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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Les racines des ailes

Développement majeur, capital, après six mois d’un sanglant statu quo, que la formation, dimanche à Istanbul, de ce Conseil national syrien qui regroupe la quasi-totalité des courants politiques réclamant la chute du régime Assad. Ce rassemblement s’est déjà doté d’un secrétariat général réunissant les sept principales composantes de l’opposition, lesquelles assurent conjointement la présidence dudit Conseil. Et les manifestations de soutien qui, bravant une impitoyable répression, ont aussitôt salué sa naissance à travers tout le territoire syrien en disent long sur la substantielle représentativité que peut revendiquer cet organisme. Mais n’est-ce pas précisément la barbarie de la répression qui aura commandé de telles retrouvailles ?

 

Cet événement est en ceci important qu’il met pratiquement tout le monde au pied du mur : à commencer, paradoxalement, par l’opposition syrienne elle-même. Désormais institutionnalisée, celle-ci se trouve confrontée, du coup, à une double gageure. La première consiste à se gagner la faveur des minorités absentes au congrès d’Istanbul, à n’épargner aucun effort visant à les rassurer quant à l’après-Assad. Mais si la fin souhaitée est on ne peut plus claire (le renversement du régime), ce sont les moyens qui restent maintenant à définir.


Si la contestation se sent effectivement pousser des ailes, si non moins de sept pilotes peuplent le cockpit en attendant que perce peut-être un commandant de bord, c’est d’un plan de vol qu’elle a grandement besoin en effet. L’opposition affirme se refuser certes à toute intervention étrangère, éventualité fort peu probable au demeurant, malgré l’annonce de manœuvres militaires turques à la frontière syrienne ; mais elle n’en réclame pas moins une protection internationale. Et au train où va la confrontation sur le terrain, le moment approche où elle pourrait se trouver acculée à renoncer à son caractère pacifique ; c’est ce que laisse craindre d’ailleurs la multiplication des défections de militaires et des affrontements armés.


Pour le président Bachar el-Assad, la formation du Conseil national, au sein duquel se retrouvent enfin, après maints tiraillements, tant les libéraux syriens que les Frères musulmans, est une nouvelle doublement mauvaise. Elle fait un sort définitif au fameux leitmotiv c’est moi ou bien alors les islamistes ou, pire encore, le chaos ; et elle réduit à néant les espoirs du régime quant à un semblant de dialogue avec les contestataires, visant à un semblant de réformes constitutionnelles. À leur tour, le monde arabe et la communauté internationale voient soudain se préciser l’heure de vérité. Car bien que hantées par le spectre d’une contagion révolutionnaire susceptible de gagner leur territoire, et donc naturellement enclines à préserver l’ordre établi, les monarchies pétrolières ne pourront longtemps ignorer l’apparition d’une relève potentielle déclinant d’aussi solides lettres de créance.


Pour l’Amérique et l’Europe s’escrimant en vain à obtenir une condamnation onusienne de Damas et qui continuent de se heurter au niet de la Russie, ce sont des perspectives nouvelles qui viennent néanmoins d’apparaître. En saluant ce pas sur la bonne voie qu’était la proclamation du Conseil national syrien, les Occidentaux ont certes décerné un précieux certificat d’honorabilité à ce rassemblement, ils en ont fait un interlocuteur légitime. Mais non le seul, dans l’attente sans doute d’on ne sait quel rebondissement du calvaire quotidien qu’endure la population de Syrie.


L’effondrement du régime n’est plus qu’une affaire de temps, assurait lundi le secrétaire à la Défense américain, qui sait sans doute de quoi il parle puisqu’il fut jusqu’à une date récente le patron de la CIA. Il reste que le temps ce n’est pas cette fois de l’argent, ni même du pétrole comme en Libye, mais des torrents de sang.

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Développement majeur, capital, après six mois d’un sanglant statu quo, que la formation, dimanche à Istanbul, de ce Conseil national syrien qui regroupe la quasi-totalité des courants politiques réclamant la chute du régime Assad. Ce rassemblement s’est déjà doté d’un secrétariat général réunissant les sept principales composantes de l’opposition, lesquelles assurent conjointement la présidence dudit Conseil. Et les manifestations de soutien qui, bravant une impitoyable répression, ont aussitôt salué sa naissance à travers tout le territoire syrien en disent long sur la substantielle représentativité que peut revendiquer cet organisme. Mais n’est-ce pas précisément la barbarie de la répression qui aura commandé de telles retrouvailles ?
 
Cet événement est en ceci important qu’il met pratiquement...
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