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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Diplomanies

Où s’arrête l’action diplomatique normale et commence l’ingérence étrangère ? Comment définir la frontière entre l’obligation de réserve à laquelle sont tenus les représentants officiels des pays tiers et la légitime expression des souhaits ou appréhensions de leurs propres gouvernements ?

Le débat est vieux comme le monde et a même gagné en âpreté, avec l’irruption sur la scène du droit international public de la notion relativement nouvelle de devoir d’ingérence. Ce concept, qui invoque la nécessité de protéger des populations civiles menacées, ne fait guère l’unanimité pour autant. Ses applications les plus récentes, les expéditions militaires en Côte d’Ivoire et en Libye, n’ont pas échappé aux critiques, d’aucuns allant même jusqu’à dénoncer un impérialisme humanitaire d’autant plus haïssable, affirment-ils, qu’il se pare de nobles principes.

Cible privilégiée des deux axes occidental et syro-iranien qui s’affrontent dans la région, notre pays a longtemps figuré au cœur de la polémique, dans un étourdissant chassé-croisé d’ambassadeurs se comportant volontiers comme en terrain conquis. Par un juste retour des choses cependant, c’est en Syrie cette fois que le problème est posé, et de la plus brûlante des manières.

L’ambassadeur des États-Unis à Damas Robert Ford est, à l’évidence, un homme de terrain, tout le contraire d’un bureaucrate. En juillet dernier, il s’en allait dans la ville de Hama, encerclée par les chars, booster le moral d’une population en révolte, suivi d’ailleurs, dans son équipée, par son collègue français. Alors qu’il rendait visite jeudi à un des chefs de la contestation syrienne à Damas, son convoi était assailli à coups de pierres, de tomates, d’œufs, mais aussi de gourdin, par des partisans du régime. Le diplomate n’en était pas à sa première mésaventure damascène, les locaux de son ambassade ayant déjà été attaqués en effet par ces mêmes bandes de mauvais garçons, truands et autres repris de justice que recrute le régime et que l’on désigne par chabbiha.

Le vif échange d’accusations en cours entre Washington et Damas ne fait que perpétuer la controverse sur la diplomatie de mouvement. Pour les États-Unis, les autorités syriennes se livrent à une campagne d’intimidation contre le personnel diplomatique américain, violant en cela les dispositions de la convention de Vienne : à quoi les Syriens répondent en reprochant aux États-Unis d’inciter les groupes armés à exercer la violence contre les forces de l’ordre. Quoi qu’il en soit, et pour les Libanais plus que pour quiconque, la situation ne manque pas de piquant.


De tous les États en effet, la Syrie est le plus mal placé pour se plaindre des abus dont peuvent se rendre coupables les éminents hôtes étrangers. Sans même la moindre couverture diplomatique, elle n’a cessé, des décennies durant, d’interférer dans les affaires intérieures de son voisin libanais. Et de s’être résigné sur le tard à un échange d’ambassades avec Beyrouth n’a en rien altéré les vieilles manies du régime baassiste : le style policé, et même un tantinet doucereux de son représentant n’ayant aucune chance de travestir les prétentions autoritaires des hauts-commissaires d’antan.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Où s’arrête l’action diplomatique normale et commence l’ingérence étrangère ? Comment définir la frontière entre l’obligation de réserve à laquelle sont tenus les représentants officiels des pays tiers et la légitime expression des souhaits ou appréhensions de leurs propres gouvernements ?Le débat est vieux comme le monde et a même gagné en âpreté, avec l’irruption sur la scène du droit international public de la notion relativement nouvelle de devoir d’ingérence. Ce concept, qui invoque la nécessité de protéger des populations civiles menacées, ne fait guère l’unanimité pour autant. Ses applications les plus récentes, les expéditions militaires en Côte d’Ivoire et en Libye, n’ont pas échappé aux critiques, d’aucuns allant même jusqu’à dénoncer un impérialisme humanitaire d’autant...
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