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Économie - Liban - Enquête

Tourisme : le ramadan achève d’enterrer une saison déjà moribonde

Les conséquences des crises politiques au Liban et dans la région se font ressentir depuis le début de l’année dans le secteur touristique. Le mois de ramadan aurait-t-il mis à genoux une saison estivale déjà à bout de souffle ?

Le nombre total des visiteurs en provenance des pays arabes a fondu de moitié en juillet.

Résignés : voilà le terme fréquemment employé en ce moment par beaucoup d’entreprises, industries, restaurants, hôtels et petits commerces dont le gagne-pain est alimenté par le flux annuel de touristes et d’expatriés.
Problèmes politiques internes, bouleversements d’une ampleur inégalée dans les pays arabes dont notamment la Syrie – pays frontalier par lequel sont obligés de passer les touristes venus par voie terrestre... La formation du nouveau gouvernement en juin avait pourtant semblé signaler un retour à la normale et coïncidait, en outre, avec le début de la saison estivale.

Le nombre de touristes arabes en chute libre
Cette amélioration, en dépit de la conjoncture régionale, aura malheureusement peu duré, avec le début de mois sacré du ramadan et la désertion conséquente des touristes arabes, suivie en août du départ des expatriés libanais vers leurs pays adoptifs. « C’est à croire que les étoiles se sont parfaitement alignées cette année pour ne nous laisser aucune chance », résume le directeur d’un grand hôtel à Beyrouth.
Selon des estimations officielles, le nombre total des visiteurs arrivant au Liban par voie terrestre a reculé en juillet de plus de 80 % en comparaison avec la même période de l’an dernier.
Sur les sept premiers mois de l’année, le nombre total de touristes a régressé de près de 25 % et chuté de 39 % au cours du seul mois de juillet. Au niveau des visiteurs en provenance des pays arabes, leur nombre total a fondu de moitié en juillet, à 80 631, contre 175 610 au cours du même mois de l’an dernier, et de plus d’un tiers (-33 %) au cours des sept premiers mois de 2011.
De ce fait, de nombreux domaines d’activité dépendant directement ou indirectement du tourisme se retrouvent aujourd’hui confrontés à une situation difficile.
Sur le plan de la restauration, un certain nombre d’établissements inaugurés en début de saison ont ainsi dû mettre la clé sous la porte après seulement quelques semaines d’exploitation, n’ayant pas eu l’opportunité de rentabiliser leur affaire. « Le mois du ramadan est toujours problématique (pour les restaurants) », explique le président de l’Association des restaurateurs, Paul Ariss. « Nous y sommes accoutumés (...) Mais cette année est particulièrement difficile, principalement en raison des répercussions négatives de la crise syrienne. Il faut également prendre en compte les effets de l’inflation », qui a largement augmenté depuis l’an dernier, ajoute-t-il. Par conséquent, « le chiffre d’affaires des restaurants a chuté en moyenne de plus de 40 % depuis le début de l’année (...) », déplore-t-il.

Les rois des occasions perdues ?
Même son de cloche de la part du président de l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB), Nicolas Chammas, qui estime que l’activité commerciale locale, tous secteurs et toutes régions confondus, aurait reculé d’environ 30 % durant la saison estivale.
« Nous avions enregistré une régression de l’ordre de 30 % en juin, sur un an, suivie d’une contraction de 25 % en juillet (...) », précise-t-il. « Mais l’amorce de reprise observée le mois dernier a été brisée par la survenue du ramadan ; les touristes arabes n’ont pas eu le temps de contribuer (...) et les expatriés sont rentrés chez eux », regrette-t-il. « Le creux du ramadan est habituellement amorti par les ventes effectuées avant le début de ce mois, mais cette année cela n’a pas été le cas », résume-t-il.
Les hôtels n’étaient pas mieux lotis durant le mois sacré, enregistrant en juillet un taux d’occupation tournant autour de 30 à 35 % en moyenne (contre un chiffre beaucoup plus élevé l’an dernier), selon les estimations du président du syndicat des hôteliers, Pierre Achkar. « La période du ramadan est plutôt calme », confirme, pour sa part, la directrice générale de l’hôtel Albergo, Jihane Khaïrallah. « Nous allons probablement enregistrer un taux d’occupation de 55 % environ en août, ce qui représente des résultats meilleurs que la moyenne actuellement observée à Beyrouth mais inférieurs au taux de 75 % enregistré au cours de la même période de l’an dernier », souligne-t-elle. « Même les établissements de la capitale traversent une mauvaise passe », note Pierre Achkar. « Les tensions intérieures, la crise syrienne et maintenant le ramadan (...) Nous aurions pu profiter de la conjoncture régionale et attirer les visiteurs, mais l’instabilité locale a été au rendez-vous, décourageant de nombreux visiteurs à se rendre au Liban. Nous sommes les rois des occasions perdues... », poursuit-il.

La fête du Fitr limitera-t-elle les dégâts ?
Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers l’après-ramadan et les derniers mois de 2011. Plusieurs restaurants et hôtels espèrent afficher complet durant la fête du Fitr et amortir le manque à gagner. « Nous prévoyons un taux d’occupation de 100 % », affirme à cet égard la directrice générale de l’hôtel Albergo. Selon M. Chammas, la fête du Fitr, qui célèbre la fin du ramadan, pourrait marquer le début de la reprise de l’activité commerciale du pays. « Nous escomptons un retournement positif ; les quatre derniers mois de l’année devraient enregistrer une amélioration. Au mieux, les dégâts seront limités et nous clôturerons l’année avec un manque à gagner de l’ordre de 10 à 15 % », espère-t-il.
Ne reste plus maintenant qu’à croiser les doigts pour qu’un énième incident sécuritaire ne vienne pas enterrer définitivement la saison touristique libanaise.
Résignés : voilà le terme fréquemment employé en ce moment par beaucoup d’entreprises, industries, restaurants, hôtels et petits commerces dont le gagne-pain est alimenté par le flux annuel de touristes et d’expatriés.Problèmes politiques internes, bouleversements d’une ampleur inégalée dans les pays arabes dont notamment la Syrie – pays frontalier par lequel sont obligés de passer les touristes venus par voie terrestre... La formation du nouveau gouvernement en juin avait pourtant semblé signaler un retour à la normale et coïncidait, en outre, avec le début de la saison estivale.Le nombre de touristes arabes en chute libreCette amélioration, en dépit de la conjoncture régionale, aura malheureusement peu duré, avec le début de mois sacré du ramadan et la désertion conséquente des touristes arabes, suivie...
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