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Liban - En Dents De Scie

Grand mamamouchi

Trente-cinquième semaine de 2011.
Ce n’est pas un hasard si Ahmet Davetoglu donnait à lire à ses étudiants en sciences politiques à la fois Ibn Khaldun et Machiavel : si l’Arabe et le Florentin avaient adopté un enfant et l’avaient élevé ensemble, il serait devenu Ahmet Davetoglu.
L’hallucinant ministre turc des Affaires étrangères est éminemment ottoman. S’il pouvait, il recréerait l’Empire hectare par hectare. Porte après Porte. Il l’étendrait : au-delà de Sarajevo, jusqu’à Kaboul ; au-delà de Tunis, jusqu’à Pretoria et Brasilia. Et plus loin encore. Il s’introniserait bien sûr sultan suprême de Téhéran et de Jérusalem. Quant à Bruxelles, il la laisserait vivoter. Doucement. Sauf qu’il ne peut pas. Alors il reconquiert diplomatiquement.
Un enfant d’éléphant : la Turquie du IIIe millénaire, c’est lui qui en jette jour après jour les bases, c’est lui qui la dessine, il en est l’incontesté architecte, en coulisse d’abord, partout ensuite. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, n’en est que la vitrine, entre coups d’éclat un peu incongrus et sondages d’opinion plutôt bling bling. Ce n’est pas pour rien qu’il appelle son Ahmet hodja. Maître.
La Turquie de Davetoglu est aujourd’hui l’idole de la rue arabe, grâce notamment à la bêtise criminelle de Benjamin Netanyahu et à l’immense dam des Khamenei, Ahmadinejad et autres Nasrallah. Sélim Hoss n’a pas tort quand il dit que quoi qu’il arrive aux quatre coins d’un planétoïde arabo-musulman en pleine réécriture, la cause palestinienne restera comme la plus urgente, la plus immédiate, la plus vendeuse en termes de marketing. En expulsant très provisoirement et très intelligemment l’ambassadeur israélien (les Égyptiens en bavent de jalousie...), et en autorisant le même jour, presque à la même heure, le déploiement du bouclier antimissile de l’OTAN sur son territoire, la Turquie de Davetoglu enchante le Hamas, horrifie l’Iran, ravit Obama, agace au plus haut point Moscou... Et dore davantage encore sa robe d’héroïne : désormais, elle éblouit les masses arabes.
Surtout le peuple syrien.
Plus personne aujourd’hui, de Casablanca à Islamabad en passant par Le Caire et Riyad, ne peut soupçonner Ankara de ne pas défendre la Cause. Et c’est auréolée jusqu’aux cieux de cet indispensable statut que la Turquie de Davetoglu va aider ces hommes, ces femmes, ces enfants et ces vieillards de Syrie à aller de l’avant et à dynamiter le régime baassiste. Tôt ou tard. D’une manière ou d’une autre. Parce que, pour ces victimes expiatoires, la solution ne peut venir que du Nord. Que de la Turquie de Davetoglu : la Chine pense déjà à autre chose; l’Afrique du Sud va sûrement finir par voir dans la barbarie du gang Assad une nouvelle forme, inouïe, d’apartheid ; comme des jouvencelles effarouchées, l’Iran, et avec lui son Hezbollah, prennent langue avec des opposants syriens, à Paris ou à Beyrouth, sans qu’al-Manar ne juge bon de rapporter l’info ; la Ligue arabe fait ce qu’elle peut, c’est-à-dire quasiment rien, et l’Occident, toujours menotté au Conseil de sécurité par le veto d’une Russie de plus en plus coincée pourtant, agit de ce qu’il estime être son mieux, sans réduire aucunement les bains de sang quotidiens en Syrie.
Ahmet Davetoglu est heureux : sa Turquie a les mains libres. Son ami Fouad Siniora, qu’il a reçu la semaine dernière, a certainement dû l’écouter avec beaucoup d’intérêt.
Parce qu’il ne reste qu’un os. Le Liban. Pendant quelques secondes, régulièrement, surtout quand ils écoutent Adnane Mansour, leur chef de la diplomatie mais en réalité le ministre des AE du mini-État du Hezbollah (on a les Talleyrand qu’on mérite...), pérorer sur une chaîne de télévision satellitaire en clone de Bouthaïna Chaabane encore plus féroce que l’originale, et quand ils pensent à Ahmet Davetoglu ou à Alain Juppé, les Libanais ont une envie fugace mais incoercible de retour galopant d’occupation ottomane ou de mandat français. L’absolue nécessité d’en finir avec une diplomatie libanaise métastasée jusqu’à la moelle, anschlussée par Damas et Téhéran, l’absolue nécessité d’installer au palais Bustros un nouveau Fouad Boutros, ces urgences rabâchées jusqu’à l’ennui jour après jour dans les ministères du globe, dans les cénacles, dans les salons et dans ces mêmes colonnes n’ont jamais été aussi primordiales maintenant que le Liban va présider pendant un mois le Conseil de sécurité de l’ONU.
L’ambassadeur du Liban au Palais de Verre a beau être l’indispensable Nawaf Salam, il prend ses directives de Adnane Mansour. Lequel est censé répercuter celles du Conseil des ministres, chapeauté par le tandem Sleiman-Mikati.
Et c’est là qu’un vocable du XXIe siècle, issu d’un idiome planétaire, prend toute sa valeur, toute son ampleur : LOL. Un mot que même Ahmet Davetoglu, né un 26 février 1959 à Tachkent, comprend et désormais utilise.
Que le gouvernement Mikati en général et la clique négationniste du 8 Mars en particulier aient choisis de s’embourber dans les bas-fonds de l’histoire en regardant mourir le peuple d’un pays qu’ils continuent d’appeler la Syrie sœur ne regarde finalement qu’eux.
Mais qu’(au moins) ils ferment leur gueule. Ou qu’ils démissionnent. Ou qu’ils embauchent Ahmet Davetoglu.
Trente-cinquième semaine de 2011.Ce n’est pas un hasard si Ahmet Davetoglu donnait à lire à ses étudiants en sciences politiques à la fois Ibn Khaldun et Machiavel : si l’Arabe et le Florentin avaient adopté un enfant et l’avaient élevé ensemble, il serait devenu Ahmet Davetoglu. L’hallucinant ministre turc des Affaires étrangères est éminemment ottoman. S’il pouvait, il recréerait l’Empire hectare par hectare. Porte après Porte. Il l’étendrait : au-delà de Sarajevo, jusqu’à Kaboul ; au-delà de Tunis, jusqu’à Pretoria et Brasilia. Et plus loin encore. Il s’introniserait bien sûr sultan suprême de Téhéran et de Jérusalem. Quant à Bruxelles, il la laisserait vivoter. Doucement. Sauf qu’il ne peut pas. Alors il reconquiert diplomatiquement. Un enfant d’éléphant : la Turquie du IIIe...
commentaires (11)

On verra bien ce qu'il restera de cette analyse "stratosphérique" lorsque l'économie turque, tellement célébrée, se sera effondrée dans moins d'un trimestre et que le livre turque plongera dans les abysses. Il ne restera à Amet Davotouglu que les yeux pour pleurer sur l'échec final de sa mégalomanie. Car, ce régime monté sur un vaste bluff, va devoir déclarer ouvertement la fuite en avant de sa banque centrale, déversant sur le marché des milliards de dollars comme d'autres jouent la bourse à découvert. Quand il va falloir rembourser, la Turquie va faire la danse du ventre devant le FMI pour sauver les meubles sans le pouvoir (elle ne peut pas appeler l'Europe à son secours) et le régime islamiste le sachant, organise une embrouille palestinienne pour tenter d'échapper à son effondrement. Quant à la marine turque sur les rivages de Gaza, laissez-moi rire ! Face à la puissance d'Israël, la Turquie, membre de l'Otan, perdra en une matinée sa collection de vieux rafiots, mettra en péril son occupation de Chypre et redeviendra en un mois l'"homme malade" mais cette fois-ci du monde sunnite. En Europe, il y a longtemps qu'elle joue le réceptif touristique de bas de gamme

Henri Canan

02 h 52, le 04 septembre 2011

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Commentaires (11)

  • On verra bien ce qu'il restera de cette analyse "stratosphérique" lorsque l'économie turque, tellement célébrée, se sera effondrée dans moins d'un trimestre et que le livre turque plongera dans les abysses. Il ne restera à Amet Davotouglu que les yeux pour pleurer sur l'échec final de sa mégalomanie. Car, ce régime monté sur un vaste bluff, va devoir déclarer ouvertement la fuite en avant de sa banque centrale, déversant sur le marché des milliards de dollars comme d'autres jouent la bourse à découvert. Quand il va falloir rembourser, la Turquie va faire la danse du ventre devant le FMI pour sauver les meubles sans le pouvoir (elle ne peut pas appeler l'Europe à son secours) et le régime islamiste le sachant, organise une embrouille palestinienne pour tenter d'échapper à son effondrement. Quant à la marine turque sur les rivages de Gaza, laissez-moi rire ! Face à la puissance d'Israël, la Turquie, membre de l'Otan, perdra en une matinée sa collection de vieux rafiots, mettra en péril son occupation de Chypre et redeviendra en un mois l'"homme malade" mais cette fois-ci du monde sunnite. En Europe, il y a longtemps qu'elle joue le réceptif touristique de bas de gamme

    Henri Canan

    02 h 52, le 04 septembre 2011

  • Je dirai que Anastase a bien raison de dire que l'Europe ne voudra ni lâcher les gisements de pétrole, ni accepter la Tuquie dans son club privé, et c'est pour ça que ce pays se débat dans son corset pour trouver un équilibre de funambule entre l'occident qui le rejette et un orient qui attend beaucoup de lui , peut être un peu trop. A mon avis,et si celui ci peut compter, il serait plus profitable à la Turquie de se concentrer sur son pan oriental, où elle impressionne encore les attardés que de se lancer dans l'avanturisme européen où on ne lui laissera aucune chance de survie en tant que tel.

    Kamel Jaber

    12 h 58, le 03 septembre 2011

  • Mr. Tsiris, Il y en a marre de vouloir faire du Liban le "fer de lance " du projet de destruction d'Israël...nous en avons assez comme cela....Ceux qui veulent faire les intérêts des étrangers dans notre pays ont une appellation claire dans les dictionnaires du monde entier et dans toutes les langues!

    Sylvia Laurent

    11 h 32, le 03 septembre 2011

  • Oui ,le silence est plus eloquent que la parole,constructif...mieux : la demission "...

    Najm yvette

    09 h 02, le 03 septembre 2011

  • Madame Sylvia Laurent, croyez-vous les Européens enfants de choeurs pour offrir à la Turquie le contrôle des gisements pétroliers les plus grands du monde ? Leurs économies en ont bigrement besoin. Ne rêvons pas. Salut ! Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    08 h 47, le 03 septembre 2011

  • Vous faites - encore une fois - une excellente analyse. La Turquie prouve et prépare son entrée dans l'Union Européenne: une Europe qui n'a pas les moyens de sa politique étrangère. Si la Turquie prouve son efficacité à remettre de l'ordre dans les régions allant du Nord de l'Irak, de l'Iran, de la Syrie et jusqu'au Sud de l'Egypte en passant par la Palestine et le Liban, y compris la presqu'île Arabique, l'Europe en sera ravie de s'en débarrasser pour s'occuper de ses graves propres problèmes financiers et économiques!

    Sylvia Laurent

    06 h 49, le 03 septembre 2011

  • La Turquie; longtemps sous le joug de l'occidentalisme Kémaliste otaniste se découvre un coté oriental et pas n'importe lequel. La gifle de Sarko/Merkel lui a fait prendre conscience que le cake arabe était plus tendre sous la dent que le kaek europeen, le Turquie réalise que son rang de chef de file de l'Islam sunnite ne lui permettrait pas de jouer les seconds rôles , voir la queue du train U.E , l'Espagne et la Grèce rendues au rang respectif de toilettes et de poubelles de cette institution ne pouvaient que lui donner une idée de ce qui l'attendait, c'est à dire lâcher ce rôle du roi des chiens , pour finir chien des rois. Et l'os Mr Makhoul , c'est pas le Liban, mais bien la Syrie, difficile à avaler pour les Ottomans en reconstruction, parce qu'une fois celle ci absorbée, notre pays n'aura d'autre choix que de se plier au désir du nouvel ogre, fusse t il Perse ou Ottoman.

    Kamel Jaber

    06 h 38, le 03 septembre 2011

  • La diplomatie d'Erdogan incarnée par son "mamamouchi" va d'échec en échec. L'entrée dans l'UE est bloquée. La tentative turque de faire du Caucase une zone de paix parrainée par la Russie et bien sûr par Ankara a fait long feu. Le rapprochement avec l'Iran a donné aux mollahs carte blanche pour écraser les opposants et poursuivre les programmes d'armements. L'alliance avec la Syrie, la médiation entre Damas et Tel Aviv sont des fiascos. Alors que reste-t-il à Erdogan? La carte religieuse pure et dure et la haine des juifs pour imposer son leadership au monde arabe. Erdogan, ami du président soudanais qu'il lave de ses crimes avec des arguments religieux sidérants, Erdogan qui lance ses troupes en Irak pour massacrer les Kurdes se fiche bien du droit à l'autodétermination des peuples ou du respect des droits de l'Homme! L'Iran, l'Egypte et d'autres le laisseront-elles restaurer son "califat", d'autant que le voilà annonçant que la marine turque compte reprendre le contrôle de la Méditerranée orientale en menaçant ouvertement Chypre et Israël?

    Taneli Lahja

    06 h 01, le 03 septembre 2011

  • Comme chacun sait, "Adnan Agha" a des préoccupations fort pressantes en ce moment. Les vacances sont bientôt finies, et Tout "Mansour" qu’il est hésite encore entre Jiééh, Nabattiééh ou la Sérénisime….Sakssakiééh, "lieux exceptionnels pour celui qui veut grimper toujours plus haut, plus loin, là où personne ne s’est jamais encore aventuré. Tout ça pour dire que "Mansour Bey" a d’autres choses à faire que de "comploter" comme il le fait si bien contre et avec les autres "diplomates ? à son image". Quoiqu’il en soit, si on le croit, ce sont son instinct de survie et l’illusion qu’il entretient sur ses propres talents "de diplomatie" qui l’ont conduit à sacrifier son "quai d’Orsay libanais" plutôt qu’à se sacrifier lui-même sur l’autel du "Renouveau Diplomatique". Bien sûr, on ne s’inquiète pas outre mesure de son sort personnel. Il a déjà bien d’autres occupations, et nul doute qu’il recevra inévitablement de nouvelles propositions. Peut-être même son "éviction" prochaine de ce Bustros-Palais lui laissera-t-elle le loisir de produire enfin cette "Œuvre magistrale en Droit International" dont il rêve tant depuis si longtemps "Pacha Mansour", qui fera taire tous "ces bourdonnements éructant" alentour ! Dans le pire des cas, il retournera à "son Anonymat d’antan" et finira dans quelque "mission diplomatique", seul et oublié de Tous. Tout ça uniquement pour son Bien enfin, et le Nôtre surtout, et n'est finalement pas bien grave ; surtout pour Nous !

    KARAMAOUN Antoine-Serge

    05 h 17, le 03 septembre 2011

  • Article original qui ressemble au spiritisme ou pour finir des personnes malintentionnées qui nous entourent on souhaiterait contacter des esprits turques , ou du mandat de l’Occident pour finir du Mal qui envahit le pays . Vraiment drole Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    03 h 41, le 03 septembre 2011

  • De grace M. Makhoul, Davutoglu a beau etre le mamamouchi que vous croyez, il n'en est pas moins le dangereux ministre d'un pays qui se cache derriere sa soi disant democratie et qui en fait s'en eloigne de jour en jour. La Turquie n'en a jamais ete une malgre les apparences. Demandez le a qui de droit!

    Petrossou

    01 h 30, le 03 septembre 2011

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