Rechercher
Rechercher

À La Une - En Toute Liberté

Imprudence et impudence

« Il faut donner sa chance à Bachar el-Assad. » Prononcée par le patriarche Raï, la phrase a choqué. Faut-il donc donner sa chance à la dictature du Baas ? Faut-il donner sa chance au loup ? Faut-il le dire ?
Tout laisse croire que le patriarche a été, une fois de plus, imprudent. Plutôt que de se confiner à des généralités et de garder confidentielles les paroles échangées avec ses hôtes français, le voici confiant à une presse qui ignore les nuances, le fond de sa pensée.
Imprudent, il l’avait été une fois déjà, à l’époque où il était évêque. Il avait alors menacé d’excommunication tous ceux qui offenseraient le patriarche, et en sa personne le patriarcat, en public. Son avertissement avait été très mal reçu.
Mgr Raï avait eu, à l’époque, le tort de s’adresser à une opinion qui ne sait plus distinguer le sacré du profane. Aujourd’hui, il a eu le tort de parler ouvertement à une presse qui, selon son propre avis, est « superficielle », en ce sens qu’elle ignore ce que la cacophonie médiatique a d’effet destructeur sur le lien social et la conscience des Libanais. Et sur les relations entre les communautés.
Pourtant sur le fond, les positions du patriarche et des autorités françaises ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Dans les déclarations écrites qu’il a prononcées au Sénat et au Parlement français, Mgr Raï a affirmé redouter, pour les chrétiens, les conséquences d’une « guerre civile » en Syrie, l’arrivée des « extrémistes » et l’émiettement de la région en entités ethniques ou confessionnelles. En échange, il a proposé le modèle pluraliste et l’État civil, comprendre laïc, marqué par la séparation entre la religion et l’État. La France ne dit pas autre chose.
Hélas, dans ses déclarations publiques, improvisées et décousues de par leur nature même, puisqu’elles répondent à des questions venues de divers horizons, il n’a pas su le dire aussi complètement et rationnellement. D’où les énormités répercutées par les médias. En somme, le patriarche a réussi à l’écrit, mais il a échoué à l’oral. Comment, d’ailleurs, ne pas commettre d’erreur quand on se montre si prolixe ? Et comment ne pas secrètement se dire qu’avec l’élection du patriarche Raï, on a perdu un excellent évêque, mais qu’on n’a pas encore gagné un aussi bon patriarche ?
Il est d’autant plus pénible qu’après cette imprudence, nous ayons à souffrir l’impudence d’un pays ami et à entendre les autorités françaises reprocher au patriarche, dans un texte écrit lu par Denis Pietton, de n’avoir pas « paru reprendre les messages que les autorités françaises lui ont communiqués ». En somme, la France pense que le patriarche Raï « n’a pas retenu sa leçon », ou alors « il ne l’a pas bien récitée ». Bel exemple d’impudence diplomatique.
Versons une larme sur la déception de la France et pleurons sur la période où le président Sarkozy donnait lui-même « une chance à Assad » en envoyant Bernard Kouchner et Claude Guéant gesticuler ici et là, en accordant au chef de l’État syrien accès à la tribune d’honneur, durant la parade du 14 Juillet, et en lui offrant de maintes façons, sur un plateau d’argent, son come-back sur la scène libanaise. On en garde un souvenir ému : une ambassade.
Personne n’a donné, à l’époque, de leçon au donneur de leçons français. On a eu confiance, on a laissé faire. Il ne s’est même pas excusé de s’être trompé, pas plus que les Américains ne l’ont fait en accordant à Damas une tutelle sur le Liban. Mais c’est eux qui reprochent aujourd’hui au patriarche de vouloir accorder une chance aux réformes, c’est-à-dire une chance de voir le régime du parti unique s’effondrer pacifiquement, sans que sa chute ne se traduise par un nouvel exode vers le Liban, celui des chrétiens de Syrie.
Excusez-nous d’exister.
« Il faut donner sa chance à Bachar el-Assad. » Prononcée par le patriarche Raï, la phrase a choqué. Faut-il donc donner sa chance à la dictature du Baas ? Faut-il donner sa chance au loup ? Faut-il le dire ?Tout laisse croire que le patriarche a été, une fois de plus, imprudent. Plutôt que de se confiner à des généralités et de garder confidentielles les paroles échangées avec ses hôtes français, le voici confiant à une presse qui ignore les nuances, le fond de sa pensée.Imprudent, il l’avait été une fois déjà, à l’époque où il était évêque. Il avait alors menacé d’excommunication tous ceux qui offenseraient le patriarche, et en sa personne le patriarcat, en public. Son avertissement avait été très mal reçu.Mgr Raï avait eu, à l’époque, le tort de s’adresser à une opinion qui ne sait...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut