Le président Sleiman reçu par M. Joumblatt à son arrivée à Moukhtara. Photo Amer Zeineddine
Le Premier ministre, comme il se doit, fait preuve d’un optimisme prudent. Il a affirmé hier s’attendre à du bon le 7 septembre et assuré que toutes les composantes de la majorité étaient d’accord sur deux points : ne pas provoquer la chute du gouvernement et travailler pour régler le problème endémique de l’électricité au Liban.
Mais lorsque Nagib Mikati dit qu’on est d’accord sur ces deux points, cela sous-entend qu’on ne l’est pas encore sur le troisième, le plus important, à savoir le plan présenté par le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Gebran Bassil. Or ce dernier s’est à nouveau manifesté hier, déclarant à la MTV que l’éventualité d’un retrait du gouvernement des ministres aounistes est toujours d’actualité au cas où les conditions posées par le général Michel Aoun ne seraient pas acceptées.
M. Mikati s’exprimait lors d’une visite qu’il a rendue en compagnie de son allié Mohammad Safadi, ministre des Finances, à l’ancien chef du gouvernement Omar Karamé, dont le fils, Fayçal, est également membre du cabinet. Visite de démarchage, si l’on ose dire, puisque M. Karamé ne s’est pas privé de sermonner à distance le général Aoun sur la question de l’électricité, tout en l’encensant, lui et son gendre, Gebran Bassil, pour leur « patriotisme ».
À côté des petites manœuvres, il y a aussi d’un tantinet plus grandes. La visite vespérale suivie d’un dîner hier du président de la République, Michel Sleiman, à Moukhtara, entre probablement dans ce cadre. Certes, le chef de l’État rendait la pareille à Walid Joumblatt qui avait été reçu par lui la semaine dernière à Beiteddine. Il n’empêche que cet échange de visites survient au moment où le chef du PSP s’affiche au sein du gouvernement comme étant le principal pourfendeur de la politique aounienne et ce sont ses prises de position qui avaient contribué il y a quelques jours à geler le Conseil des ministres en attendant d’hypothétiques rabibochages. De là à dire que le « front » anti-Aoun au sein du gouvernement s’élargit et se renforce, il n’y a qu’un pas que l’on peut aisément franchir.
Dans le registre des (très) petites manœuvres, il convient de signaler par ailleurs la performance signée hier par le ministère des Affaires étrangères à propos de la question syrienne. Le ministre Adnane Mansour avait assisté samedi à la réunion du Conseil de la Ligue qui avait notamment porté sur la situation en Syrie. Dans un premier temps, le Liban n’a pas réagi à la déclaration – franchement critique à l’égard de Damas – publiée par le secrétariat général de la Ligue à la suite de cette réunion. Ce n’est qu’hier soir, c’est-à-dire des heures après la virulente réaction officielle syrienne, que le palais Bustros s’est manifesté, dans ce qui ressemble à une pâle imitation de la copie voisine.
Tout comme Damas, Beyrouth a, en effet, considéré que les termes de la déclaration étaient sans rapport avec la teneur des discussions du Conseil et noté que la réunion s’était terminée sur un accord aux termes duquel il ne devait pas y avoir de communiqué au nom des ministres qui y participaient.
La partie acrobatique (ou schizophrène, si l’on préfère) consistait pour le Liban à s’aligner dans les faits sur la position syrienne – en suggérant que la déclaration de la Ligue n’engage pas les ministres –, tout en évitant, au contraire cette fois-ci de Damas, de critiquer expressément ce texte.
Encore un trou de serrure par lequel passe la diplomatie libanaise.


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