neuf personnes, terrorisant la majorité des fonctionnaires de ce service public et giflant au passage, pour la énième fois, l’État, ses prérogatives, son prestige, sa nature et...
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