M. Mikati s’entretenant avec les députés de Baalbeck-Hermel au Grand Sérail, hier. Photo Dalati et Nohra
L’insécurité ? Sans commentaire ! Tout est normal ou presque ; tout au plus quelques « bulles » sans importance qui explosent ici et là, comme dirait le président de la Chambre, Nabih Berry.
L’affaire du service de la mécanique de Hadeth aurait beau faire sauter des têtes et des cabinets dans le trois-quarts des États dignes de ce nom de la planète, ici au Liban on est comme qui dirait au-dessus de tout cela.
La voiture d’un intermédiaire qui a bon dos par les temps qui courent ayant été recalée à l’examen, le service de la mécanique a été le théâtre d’une scène de Far West avec charge de la brigade légère. L’affaire s’est achevée sur une sorte de grève des employés jusqu’à obtenir un minimum de sûreté pour être en mesure de faire leur travail. Il a fallu cela, en sus de quelques blessés, pour arracher au ministre de l’Intérieur – lequel n’en est pas à la première interprétation ultrarestrictive des fonctions régaliennes de l’État dès lors qu’il s’agit d’une catégorie précise de la population – une promesse de dépêcher une petite force de police pour protéger le site.
Les incursions militaires syriennes en territoire libanais ? Sans commentaire non plus ! L’exécutif se réunit, la télévision affiche les sourires des ministres, on discute de choses et d’autres, du temps qui passe, mais de cela, non! Mieux encore, les députés de la région concernée s’offusquent de voir l’opposition reprocher au gouvernement son inaction à ce propos et vont, une fois de plus, jusqu’à l’accuser de trahison en usant de l’éternel artifice de la différence entre violation « fraternelle » et violation « ennemie ».
Le social ? On entend bien sur ce plan les responsables ânonner quelques litanies traditionnelles sur les moyens de corriger la perte du pouvoir d’achat des ménages tout en évitant l’inflation. Mais il est tout de même surprenant de voir le ministre des Finances choisir le moment précis où la discussion s’envenime entre partenaires sociaux – et le gouvernement au milieu – pour annoncer ses mauvaises nouvelles fiscales. Elles le sont d’autant plus qu’elles surviennent pour ainsi dire au creux de la vague, au point où en est la conjoncture économique, et risquent donc, de ce fait, de ne pas remplir l’objectif d’équilibrage budgétaire qui leur est assigné. C’est à se demander si le ministre n’aurait pas besoin de quelques leçons de psychologie avant de réconcilier tout le monde dans la déprime comme il l’a fait.
Enfin, le financement du TSL, cerise sur le gâteau gouvernemental. Les signes d’implosion à partir de ce dossier s’accumulent et, pourtant, rien ne pointe à l’horizon. Le tribunal s’impatiente, dirait-on, et rappelle au gouvernement libanais ses engagements. Jour après jour, les positions des deux camps au sein même de l’exécutif se radicalisent davantage, l’un pour s’acquitter de la quote-part du Liban, l’autre contre. Mais on sait qu’au final, l’un des deux devra céder s’il faut que le gouvernement survive. On peut supposer, d’ores et déjà, que le Premier ministre et ceux qui le soutiennent ne franchiront pas ce qui apparaît déjà comme une « ligne rouge » à leurs yeux : le respect des obligations internationales du Liban. Certaines sources affirment que la lettre de démission de Nagib Mikati serait déjà prête.
Il reviendra donc au Hezbollah de reculer, s’il estime avoir encore besoin de ce gouvernement pour qu’il continue de le « couvrir ». Dans un tel cas, le parti de Dieu trouvera sans doute une parade, in extremis, pour faire passer la pilule du financement.
Du coup, le général Michel Aoun s’en satisfera, lui aussi.

