Je m’identifie fortement à la révolution du Cèdre et, par conséquent, me pose actuellement une multitude de questions, auxquelles le directoire de la nouvelle minorité devrait essayer d’apporter des réponses.
Pourquoi d’abord cette levée de boucliers contre les déclarations du nouveau patriarche maronite ? Le volet syrien en rapport avec les craintes concernant les minorités chrétiennes au Moyen-Orient est une approche éminemment pragmatique, certes discutable, mais néanmoins compatible avec la fonction occupée par le prélat. N’est-il pas issu des rangs de l’Église et, de ce fait, supposé défendre en priorité l’intérêt de ses fils, au Liban et ailleurs ? L’inapproprié justificatif au maintien des armes du Hezbollah (argument qui, depuis, n’a heureusement plus été répété) est bien plus grave dans la forme que dans le fond, car le patriarche Raï n’est pas un responsable politique élu par le peuple. Fallait-il qu’il devienne un contrepoids à sayyed Hassan Nasrallah ? Si tel devait être le cas, nous serions aussitôt en train de nous éloigner de la vision prônée par ceux qui croient dans les idéaux de la révolution du Cèdre... Le cardinal Sfeir avait, souvenons-nous, accordé sa caution morale aux constantes du 14 Mars, sans que cela n’empêche pour autant le basculement de la majorité et l’érosion de certains acquis de la révolution du Cèdre.
Les hommes politiques ont une action à entreprendre sur le terrain, notamment dans l’éveil des consciences politiques et citoyennes. Ils ne sont pas supposés trop compter sur le possible relais offert par les autorités religieuses, musulmanes ou chrétiennes. Il y aura toujours, sur ce plan précis, inadéquation d’objectifs et de moyens. Pourquoi devons-nous continuer à nous retrancher derrière les autorités ecclésiastiques et leur autorité morale quand les idéaux défendus n’ont en fait besoin d’aucune bénédiction ou de caution de leur part ?
Cela m’amène, dans la même logique, à une série de questions à l’attention du directoire du 14 Mars, et qui relèvent de sa responsabilisé directe.
L’éloignement de M. Saad Hariri continue d’être perçu comme une bouderie personnelle en quête de justificatifs. Cet acte ne semble servir ni la cause ni les attributs d’un des chefs de l’opposition. Pourquoi cet éloignement et à quoi sert-il ?
Nul n’ignore l’enjeu que revêtiront les prochaines législatives et leur possible impact sur le renouvellement et l’amélioration de la représentation politique, ce qui devrait, indépendamment de leurs résultats, aider notre pays à mieux gérer ses crises, à défaut de leur trouver des solutions. Comment se fait-il que les pôles chrétiens du 14 Mars ne se soient pas ouvertement opposés au projet électoral présenté par le Rassemblement orthodoxe ? Un projet qui consacrerait pourtant le sectarisme et le confessionnalisme, comme aux pires moments de la dépendance ottomane, et avant même que ne naisse l’idée d’une République libanaise. S’il venait à être approuvé, ce projet saperait tous les fondements du mouvement de réforme mené en 2005 et constituerait dans vingt ans la revendication principale d’une nouvelle révolution du Cèdre. Pourquoi donc accepter de discuter cette proposition qui annihile l’accord de Taëf, référence à laquelle adhère pourtant toute l’opposition, ainsi qu’une partie de la majorité ?
Tous les observateurs ainsi que l’audience du 14 Mars ont constaté la honteuse détérioration, depuis 2006, du discours et de l’action politique à laquelle avaient eu recours l’opposition de l’époque. Il était donc naturel d’anticiper qu’avec le changement de majorité, cette situation ne durerait pas, et que les composantes du 14 Mars s’organiseraient en vue de mener une opposition parlementaire efficace, crédible et coordonnée. Il n’en a rien été, à quelques exceptions près, et le public aujourd’hui risque bien de se retrouver de plus en plus désintéressé par la chose publique. Qu’est-il advenu des promesses des congrès du BIEL, du rassemblement du 13 mars 2011 et des recommandations des assises du Bristol ?
Le public, anonyme et principalement non partisan, principal acteur de la révolution du Cèdre, et dont les voix seront certainement déterminantes au plan électoral, dans l’avènement de la nouvelle majorité parlementaire, pourrait bien s’accommoder d’une forme de représentation à même de protéger les valeurs et les principes fondamentaux du 14 mars 2005. Le secrétariat général du 14 Mars semblait le mieux placé pour remplir ce rôle. Cependant, aucune des tentatives de restructuration et de dynamisation de cette organisation n’a été réalisée, en dépit des promesses et efforts maintes fois annoncés. Qu’est-ce qui freine la mise en place de ce projet visant à impliquer tous ceux qui se sont éloignés de la dynamique politique, et pour qui la journée du 14 mars 2005 et les semaines qui ont suivi cette date fondatrice ne sont plus qu’un simple souvenir évoqué avec nostalgie ?
Deux députés élus du 14 Mars, Mme Nayla Tuéni et M. Okab Sakr, ne répondent plus présent à leurs obligations et n’exercent plus les responsabilités qu’ils se sont engagés à respecter durant leur campagne électorale. Qui est responsable de cette situation ?
Comment veiller à ce que pareilles déconvenues ne se reproduisent plus ?
Laissons les autorités religieuses remplir leur rôle clérical et rassembleur, et demandons au directoire politique d’agir et de mieux assumer ses responsabilités. Mais, surtout, que l’on cesse d’attendre des uns ce que l’on doit recevoir des autres.
Fady BUSTROS

