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Liban - En Dents De Scie

Hussein McGuinness

Trente-huitième semaine de 2011.
Il est partout.
En octobre 2010, le phytoplasme des amandiers l’inquiétait et il était déterminé à remplacer tous les arbres malades. Quelques mois plus tôt, en mai, il promettait que le Liban adhérera à la Convention sur le trafic international d’espèces animales menacées, après avoir annoncé l’importante création d’un comité pour la vie sauvage au sein de son département. En juin, toujours en 2010, il rappelait à tous ceux qui s’étaient employés à l’oublier que le Liban, qui a quasiment épuisé toutes ses ressources hydrauliques superficielles et souterraines, n’avait plus d’autre solution que la collecte de l’eau de pluie; que pour cela, la construction de barrages est incontournable. Pour cela, il avait adoré plancher sur l’utilisation des modèles mathématiques dans la gestion de ces eaux de pluie. Il n’oubliait pas pour autant, entre deux menaces de poursuites judiciaires contre les trafiquants de lait en provenance de Syrie, de présenter en Conseil des ministres la même semaine, étranger à toute politique politicienne, un projet de loi pour augmenter la production nationale de blé, d’orge, de lentilles et de pois chiches. La FAO souriait. Un mois plus tard, il affirmait aux apiculteurs en détresse et en rage qu’il allait les aider, mais qu’il refusait de lancer des appels d’offres pour l’achat de produits à leur intention par le biais d’importateurs locaux : la crédibilité de son ministère était sérieusement en jeu. En 2011, devant les oreilles satisfaites du CNRS, il insistait sur l’urgence d’une refonte de la pêche maritime, s’étranglant que les lois en vigueur n’aient pas été amendées depuis 1926. Sans oublier, encore, son combat pour une régulation très stricte de l’usage des pesticides. Tout cela, et bien plus encore, enveloppé jusqu’au moindre détail dans un plan quinquennal minutieux jusqu’à l’obsession et destiné à dynamiser l’agriculture libanaise, effectivement plus grand corps malade que jamais* et qu’il veut littéralement noyer de subventions.
Tout cela n’empêchait naturellement pas cet homme de payer presque au quotidien et scrupuleusement son dû au parti qui l’avait fait/vu grandir. En (très) bon débiteur : rubis sur l’ongle. Le Hezbollah ne remettra aucun membre du parti en TSL : c’était en octobre 2010 et c’était le minimum syndical. En 2007, il menaçait : l’opposition (dont le Hezb était à l’époque le fer de lance) ne permettra jamais que le Liban devienne le siège de la politique américaine au Moyen-Orient. Et il multipliait ces fameuses, ces fumeuses accusations de traîtrise, marque de fabrique d’un parti totalement à bout d’arguments : le mémorandum de Siniora (sur les combats de Nahr el-Bared adressé en octobre 2007 au patron de l’ONU, Ban Ki-moon), encore une façon de tirer sa force de l’étranger... Tout, terriblement répétitif, est à l’avenant. Sur le plan politique, cet homme est entièrement dédié à un projet hégémonique et létal : celui du mini-État du parti de Dieu, chargé de vampiriser l’État, de le transformer en pantin servile, et, au passage, de dynamiter l’identité, la nature et la culture, aussi branlantes soient-elles, d’un Liban message, d’un Liban trait d’union, d’un Liban pont entre deux rives, d’un Liban ouvert à tous les mondes, éden (théorique) de pluralisme, d’acceptation de l’autre et de convivialité.
Hussein Hajj Hassan.
Hussein Hajj Hassan est un paradoxe absolu. Une bizarrerie folle.
Contrairement à une grande majorité d’ex-ministres du 14 Mars et à la quasi-totalité de ses actuels collègues aounistes (Gebran Bassil et son poujadisme mégalomaniaque, Nicolas Sehnaoui et ses grandguignolades, Charbel Nahas et ses hérésies, Gaby Layoun furieusement hors sujet, etc.), contrairement à presque tous ses colistiers (Nawwaf Moussawi fanatiquement idéologue, Mohammad Raad férocement intolérant, Hassan Fadlallah dangereusement manipulateur...) et contrairement, en général, à une très grande partie de ces hommes prétendument (dé)voués à la chose publique au Liban, Hussein Hajj Hassan incarne à lui seul deux des valeurs les plus rares qui soient dans ce pays : il est ultracompétent et il sert exclusivement, sur le plan technique et professionnel, les intérêts du Liban et des agriculteurs libanais. Ce service est assuré de la façon la plus civilisée, la plus moderne qui soit, la plus, toutes proportions gardées, occidentale ; axé sur la scientificité, la technicité, la compétence, l’équité et la probité (aucun individu, aucun pôle du monde agricole non Hezbollah ou non chiite ne s’est jamais plaint du moindre favoritisme), c’est quasiment du jamais-vu depuis des décennies. Son seul défaut ? Il travaille trop ; aucun de ses successeurs ou presque ne pourra mener à bien ses engagements. Ce constat est celui d’un député qui le connaît et le fréquente depuis des années, un député appartenant à une formation aux antipodes du Hezbollah.
À côté de cela, lorsqu’il ne s’agit plus de gérer son ministère, lorsqu’il ne s’agit plus d’agriculture (ou de n’importe quel portefeuille : il aurait probablement été aussi compétent), lorsque le présent et surtout l’avenir du Liban en tant que tel sont en jeu, Hussein Hajj Hassan se métamorphose illico en un milicien pur et dur. Tout est là. Tout est dit. Et ses faits d’armes glorieux en son ministère très vite oubliés. Risibles – même si tous ses adversaires politiques admettent qu’il est le plus Libanais de tous. Le moins perse.
Le climax de la schizophrénie politique : est-ce qu’un fidèle commis de l’État peut être aussi un milicien convaincu ? Oui : Hussein Hajj Hassan en donne la preuve tous les jours.
C’est dommage. Extrêmement dommage.
Il serait pourtant fort inspiré de parler avec Martin McGuinness. Cacique de l’IRA (il était chef d’état-major de 1979 à 1982), cet Irlandais est passé des armes à la politique pure : le voilà aujourd’hui candidat du Sinn Féin pour la prochaine élection présidentielle en Irlande.
Si le Hezbollah a une (infime) chance de se sinn féiniser, Hussein Hajj Hassan est pratiquement le seul à pouvoir l’incarner.

* Lire l’interview accordée par Hussein Hajj Hassan à Rana Andraos dans l’édition du 5 août 2011 de L’Orient-Le Jour.
Trente-huitième semaine de 2011.Il est partout.En octobre 2010, le phytoplasme des amandiers l’inquiétait et il était déterminé à remplacer tous les arbres malades. Quelques mois plus tôt, en mai, il promettait que le Liban adhérera à la Convention sur le trafic international d’espèces animales menacées, après avoir annoncé l’importante création d’un comité pour la vie sauvage au sein de son département. En juin, toujours en 2010, il rappelait à tous ceux qui s’étaient employés à l’oublier que le Liban, qui a quasiment épuisé toutes ses ressources hydrauliques superficielles et souterraines, n’avait plus d’autre solution que la collecte de l’eau de pluie; que pour cela, la construction de barrages est incontournable. Pour cela, il avait adoré plancher sur l’utilisation des modèles...
commentaires (6)

Le Ministre Hussein Hajj Hassan s'est avéré être de loin le meilleur Ministre des cinq ou six dernières années. Son second est encore un Ministre du Hezbollah. Pour ces deux Ministères, on doit tirer le chapeau au Hezbollah, car ils sont aussi les seuls où il n'y a pas de chapardage. Félicitations au Hezb et à ses deux Ministres. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

04 h 10, le 25 septembre 2011

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Commentaires (6)

  • Le Ministre Hussein Hajj Hassan s'est avéré être de loin le meilleur Ministre des cinq ou six dernières années. Son second est encore un Ministre du Hezbollah. Pour ces deux Ministères, on doit tirer le chapeau au Hezbollah, car ils sont aussi les seuls où il n'y a pas de chapardage. Félicitations au Hezb et à ses deux Ministres. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    04 h 10, le 25 septembre 2011

  • - - Kamel , tes paroles élégantes t'honorent et sont une leçon à d'autres ICI et ailleurs , qui se sont permis d'insulter un homme exceptionnel comme le Patriarche , qui ne cherche qu'à rassembler les Libanais , et non de les diviser , en se rendant partout dans les 4 coins du pays , comme personne ne l'a déjà fait , et surtout , comme tu le dis , à Cana , ville martyre et mille fois sainte , citée plusieurs fois dans la bible et dans l'évangile , pour la simple raison , que c'est dans cette ville du Liban , que le Christ Jésus a multiplié le pain et le vin ... Je te souhaite un très bon W.E , et aussi comme on dit chez nous , un Bon Dimanche . PS : Si toi tu est seulement croyant , personnellement , je suis croyant et pratiquant . Sache enfin , que c'est bien avec des gens comme nous , que le Liban pourra espérer renaître un jour de ces cendres .

    JABBOUR André

    07 h 24, le 24 septembre 2011

  • A toi aussi André bon week end, je suivrai tes conseils de grand frère et observerai la suite des événements qui semblent te donner de plus en plus raison dans ton match prévision 2013. Et si Antoine Sabbagha me le permet, en toute amitié, ce que je vois aujourd'hui se dérouler sous mes yeux, la visite du Patriarche au sud Liban meurtrie par l'occupation criminelle d'israel, me donne à penser qu'en pays original, le Liban est (re)devenu le pays miracle. Je vais vous dire pourquoi, je ne suis pas pratiquant , bien que croyant , mais cette visite m'a donnée envi de m'agenouiller les mains jointes face à ce Grand Homme et prier Dieu de lui donner longue vie afn que les générations futures aient le temps de prendre le relais de son auguste ACTION.

    Jaber Kamel

    06 h 23, le 24 septembre 2011

  • Hussein Hajj Hassan un ministre original pour un pays original ou entre la fertilité de la terre et la fertilité des esprits il faudra toujours rêver de l' impossible pour régner en parti pourquoi pas unique dans un territoire digne entièrement d 'entrer dans le livre des records et pour un peuple si passif . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    05 h 01, le 24 septembre 2011

  • - - Cher Kamel , je te trouve un peu dur avec Z.M . Tu dois savoir que les journalistes engagés existent ! il en est un , et c'est bien comme ça . Le temps finira par arranger les choses et rectifier le tir , comme c'est le cas actuellement avec toutes les personnes qui se sont offusquées et se sont acharnées médiatiquement contre le Patriarche et ses propos Parisiens ! D'ailleurs il y en avait un paquet de ceux là hier à Bkérké chez le Patriarche , qui ont répondu à sa " convocation " et non invitation , sans oublier l'ambassadeur d'un grand pays AMI , qui s'est rattrapé après ses déclarations osées à l'égard du Patriarche , en le visitant à Bkérké , après avoir sollicité un RDV pour présenter ses excuses . Bonne journée Kamel .

    JABBOUR André

    04 h 49, le 24 septembre 2011

  • Depuis l'agression caractérisée de Mr Makhoul sur la personne du Patriarche Rai, j'ai décidé de lire tous ses articles. Non pas qu'ils me plaisent particulièrement, loin de là, mais le style corrosif m'interpelle un peu. Dans celui ci, la valse qu'il nous fait entre un ministre qu'il ne juge pas sur ses compétences et un résistant de la 1ère heure qu'il dénigre en 1ere instance, comme à ses habitudes, le lecteur rsete un peu perdu. On dit qu'en général on doit accepter un homme multicellulaire dans sa globalité, avec ses qualités et ses défauts, acceptons l'auteur de ces lignes déjà dans ses défauts, pour les qualités attendons un peu d'y voir plus clair.

    Jaber Kamel

    04 h 28, le 24 septembre 2011

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