Les photos prises par Orloff dans les trois médinas, celles de Fès, d’Alger et de Tunis, ces trois « vieilles villes » où se déroule le siècle dans un décor plusieurs fois centenaire, datent d’il y a 25 ans. Mais on l’aura bien compris, elles auraient été prises hier que cela n’aurait rien changé. Le point de vue du photographe américain met en valeur l’intérieur des mosquées, les caravansérails, les cours intérieures avec leurs décors de zelliges et leurs motifs de stuc en relief. Des ornements somptueux et répétitifs jusqu’au vertige qui font contraste avec la sobriété des murailles extérieures qui longent le labyrinthe des souks et la pauvreté apparente des habitants. Ces clichés ont été réalisés sous les auspices de l’Unesco dans l’espoir de préserver l’héritage culturel des médinas du Maghreb, à la fois architectural, artistique et humain. La modernisation guette, et avec elle le risque de voir ces trésors céder la place à des édifices contemporains mieux adaptés à la démographie et aux besoins actuels.
Au travail de sauvegarde effectué par Orloff répond le récit tendre et désabusé, mais également optimiste de Stétié. Ce grand poète de langue française et arabe, ancien ambassadeur du Liban au Maroc et délégué permanent du Liban à l’Unesco, souligne qu’en pays d’Islam, en vertu du principe selon lequel le seul perdurable est Dieu, l’urgence de sauvegarder n’est pas la même qu’en Occident. Il constate cependant que le monde arabe a compris aujourd’hui la valeur du vestige, et qu’en plus de l’intérêt économique que représente la valorisation du patrimoine, l’identité elle-même, illustrée par le savoir-faire ancestral déployé dans ces architectures fabuleuses, est un bien précieux.
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