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Géométrie variable

On est naturellement libre de croire ou pas à la culpabilité du général à la retraite Fayez Karam, un des dirigeants du Courant patriotique libre, condamné par le tribunal militaire pour contacts avec l’ennemi israélien.

 

Convaincu ou bien sceptique, on peut tout aussi bien s’interroger sur la rare clémence dont a fait montre cette juridiction envers un ancien gradé : trois ans de prison ramenés à deux, dans un pays où le crime d’intelligence avec Israël est pourtant passible de sanctions exceptionnellement sévères, pouvant aller jusqu’à la détention à perpétuité et même à la peine capitale, dans les cas où la trahison aurait entraîné mort d’homme. Cette même et fort surprenante indulgence est d’ailleurs vue par les amis de Karam comme la preuve a contrario de son innocence, deux ans de prison étant trop peu pour un coupable avéré, mais beaucoup trop pour l’infortunée victime d’une sombre machination visant le CPL et son chef, le général Michel Aoun.

 

Pour ceux qui ne s’en laissent pas conter, la relative douceur de la sentence serait, à l’inverse, le résultat de pressions occultes exercées sur le tribunal militaire par un Hezbollah actuellement tout-puissant volant au secours de ses alliés du CPL, qui lui assurent une précieuse couverture chrétienne. Une telle éventualité ne manquerait pas de piquant, la milice chiite n’ayant cessé ces dernières années, en effet, de réclamer le châtiment de la corde pour toute personne convaincue d’intelligence avec Israël, et qui observe sur la question un assourdissant silence.

 

Autre matière à vive polémique : la volatilisation des enregistrements des aveux qu’a faits Karam durant son interrogatoire. Le service de renseignements des Forces de sécurité intérieure affirme avoir détruit ces bandes magnétiques que rendait désormais inutile la déposition signée du prévenu : étant entendu que selon la loi libanaise, l’accusation n’est nullement tenue de produire de telles pièces devant le tribunal. À cette thèse, le CPL répond en accusant ce service d’avoir arraché lesdits aveux sous la pression, abus qui devrait apparaître à l’audition de ces bandes.


Quoi qu’il en soit, et sans préjuger une fois de plus du bien-fondé du verdict, reste à relever deux et insupportables outrances dans la démarche des contestataires. La première a pour nom arrogance, et elle consiste, pour un quelconque groupe – politique soit-il ou socioculturel – à se prétendre absolument imperméable aux infiltrations ennemies : précisément le genre de rodomontades auxquelles se livrent présomptueusement, de concert, le Hezbollah et le courant aouniste. Or les machiavéliques exploits des services israéliens dans les divers pays arabes sont proverbiaux, l’espion Elie Cohen parvenant même, au milieu des années soixante, à se glisser dans les plus hautes sphères du pouvoir syrien de l’époque. Nombre d’organisations de résistance palestiniennes ont été notoirement noyautées ; et la centaine d’arrestations opérées ces dernières années (et dont on doit la plupart aux mêmes FSI décriées nuit et jour par le 8 Mars) ont montré que les traîtres se recrutaient dans tous les milieux et toutes les communautés, et que les brebis galeuses ne sont l’apanage d’aucune.


Non moins pénible que l’immodestie est l’inconséquence, laquelle porte à dire, sans ciller, la chose et son contraire. À l’instar du Hezbollah, le CPL ne voit dans le Tribunal spécial pour le Liban que l’instrument d’un complot israélo-américain. Il insiste, dès lors, pour que l’assassinat de Rafic Hariri, et toutes les affaires y afférentes, soient du ressort de la justice locale. Celle-là même qu’on savait fort vulnérable pourtant aux pressions et menaces, ce qui commandait le recours à la justice internationale. Celle-là contre laquelle s’insurgent maintenant ces éternels insatisfaits. La justice divine trouverait-elle, par hasard, grâce à leurs yeux ?

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

On est naturellement libre de croire ou pas à la culpabilité du général à la retraite Fayez Karam, un des dirigeants du Courant patriotique libre, condamné par le tribunal militaire pour contacts avec l’ennemi israélien.
 
Convaincu ou bien sceptique, on peut tout aussi bien s’interroger sur la rare clémence dont a fait montre cette juridiction envers un ancien gradé : trois ans de prison ramenés à deux, dans un pays où le crime d’intelligence avec Israël est pourtant passible de sanctions exceptionnellement sévères, pouvant aller jusqu’à la détention à perpétuité et même à la peine capitale, dans les cas où la trahison aurait entraîné mort d’homme. Cette même et fort surprenante indulgence est d’ailleurs vue par les amis de Karam comme la preuve a contrario de son innocence, deux ans de prison...