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À La Une - Droits

Le triste sort des travailleurs étrangers en Irak

Sans argent, sans visa, des ouvriers européens sont bloqués depuis des mois dans la zone verte de Bagdad.

28 Ukrainiens et sept Bulgares sont bloqués sur le chantier inachevé dans la zone verte de Baddad. PRASHANT RAO/

Cloîtrés dans la zone verte ultra-protégée de Bagdad, à quelques pas du siège du gouvernement, 35 Européens ouvriers du bâtiment se languissent depuis des mois, attendant les salaires promis par leur employeur disparu, vivant "comme des bêtes" avec de maigres rations humanitaires.
Leur triste sort illustre les mésaventures auxquelles risquent d'être exposés les dizaines de milliers de travailleurs étrangers attirés par des contrats, apparemment lucratifs, des chantiers de reconstruction de l'Irak d'après-guerre.
Une femme figure dans ce groupe de 28 Ukrainiens et sept Bulgares, bloqués sur le chantier inachevé, à proximité du Parlement, des bureaux du Premier ministre, des ambassades et d'organisations internationales.
N'ayant pas assez d'argent pour rentrer dans leur pays, ils survivent grâce aux vivres et à l'eau distribués notamment par l'Office international pour les Migrations (OIM).
Ces Européens, âgés entre 21 et 56 ans, avaient versé de 300 à 500 dollars à des intermédiaires pour leur trouver du travail en Irak. Ils sont arrivés entre décembre et février, attirés par la promesse de bons salaires (2 000 à 2 500 dollars par mois) pour construire les infrastructures d'un sommet de la Ligue arabe. Mais une fois sur place, ils s'entendent dire qu'ils ne recevront pas plus de 1 800 dollars par mois. N'ayant guère le choix, ils signent un contrat avec Noblehus, appartenant à un Bulgare et à un Suédois d'origine irakienne.
Noblehus est un sous-traitant du groupe turc Salar, qui s'est vu confier par le ministère des Affaires étrangères un contrat de 38,5 millions de dollars pour construire 22 villas. Mais le projet s'est enlisé, et les sous-traitants qui les employaient ont disparu. Aucun n'a été payé depuis janvier. En avril, ils ont cessé le travail et réclament maintenant des arriérés de salaires de 286 000 dollars.

Selon les ouvriers, le représentant de Salar en Irak, Jotyar Sinjari, 25 ans, est revenu en juillet sur sa promesse de leur payer une bonne part de ce qui leur était dû, avant de leur offrir mille dollars chacun. Il ne leur resterait quasiment rien après s'être acquittés des 200 dollars de frais de visa et du prix du billet d'avion pour rentrer chez eux. Noblehus "s'est enfui et n'a pas versé les salaires. J'ai fait de mon mieux", a déclaré M. Sinjari, confirmant leur avoir proposé 1 000 dollars. "Ce n'est pas de notre faute. Pourquoi leurs ambassades ne font-elles rien ? Et le gouvernement irakien ?", regrette-t-il.
"Nous voulons seulement être payés et rentrer chez nous. Je ne veux plus être ici, nous ne faisons rien, seulement attendre et ruminer", a déclaré l'un des employés à l'AFP, refusant comme les autres d'être identifié par crainte de représailles.
"Nous vivons ici comme des animaux", dit l'un d'eux, montrant trois dortoirs à lits superposés. "A l'intérieur, c'est horrible" dit-il mentionnant des toilettes nauséabondes et des douches qui ne fonctionnent que trois heures par jour.
Ils n'osent pas quitter la zone internationale de peur d'être arrêtés : aucun n'a le visa que leur employeur était censé leur fournir.
Des dizaines de milliers de travailleurs étrangers viennent travailler à la reconstruction de l'Irak, où les autorités négligent de surveiller les violations du droit du travail. "Ce qui arrive ici se passe dans beaucoup d'endroits en Irak, mais nous n'y avons pas accès et nous n'en entendons pas nécessairement parler", reconnaît Livia Styp-Rekowska, une responsable de l'OIM qui apporte aux ouvriers de la nourriture de la cantine. "Si cela se passe dans la zone verte, imaginez ce qui doit se passer ailleurs", observe-t-elle.
L'OIM, qui a appelé le gouvernement à se saisir du problème, ne peut fournir de chiffres sur le nombre de travailleurs étrangers vulnérables en Irak. Mais depuis 2003, l'Office a aidé 7 587 non-Irakiens qui n'avaient pas les moyens de rentrer chez eux, a indiqué son porte-parole Bertram Chambers.
En juin, 30 Sri-Lankais embauchés pour bâtir un ensemble de logements dans la province de Maysan (sud) ont observé une grève de la faim pendant une semaine jusqu'à ce que les autorités s'engagent à poursuivre leur employeur. En Irak depuis 2009, ils affirment ne pas avoir touché un centime des 2 000 dollars par mois qui leur avaient été promis.
L'ambassade d'Ukraine n'a pas répondu aux demandes de l'AFP. Un porte-parole du ministère bulgare des Affaires étrangères, Vessela Tcherneva, qui n'a pas de mission diplomatique en Irak, a assuré avoir soulevé la question avec l'Irak et la Turquie.
En août, Sofia a rapatrié plusieurs dizaines de Bulgares qui se trouvaient dans une installation pétrolière près de Bassorah, et qui n'avaient pas été payés par leur employeur irakien, a indiqué Mme Tcherneva.

Cloîtrés dans la zone verte ultra-protégée de Bagdad, à quelques pas du siège du gouvernement, 35 Européens ouvriers du bâtiment se languissent depuis des mois, attendant les salaires promis par leur employeur disparu, vivant "comme des bêtes" avec de maigres rations humanitaires.Leur triste sort illustre les mésaventures auxquelles risquent d'être exposés les dizaines de milliers de travailleurs étrangers attirés par des contrats, apparemment lucratifs, des chantiers de reconstruction de l'Irak d'après-guerre.Une femme figure dans ce groupe de 28 Ukrainiens et sept Bulgares, bloqués sur le chantier inachevé, à proximité du Parlement, des bureaux du Premier ministre, des ambassades et d'organisations internationales.N'ayant pas assez d'argent pour rentrer dans leur pays, ils survivent grâce aux vivres et à l'eau...
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