Rechercher
Rechercher

À La Une - Le Billet

Le désespoir de l’Italienne

Les femmes au foyer italiennes sont les plus « désespérées » d’Europe, avec un taux d’insatisfaction très supérieur à leurs consœurs françaises ou allemandes, selon l’association Femmes et qualité de la vie.

 

 

 

Après avoir préparé le petit déjeuner de ses deux fils et celui de son époux, après avoir rangé la cuisine et passé un coup d’éponge dans la salle de bains, après avoir lancé une machine à laver et avoir prétendu écouter les plaintes de sa mère au téléphone, elle était allée se recoucher. Si le petit déjeuner, le coup d’éponge, le linge sale et sa mère ne s’étaient pas gravés, avec le temps et au gré d’une obscure mutation génétique totalement ignorée par la gent scientifique, dans son ADN, elle ne se serait même pas levée.


Elle avait le moral dans les chaussettes. Ce n’était pas nouveau. Son mal-être, elle le traînait depuis que le benjamin avait eu 12 ans. Aujourd’hui, il en avait 15, et l’aîné 17. Elle, elle affichait 45 ans au compteur. 45 années qui pesaient comme une soixantaine d’hivers.


Au lieu de se recoucher, elle aurait dû s’habiller, monter dans sa Fiat hors d’âge et se rendre au supermarché, comme elle le faisait tous les vendredis. Mais ce vendredi-là, le supermarché était au-dessus de ses forces.


Depuis combien d’années allait-elle au supermarché le vendredi ? 10, 15, 17 ans ? 17 ans, quand elle avait arrêté de travailler, juste avant d’accoucher. Depuis 17 ans, tous les vendredis, après le petit déjeuner des uns et des autres, le coup d’éponge, le coup de fil à sa mère et la machine à laver, elle allait au supermarché.


Au supermarché, elle avait sa routine : d’abord les produits lourds ou imposants, lessive, papier toilette par seize rouleaux, puis les conserves, les pâtes et les boissons, la viande, les produits laitiers et les surgelés, tout à la fin, chaîne du froid oblige. Elle avait un parcours bien établi et n’y dérogeait pas. Seule la qualité de ce qu’elle empilait dans son caddie avait changé au fil des ans.


Il y a 17 ans, elle faisait attention à la facture. Son mari entamait tout juste sa carrière et les revenus du ménage étaient limités. À l’époque, elle s’en fichait, elle était heureuse. Avec le temps et la progression de la carrière de son époux, elle avait commencé à s’offrir du superflu. Mais depuis quelques années, elle devait de nouveau faire attention, son mari n’ayant pas été épargné par la crise économique. Et là, elle ne s’en fichait plus. Ce revers de fortune, elle le vivait comme un retour de bâton contre nature, de l’antiévolutionnisme. Un truc pas normal et pas juste.


Le vendredi, c’était le supermarché. Le mercredi, c’était le jour des enfants. Piscine pour le benjamin à 10h, foot pour l’aîné à 15h, puis supervision des devoirs et éventuellement rendez-vous chez le dentiste pour l’un ou l’ophtalmo pour l’autre.


Quand le benjamin était entré à l’école primaire, elle s’était remise à travailler. Elle en avait envie. Un boulot de secrétaire à temps partiel, les lundi, mardi et jeudi matin. Et puis l’entreprise avait dû licencier. Elle avait été de la première charrette.


À côté de son lit, traînait une revue féminine. Deux ans d’âge. Depuis longtemps, elle n’en achetait plus de ces cochonneries. Fatiguée de se voir envoyer à la face un idéal aux tendances dictatoriales, un idéal sexuellement ultradébridé et hypercomblé, physiquement lisse, grand, mince et zéro défaut, prompt à dégainer la Visa au moindre vague à l’âme.


De l’autre côté du lit, traînait la dernière édition d’un quotidien d’information générale. En une, le Premier ministre, son visage carotte, son sourire trop blanc et cette arrogance qui lui filait des haut-le-cœur. Son mari avait l’habitude de jeter un coup d’œil au journal, le soir, avant d’allumer la télévision installée au pied du lit. Quand il s’attardait un peu trop longtemps sur ces émissions qui se résumaient à un ballet de belles plantes faisant office de pot de fleur, elle sombrait automatiquement dans un sommeil sans rêves.


En ce vendredi matin, dans le silence de sa maison de banlieue, elle se laissa aller à la rêverie et aux « et si ». Et si elle ne s’était pas mariée. Et si elle n’avait pas eu d’enfants. Et si elle était partie, loin d’ici. Les Maldives, Hawaï... la Suède même.


La sonnerie du téléphone referma violemment toutes les portes de son imagination. C’était son mari. Ce soir, un collègue de travail venait dîner chez eux.
Elle se leva, s’habilla et monta dans la Fiat.

Les femmes au foyer italiennes sont les plus « désespérées » d’Europe, avec un taux d’insatisfaction très supérieur à leurs consœurs françaises ou allemandes, selon l’association Femmes et qualité de la vie.
 
 
 
Après avoir préparé le petit déjeuner de ses deux fils et celui de son époux, après avoir rangé la cuisine et passé un coup d’éponge dans la salle de bains, après avoir lancé une machine à laver et avoir prétendu écouter les plaintes de sa mère au téléphone, elle était allée se recoucher. Si le petit déjeuner, le coup d’éponge, le linge sale et sa mère ne s’étaient pas gravés, avec le temps et au gré d’une obscure mutation génétique totalement ignorée par la gent scientifique, dans son ADN, elle ne se serait même pas levée.
Elle avait le moral dans les chaussettes. Ce...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut