C’est le (Nouveau) Monde à l’envers.
Il est fort rare en effet qu’une porte, aussi sublime soit-elle, soit interdite au patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient. Habitué du palais de l’Élysée, l’auguste personnage à la soutane noire ornée de pourpre figure aussi, généralement, parmi les hôtes de marque de la Maison-Blanche. Ce ne sera pas le cas cette fois pour Mgr Béchara Raï lors de sa prochaine tournée aux États-Unis : visite qui conservera un caractère strictement pastoral, l’administration américaine n’ayant guère apprécié les dernières déclarations publiques du patriarche, jugées favorables au régime de Damas, et s’étant abstenue, dès lors, de lui réserver tout programme de rencontres officielles. Devant le sommet religieux réuni à Dar el-Fatwa, le chef de l’Église maronite a bien entrepris d’expliciter les propos qu’il a tenus au président français Nicolas Sarkozy ; mais il est peu probable que les choses s’en trouveront arrangées pour autant.
En toute logique, Nagib Mikati, lui non plus, n’est pas trop en odeur de sainteté dans la capitale fédérale US. Non content de torpiller une majorité parlementaire libanaise choyée par l’Amérique, il est le chef d’un gouvernement passant pour être contrôlé, sinon dominé, par le Hezbollah. Voilà pourtant que Mikati passe plutôt honorablement le test de Washington, où il s’est entretenu notamment lundi avec la secrétaire d’État Hillary Clinton, en marge des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU.
Le Premier ministre ne pouvait échapper bien sûr aux avertissements, mises en garde et autres conseils appuyés que lui ont prodigués la patronne de la diplomatie américaine et son adjoint Jeffrey Feltman. L’Amérique, s’est-il entendu dire, continuera d’équiper l’armée régulière libanaise malgré les réticences du Congrès, mais encore faut-il veiller à ce que la milice ne se substitue pas à l’État. Le Liban doit respecter les sanctions économiques américaines décrétées contre la Syrie, faute de quoi celles-ci pourraient le frapper à son tour. La menace est à peine voilée et vise, de toute évidence, un secteur bancaire miraculeusement épargné par la crise mondiale, comme par la mauvaise santé dont souffre chroniquement le pays, mais que d’aucuns soupçonnent d’accueillir volontiers les capitaux fuyant la Syrie. À en croire les mauvaises langues, elle viserait jusqu’aux considérables intérêts commerciaux et financiers que détient le chef du gouvernement lui-même sur le sol américain.
Remarquable en revanche, car inattendu, est le coup de chapeau donné à la position avisée du Liban au Conseil de sécurité de l’ONU, où notre pays s’était distancié d’une déclaration présidentielle condamnant la brutalité de la répression en Syrie. Pas exactement inattendu, et bon néanmoins à entendre et réentendre est la détermination du Liban, proclamée à Washington par Mikati, à honorer la totalité de ses engagements internationaux, y compris l’obligation de contribuer au financement d’un Tribunal spécial que récuse vivement la tranche la plus agissante de son propre gouvernement. Ne serait-ce que pour avoir tranché de la sorte la question, le Premier ministre aura bien mérité son voyage à New York, où il s’adonnait hier aux diverses et prestigieuses activités découlant de l’actuelle présidence libanaise du Conseil de sécurité.
Les scènes de ménage qui l’attendent à son retour, et dont le général Michel Aoun donnait dès hier un virulent avant-goût, c’est une toute autre histoire.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Il est fort rare en effet qu’une porte, aussi sublime soit-elle, soit interdite au patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient. Habitué du palais de l’Élysée, l’auguste personnage à la soutane noire ornée de pourpre figure aussi, généralement, parmi les hôtes de marque de la Maison-Blanche. Ce ne sera pas le cas cette fois pour Mgr Béchara Raï lors de sa prochaine tournée aux États-Unis : visite qui conservera un caractère strictement pastoral, l’administration américaine n’ayant guère apprécié les dernières déclarations publiques du patriarche, jugées favorables au régime de Damas, et s’étant abstenue, dès lors, de lui réserver tout programme de rencontres officielles. Devant le sommet religieux réuni à Dar el-Fatwa, le chef de l’Église...


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