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À La Une - Correspondance

La force tranquille du design danois

La semaine du design international (du 1er au 6 septembre) qui vient de se clôturer à Copenhague a mis en évidence la force tranquille du design nordique, danois en particulier. Un design esthétique, certes, aux formes et aux lignes pures mais, par-dessus tout, fonctionnel, démocratique, visant à répondre à une demande sociétale. Un design qui veut participer à l’élaboration de solutions pour certains grands problèmes du monde contemporain : pollution, pauvreté, manque de ressources, gaspillage d’énergie... Et qui met les moyens pour le faire.

Le nouvel opéra de Copenhague ou a eu lieu la remise du prix Index, un bel exemple d’architecture et de design danois signé Henning Larsen. (DR)

COPENHAGUE, de Zéna ZALZAL

De la batterie en forme de soucoupe colorée à accrocher sur la roue arrière de son vélo pour l’alimenter en énergie et le transformer, si besoin est, en vélomoteur au... cercueil en carton recyclé qui épargne autant les portefeuilles que les arbres des forêts, le design «écolo» était bien présent à Copenhague à côté des multiples autres variantes du genre. La fonctionnalité nordique est bien sûr prépondérante ici, comme l’illustre, par exemple, ce miroir lumineux ovale convertible, une fois ouvert, en table à repasser. Mais si les lignes sont toujours simples, les formes épurées, la surcharge ornementale abolie et l’élégance discrète de mise, la fantaisie et le côté ludique s’invitent aussi souvent dans ces créations de design nordique (corbeilles à fruits sous formes de suspensions élastiques, paravents en carton dur modulables en table ou tabouret), aux côtés, bien évidement, de la technologie de pointe renommée des pays scandinaves.

« Eco-friendly »
Capitale écologique par excellence, Copenhague, qui vise à devenir en 2025 la première ville de la planète neutre en CO2 – en favorisant, entre autres, l’utilisation du vélo comme mode de transport quotidien grâce à une politique urbaine appropriée et des voies spécialement tracées pour les cyclistes – est aussi incontestablement l’une des grandes capitales du design. Preuve que la préservation de l’environnement et la production d’objets ne sont pas nécessairement antinomiques. Cette cité nordique, au calme et à la simplicité pouvant lui conférer de prime abord un aspect étonnamment désuet, cache dans ses quartiers, ses maisons, l’esprit de ses citoyens, un goût pour l’innovation résolument tourné vers le bien-être du plus grand nombre.
Il y a sans doute un déterminisme climatique – ces longs mois d’hiver passés en intérieur – qui incite les designers danois depuis les années 30-40 et les créateurs stars comme Nanna Ditzel, Arni Jacobsen ou encore Poul Henningsen jusqu’à nos jours, à privilégier le «beau, le simple et l’utile» dans les habitats et aménagements publics.

L’art du mieux produire
Cette tradition de minimalisme et de fonctionnalité, les jeunes designers héritiers de l’école danoise continuent à la respecter aujourd’hui en l’adaptant aux nouveaux objets de la vie contemporaine (portables, ordinateurs, etc.) tout en cherchant à faire évoluer le design d’un art du «mieux vivre» en un art du «mieux produire».
L’économie des ressources naturelles, le recyclage, l’usage des énergies renouvelables ainsi que la création d’objets et de projets destinés non plus prioritairement aux individus, mais à des collectivités et des communautés de personnes, sont ainsi au cœur de leurs projets, comme on a pu le constater au cours de cette semaine du design de Copenhague, placée d’ailleurs sous l’intitulé «Think Human» ou pensez à l’être humain.
Une semaine vécue sur un rythme certes moins glamoureusement effréné que Milan – haut lieu du design italien concurrent – mais à une cadence d’une paisible fermeté permettant une vision en profondeur des objectifs du design au Danemark. Retour sur quelques points forts d’un parcours design en tout genre.
La cérémonie de remise du Index Award (dont on vous avait déjà parlé dans l’édition du lundi 5 septembre) a donné le coup d’envoi et le « ton » général de la semaine du design de Copenhague. En récompensant le design à motivation humaine, sinon humanitaire, ce prix – au montant important de 500 000 euros réparti à égalité entre les cinq lauréats des cinq catégories suivantes : Body, Home, Work, Leisure et Community – marque l’avènement d’une ère nouvelle du design, en tant que production d’objets ou de projets répondant à une demande humaine plutôt qu’à celle de l’industrie.
Dans cet esprit, outre les 5 projets primés, les 60 autres sélectionnés dans le cadre du prix Index – au concours duquel avaient participé, rappelons-le, un millier de designers de 37 pays – ont fait l’objet d’une exposition à ciel ouvert (mais dans des vitrines) près du port intitulée « Think Human », déroulant un panel de solutions design imaginés par les concourants pour la résolution de toutes sortes de défis du monde contemporain : de l’analphabétisme à la production d’énergie...
En matière de modes de production et d’économie de ressources, outre les débats de spécialistes tenus au Centre de design danois (qui sert de vitrine du design danois et de lieu de rencontre et de brassage d’idées pour le design industriel) une sympathique installation sur la place centrale de l’hôtel de ville exposait, démonstration à l’appui, les efforts nécessaires à l’extraction de l’énergie. Constituée de vélos fixes, reliés à des sortes d’éprouvettes géantes illustrant le pompage de l’eau en fonction de l’intensité de pédalage, cette installation mise à la disposition des passants, comme une animation ludique, offrait en réalité un excellent argument de sensibilisation à la non dilapidation au quotidien des ressources énergétiques et naturelles, si difficiles à produire !

Design profitable à l’humain
Dans ce même esprit de sensibilisation et de pédagogie, la semaine du design de Copenhague aura abordé dans ses rencontres tenues au Centre national d’architecture les différentes initiatives que la capitale danoise a mises en application pour rendre la vie de la cité meilleure (aménagement urbain adapté, pistes cyclables, nouveaux système de traitement des déchets...). Elle a également présenté plusieurs expositions, traitant notamment d’histoires de design profitables au plus grand nombre: «Think Stories». Comme celle, par exemple, de la reconversion de bicyclettes danoises usagées en... ambulances et vélos-cargos pour la Tanzanie. Une initiative qui répond, d’une part, à un besoin économique et social dans ce pays tout en offrant, d’autre part, des perspectives commerciales et, par là, des créations d’emplois au Danemark.
La récupération, le recyclage et la réadaptation des objets et matériaux déjà utilisés ont aussi fait l’objet d’une intéressante exposition estudiantine intitulée « Think Twice », montrant à travers un panel de créations d’étudiants en architecture les deuxièmes vies que peuvent avoir la plupart des objets de notre quotidien.

L’icônique « Seven » d’Arne Jacobsen
Exposition estudiantine également consacrée à la pièce maîtresse de tout ameublement : la chaise. Les étudiants de l’Université d’architecture de Copenhague, chargés de créer «une chaise par semaine », en ont exploré les différentes variations de forme, de matériaux et de textiles...
Ils se sont aussi bien évidement attaqués à la réinterprétation ou plutôt la customisation de la chaise «Seven » du célèbre Arne Jacobsen (vendue à plus de 8 millions d’exemplaires jusqu’à aujourd’hui) qui reste, 50 ans plus tard, l’icône incontestable et éternelle du genre.
Bien sûr dans un événement similaire, le volet commercial ne pouvait être ignoré. Des parcours de galeries en ville aux showrooms aménagés, autant sur les docks du port que dans les pavillons d’exposition, la foire « Index 11 » exposait les grandes marques du design nordique: Normann, Fritz Hansen, Hay, Vola... Et ses nouveaux designers stars : Mad Kjøller Damikjaer (luminaires), Ole Jensen (objets maison), Hensen Larsen ou encore Thomas Pedersen... Sans compter les thématiques mettant en relief les grands succès du design, à l’instar de «Still Light» proposant une sélection des 100 meilleurs luminaires danois, de « Wind Mills » consacrée aux éoliennes ou encore de l’installation au Cita (Center for IT and Architecture), explorant les points de jonctions entre l’architecture, le design et les technologies digitales...
En conclusion, l’on retiendra de cette semaine du design de Copenhague la volonté d’évolution du design nordique vers des créations de plus en plus «eco-friendly », bons pour la planète et ses habitants. «Si le design ne peut évidemment pas résoudre les problèmes du monde contemporain, il peut néanmoins y contribuer ». Ce motus, les designers danois l’ont fait sien. Et ils l’appliquent en envisageant différemment les procédés de fabrication. En instaurant une nouvelle manière de réfléchir aux implications sociétales et à l’interaction entre les désirs individuels et les besoins globaux du développement durable, ces designers-là s’acheminent vers une nouvelle manière de façonner l’avenir du monde.
COPENHAGUE, de Zéna ZALZAL De la batterie en forme de soucoupe colorée à accrocher sur la roue arrière de son vélo pour l’alimenter en énergie et le transformer, si besoin est, en vélomoteur au... cercueil en carton recyclé qui épargne autant les portefeuilles que les arbres des forêts, le design «écolo» était bien présent à Copenhague à côté des multiples autres variantes du genre. La fonctionnalité nordique est bien sûr prépondérante ici, comme l’illustre, par exemple, ce miroir lumineux ovale convertible, une fois ouvert, en table à repasser. Mais si les lignes sont toujours simples, les formes épurées, la surcharge ornementale abolie et l’élégance discrète de mise, la fantaisie et le côté ludique s’invitent aussi souvent dans ces créations de design nordique (corbeilles à fruits sous formes de...
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