Par ailleurs, Zeinab n’est pas morte. Ce corps démembré, décapité, écorché, qui a fait le tour de la Toile ne lui appartenait donc pas et l’on s’en réjouit pour elle. Le sien, elle l’a présenté avant-hier soir à la télévision, dignement drapé de noir, surmonté d’un beau visage triste. « Je m’appelle Zeinab. Je suis née le 1-1-1993. Mon père s’appelle Deeb el-Hosni, ma mère s’appelle Fatah Moulouki. J’ai quitté le domicile familial cinq jours avant le ramadan pour fuir les persécutions de mes frères. Ils me battaient. Je suis réfugiée chez des proches. Nul ne sait où je me trouve. » En attendant, elle est bien là, crevant l’écran avec ce coup de théâtre. L’un de ses frères avait témoigné au lendemain de ses supposées funérailles. « Je suis né en 1980. Ma mère s’appelle Dalal (Fatah serait donc une deuxième épouse du père ? ). Ma sœur a été enlevée en pleine rue, le 24 août, par un taxi peuplé de chabbiha. On nous a réclamé, pour nous la restituer morte ou vive, la reddition de son frère Mohammad Deeb el-Hosni, soupçonné de lever des manifestations à Homs. » Mohammad a disparu à son tour le 10 septembre. Sa dépouille martyrisée a été remise à sa famille le 17, avec en prime celle, décomposée, démembrée, d’une jeune fille présentée comme étant Zeinab. Mais Zeinab n’est pas morte. Qui alors, puisque cadavre il y a, et dans quel état. On pourrait imaginer un nombre infini d’hypothèses. Il reste que la guerre, dans un pays à caractère sécuritaire comme la Syrie, prend parfois de bien curieuses tournures. Mystères et scandales en font partie, et l’on n’a pas oublié la spectaculaire mystification de la fausse blogueuse lesbienne de Damas derrière laquelle se cachait l’esprit farceur d’un Highlander hétérosexuel.
Il reste que l’information, la désinformation et la contre-information qui nous parviennent en échos lointains d’un pays pourtant à un jet de pierre du nôtre sont troublantes. Notre situation ressemble à celle de qui regarderait tranquillement la télévision dans la salle de séjour tandis qu’un crime brutal et bruyant serait en train d’être commis dans la chambre à coucher. Décidément, la première pluie ne nous a pas décillés.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef